‹ Un an de la vie de Louis-Philippe Ier, écrite par lui-mème, où Journal authentique de duc deChapitre 9 sur 9 · A S- A. R. M" LE DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

A S- A. R. M" LE DUC D'ORLÉANS

Les troubles qui agitent depuis quelque temps le royaume , fixent nécessairement l'attention de toutes les puissances; et Ton ne saiurmit se dissimuler que la plupart d'entre elles ne les voient avec une secrète joie. Jalouses de^ia. grandeur de la France 9 ^e sa considération , du poids' de son influence^ elles se âatteht sapa doute que nos aivisioos intestines amèneront un nouvel ordre de choses qui nous enlèvera tous ces avantages; et qii'au lieu de donner, comme du passée l'impulsion k la politique de l'Europe, nous serons forcés de la neeevoir.

Parmi les puissances qui viennent d'être indiquées, il faut distinguer la Grande-Bretagne; on sait combien la force et les ressources de la France l'offusquent; on sait que le désir de l'afiEsii* blir est le premier mobile de sa politique; on doit conclure de là que la cour de Londres envisage avec la plus grande satis&ction nos embarras intérieurs • et Qu'elle fait des vœux pour

( io8 )

qu'ils soient prolongés y et pour qu'en fin de cause,* ils ébranleiil: la m^ssç 4^ puissance qui rend la France le premier empire de Tunivers.

U résulte de ces vérités que nous ne saurions surveiller la cour de Londres avec trop de vigilance, et que nous ne devons rien omettre pour démêler ses véritables intentions.

Telle est la commission importante que le ii^ f confia au ^èle , a»x lumièret et ap palviotisme de son cousin le duc d'Orléans. S. M. a reçu avec sensibilité Tofire que ce prince lui a faite de s'en charger ; elle regarde cette ofi^e coHune une nouvelle preuve de Tattachei^ent qu'il a pour sa personne , comme de son dévouement pour les intérêt^ de fÉlat, et elle ee persuade d'autant plus qu il la ipempltra avee succès, ^'il a formé des liaisons iatéressantes , no& «eui^mefit avec plusieurs personnes qui sont dans le ministère ^ mais encore avec les principaupi mei^ibres de l'op-^ position. Le premier objet des recherches de monseigneur le due d'Ûrléaps sera de ^couvrir si et jusqu^à quel point la cour 4e Londres a cherché à fomenter nos troubles; quels moyens et quels agens elle a employas.

Le sepond pbjet qu'il înaporte au Rpi de savoir, est si l'intention du Boi d'Angleterre est dé de* meurer, en tout état de cause, spectateur passif de nos divisions, ou d*eu tirer avantage en pro*

( «09 ) voquant la guerre. On ne saurait disconvenir de rétendue des moyens de la cour de Londreè ; d'ailieui*s elle peut supposer que, dans la situation critiqué où se trouve le royaume , nous serions hors de mesure de rassembler les nôttes.

L'on doit regarder comme un des symptômes les plus certains des vues de la coiir de Loildi^es^ les dispositions qu'elle fait ou pourra faire dans ses ports et dans ses arsenaux. Il conviendra donc que monseigneur le duc d^Orléans fasse tout ce qiii sera en son pouvoir pour savoir^ avec toute la certi* tude possible, si le ministère anglais a ordonné^ ou s'il ordonnera des armeittens ou des approvisionnemens extraordinaires , s'il a fait passer quelque ordre secret aux Indes orientales et occidentales. Les lumières que le Roi acquerra sur ces diflé* rens points, mettront S. M. en état de juger si elle est dans le cas d'avoir des appréhensions relativement aux vues du cabinet de Sainifilailiies. Monseigneur le duc d'Orléans sentii^a l'idiporfance du service qu'il rendra au Roi et à la nation en procurant à S. M. des données propres à fixer ses idée^s et à diriger sa conduite.

Au reste, il serait s un p fft û de ptévetlir mon* seigneur le duc d'Orléans ii(«|e le vœu du Roi est pour le maintien de la paix. Ce vœu doit être la base comme le but du langage que monseigneur le duc d'Orléans tiendra, soit au Roi d'Angleterre,

(no)

soit à ses ministres; ils n'auront pas de peine à se convaincre de sa sincérité; et sans doute ils s'exprimeront de manière à nous persuader d'une parfaite réciprocité de sentimens de ieqr part ; mais nous les jugerons moins par leur parole que par leurs actions.

Les recherchéB de monseigneur le duc d'Orléans ne devront point se borner aux dispositions que la cour de Londres peut avoir à notre égard ; elles porteront aussi sur un autre objet qui intéresse la France comme toutes les autres puissances de l'Europe ; il s'agit des Pays-Bas autrichiens.

Monseigneur le duc d'Orléans n'ignore pas la fermentation extrême qui règne dans les provinces de Belgique , l'esprit d'insurrection qui s'est manifesté parmis les habitans , et les dispositions où ils paraissent être de se soustraire à l'obéissance de l'empereur.

On est porté à croire que les Brabançons sont fortifiés dans leurs dispositions par les cours d^ Londres et de Berlin , et les états-généraux , ou plutôt le StathQuder ; mais on n'a à cet égard que des soupçons ; il serait d'une grande importance pour le Roi de savoir là- vérité, et S. M. se flatte que monseigneur ledbc d'Orléans fera tout ce qui sera en son pouvoir pour la découvrir.

Faute de notions certaines, on est obligé de s'attacher à des suppositions. Ainsi, c'est en sup-

posant que la cour de Londres fomente les troubles des Pays-Bas que le Roi se détermine à donner des instructions sur cette matière à monseigneur le duc d'Orléans.

Le but de la cour de Iiondres doit être, ou de réunir les Pays-Bas à la confédération des Provinces-Unies , ou d'en former uqpe république indépendante , ou enfin de les soumettr^e à un prince étranger à la maison d'Autriche.

Dans la première hypothèse, la cour de Londres donnerait aux Provinces- Unies une consistance qui ne serait pas sans inconvénient pour elle-même^

La seconde hypothèse amènerait un ordre de choses, qui, considéré en lui-même, n'influerait point sur le système politique de l'Europe.

Quant à la troisième hypothèse, elle mérite la plus sérieuse attention ; et l'on va .exposer à monseigneur le duc d'Orléans le point de vue sous lequel le roi l'envisage.

Si les provinces belgiques doivent changer de domination , le Roi aimera, de préférence, qu'elles aient un souverain particulier; mais la difficulté sera dans le choix. Monseigneur le duc d'Orléans concevra lui-même que le Roi doit désirer d'y influer , et qu'il importe à S. M. que le prince sur qui il tombera lui soit agréable. Monseigneur le duc d'Orléans sentira sûrement, d'autant plus,

(lia)

combien cette matière est délicate , et combien elle exigera de dextérité de sa part ; que , d'un côté , les vues que la cour de Londres pourra manifester, détermineront ou l'opposition du Roi ou son assentiment; et de l'autre, qu'il est possible que le résultat tourne à l'aTantagè personnel de mon» seigneur le duc d'Orléans. Lé Roi croit devoir se borner , quant à présent , à ces remarques gébé-> raies; S. M. se réserve défaire connaître tiltérîeurement seâ intentions et ses vues lorsqu'elle aura acquis des éclaircissemetis précis sur celles de la cour de Londres; et alors elle mettra monMigneur le duc d'Orléans en état de s'expliquer définitivement sur Tobjet dont il est question. Ce prince conclura de là qu'il ne doit , dans son début que sonder les dispositions des ministres anglais v provoquer leur cotifiance sans affectation , et préparer la voie à utie tiégociatiôli sérieuse , négociation qu'il ne conviendra d'entamer que lorsqu'on pourra en espérer le succès.

Si la coUr de Lokidres, résolue à soustraire les Pays-Bas à la domination autrichienne , se montre disposée à se concerter avèC le Roi sur les moyens d'effectuer cette révolution, la négociation devra avoir deux bases essentielles : i^ lé consentement formel de l'empereur; a^ un juste dédommagement pour le saci'ifice que fera ce monarque. Opérer sans lé concours de Joseph II , serait ex-

( "3 ) poser infaiUiblement l'Europe. à Une. guerre géné^ raie ; et dépouiller ce prince saus dédomms^ement , serait une Jupjudtice que rien ne pourrait justifiery et à laquelle il serait impossible ^u: Roi de participer; S. M. serait même forcée de s'y opposer en vertu des engagemens qui la lient envers S. M. impériale. I^lr^itpposant le cousentemeut de ce prince , il s'agira de savoir quel dédommagement ou quel équWatent la cour de jLondres crx>ira devoir lui proposer. Monseigneur le duc d'Orléans , lorsque l'état de la négociation le comportera ^ engagera les ministres anglais à s'expliquer avec franchise et précision sur cet objet , et il les détournera avec soin ^ quoique avec ménagement , de l'idée qu'ils pourraient avoir d'amener le Roi à faire la première ouverture.

Monseigneur le duc d'Orléans confiera au ministre de la Luzerne l'objet de sa mission ; et il sera utile que ses démarches soient préalablement concertées avec cet ambassadeur ; il mérite , par sa sagesse et par la connaissance qu'il a du pays, une entière confiance de la part de monseigneur le duc d'Orléans ; leurs lumières réunies ne pourront qu'éftre d'un grand avantage pour le service dé S. M.

Monseigneur lé duc d'Orléans correspondra régulièrement avec le ministre, ayant le département des aflhires étrangères.

Cependant il dépendra de ce prince d'écrire directement au Roi lorsque les choses dont il aura à rendre compte lui sembleront Tex^a^l

Fait à Paris, ce i3 octobre 1789.

Louis.

^gni le ccHQdte de MoirrMOHiif .

Page 1