‹ Un anglais à Paris (volume 2)Chapitre 159 sur 200 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

chérie anglaise, M. Debos, lequel, entre parenthèses, n'était pas Anglais du tout, qui nie fournit la plupart de ces mets étranges; car il acheta à des prix fabuleux presque tous les hôtes des jardins zoologiques. Les animaux du Jardin d'acclimatation avaient été transportés au Jardin des Plantes. Les éléphants de ce dernier établissement furent payés vingt-sept mille francs par M. Debos. C'est en janvier 187 1 que je fus élu membre du Jockey-Club, oij j'avais dîné déjà une fois, par invitation spéciale; autant qu'il m'en souvienne, voici le menu qu'on nous servit :

Soupe aux poireaux.

Aloyau de bœuf.

Poule au riz.

Flageolets au jus.

Biscuits de Reims glacés.

Charlotte de pommes.

Bien qu'on gardât encore vivace l'espoir que Paris échapperait au bombardement, des instructions minutieuses n'en avaient pas moins été affichées sur les murs, indiquant la manière d'agir dans le cas éventuel de cette calamité. Au reste, il n'est pas douteux que si de ronflants discours et la publication d'un nombre incalculable de décrets avaient pu être d'un secours quelconque pour la malheureuse cité, Trochu d'abord, et les autres après lui, l'auraient sauvée et au delà. Mais je me suis promis, en publiant ces souvenirs, de ne me laisser entraîner à aucune critique des opérations militaires, et je ne veux pas manquer à la parole que je me suis donnée à moi-même. Passons.

Le premier et plus important résultat de ces instructions officielles fut l'installation dans toutes les allées d'énormes tonneaux remplis d'eau jusqu'au bord et l'amoncellement dans toutes les cours de gros tas de sable. Mais les mois s'étant écoulés sans menace de

bombardement, le contenu des barriques se changea en solides blocs de glace, tandis que les tas de sable disparaissaient sous une épaisse couche de neige, transformée au reste, à la première gelée, en une mare infecte de boue et de fange grossie encore par l'eau des barriques éclatées et nous procurant ainsi l'agrément d'un déluge en miniature.

Et lorsque, le 5 janvier à l'aube, les premiers projectiles s'abattirent sur quelques maisons au sud de Paris, les gens étonnés se persuadèrent encore qu'ils étaient la victime d'une erreur, d'une trajectoire mal calculée portant les bombes au delà de la limite préméditée par l'ennemi. Cette supposition jusqu'à un certain point ne manquait pas de fondement. Depuis la matinée du 27 décembre, les assiégés avaient entendu à diverses reprises le formidable grondement du canon, mais on leur avait dit que c'était simplement l'écho du terrible duel d'artillerie se livrant pour la possession du plateau d'Avron, entre les positions de Noisy-le-Grand et de Gournay, du côté de l'ennemi, et les forts de Nogent, Rosny et Noisy, du côté des Français. La population parisienne tout entière était en outre imbue de ceLle idée que les Allemands ne bombarderaient pas leur ville avant de l'avoir solennellement sommée de se rendre : vieux et persistant souvenir des légendes populaires et des drames militaires à grand spectacle. Du reste, il ne manquait pas d'hommes, mieux renseignés que la masse du public, qui tenaient pourtant pour certain que, sinon les Parisiens, les consuls étrangers du moins et leurs compatriotes seraient avertis en temps opportun pour pouvoir, si le cœur leur en disait, quitter la ville menacée.

Ce fut un jour terriblement froid que ce 5 janvier; il avait gelé ferme pendant toute la nuit, et lorsque vers midi je traversai la Seine, le brouillard glacé qui flottait sur la rivière commençait à peine à s'élever lentement

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