DE LA COMMUNE ET DU CITOYEN D'' ROUSSELLE
Tout porteur de billets pris a V avance pourra sans rétributioi visiter le Palais des Tuileries.
Le reste manque; mais je me rappelle que parmi les artistes apportant leur concours à ce concert figuraient Mme Bordas, MM. Coquelin cadet et le pianiste Francis Thomé.
Ayant pris simplement mon billet à la porte, je n'avais conséquemment pas le droit de flâner dans les Tuileries avant la représentation et j'entrai tout de suite dans la Salle des Maréchaux, où devait avoir lieu
le concert. Aussitôt, l'air d'abandon et de tristesse répandu dans cette pièce, naguère encore comme imprégnée de la pompe et de l'élégance du régime impérial, le contraste entre un passé si proche 1 1 le douloureux présent m'étreignirent si fort le cicur que je bénis le hasard qui m'avait épargné une ])romenade à travers le palais dévasté ; et bien que je n'aie pu constater aucune trace de dégradation volontaire et préméditée, je formulai à part moi le souhait sincère de ne jamais revoir ces splendides appartements dans des circonstances pareilles à celles de cette soirée. Ce vœu fut exaucé au delà de mes désirs. Moins d'un mois après, le palais tout entier était la proie des flammes, et à l'heure où j'écris, rasé qu'il est à fleur du sol, il n'en reste plus pierre sur pierre.
Je ne m'éternisai pas au concert, et me bornai à entendre, après qu'on eut déclamé l'inévitable Marseillaise, M. Thomé exécuter une fantaisie sur des airs d'opéras connus.
Quelques-unes des places réservées étaient occupées par les dignitaires de second ordre de la Commune, mais la plus grande partie de la salle avait été envahie par les ouvriers, leurs femmes et la très petite bourgeoisie. Les auditeurs de cette dernière catégorie ne savaient pas trop s'ils devaient s'amuser ou non, tandis que les premiers, bruyants à l'excès, ne mettaient certes pas en doute que la Commune ne fût le meilleur des régimes possibles, puisque, grâce à elle, ils pouvaient, pour une somme insignifiante, assister à un concert donné dans la demeure même de leurs ex-souverains.
— Voilà l'égalité comme je la comprends, monsieur, me dit un ouvrier en blouse, très propre du reste, tout en se reculant pour me faire place à ses côtés.
Lui et sa compagne charmèrent leurs loisirs, entre le premier et le second numéro du programme, en suçant des bâtons de sucre d'orge.