‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 1 sur 200 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La seconde République. — Lamartine et Louis-Napoléon. • — Récit de Persigny sur l'arrivée en France de Louis-Napoléon après les journées de Février. — L'étoile de Louis-Napoléon. — Notre première entrevue. — Origine d'un sobriquet célèbre. — Cavaignac et son frère Godefroy. • — ■ Pauvreté relative de Louis-Napoléon. — Frais d'élection. — Histoire de la femme aux jambes de bois. — Les salons sous la seconde République. — La France gouvernée par le National. — Curieuse liste de ministres et de fonctionnaires. — Armand Marrast. — Ses réceptions au Palais-Bourbon comme président de la Chambre des députés.

Sans avoir été jamais sur le pied de l'intimité avec Louis-Napoléon, je l'ai beaucoup connu pendant près d'un quart de siècle, mais j'aurais été aussi embarrassé de le juger à la fin de nos relations qu'à leur début. Je suis sûr pourtant de ceci, que, s'il eût été en possession d'une grande fortune, il n'eût jamais fait le second Empire. Depuis sa chute, j'ai beaucoup entendu parler de la confiance inébranlable de l'exempereur en son étoile; je crois fermement qu'il n'en eût pas si bien aperçu l'éclat, hors de la sombre et dense atmosphère de gêne qui l'entourait. Méry pré- II. I

tendait que Lamartine avait proclamé la République pour échapper à la meute de ses créanciers ; cette accusation semble justifiée par les paroles mêmes de celui-ci à l'Assemblée nationale, le ii septembre 1848 : « Je déclare hautement que le 24 février à midi, je ne pensais pas à la République (i). m L'auteur de V Histoire des Girondins eut peut-être quelque méfiance et se douta, pour emprunter une expression populaire, que Louis-Napoléon pourrait bien lui couper l'herbe sous le pied. Un homme besogneux n'a pas besoin d'être grand psychologue pour posséder, mieux que tout autre, la clef des mobiles auxquels obéissent la plupart de ses semblables, s'ils sont Français surtout et politiciens de profession, et je ne parle ainsi qu'après bien des années d'observation constante. Les embarras pécuniaires de

(i) Tous les faits contredisent l'opinion que notre auteur exprime ici et qu'il appuie sur un propos assez vaguement attribué à Méry. S'èxpliquant sur 1848, Lamartine a écrit lui-même dans la préface à.e ses Discours politiques : « Cette révolution, je la pressentais; je ne l'aurais pas faite. Je m'étais même refusé aux banquets réformistes. Mais cette révolution une fois faite, je m'y dévouais tête et bras pour l'achever et la modérer à la fois. » Et il suffit en effet de lire ses Discours politiques de i8j4 à 1848 pour se convaincre de la vérité de cette affirmation.

Quant à l'idée de s'enrichir par l'exercice du pouvoir, ce qui prouve bien que Lamartine ne l'eut jamais, c'est qu'il s'y appauvrit au contraire et s'y endetta. Voici ce qu'écrivait Mme de Lamartine à un ami en 1858 : « Je suis un peu soutenue par la certitude que la trop grande générosité et l'abnégation de sa personne en 48, et en bien d'autres années, et dans bien d'autres circonstances, ont causé, en grande partie, la douloureuse, la navrante position où nous sommes. Personne n'en est aussi humiliée que moi, ni aussi fière de sa glorieuse conduite en 48... Je n'ai contribué en rien aux embarras financiers, mais j'en connais les sources, et, sauf l'imprudence des terres, elles sont de celles que Dieu admet en atténuation de tous les torts. La charité couvre une multitude de péchés, dit l'Evangile, et j'aime cette parole. » {Lamartine inconnu, notes, lettres et documents inédits, par le baron de Chamborant de Périssat. Pion, édit.)

II y avait là un fait qui nous a semblé devoir être rectifié.

[Note du Traducteur.)

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