LIBRAIRIE P L O K
E. PLON, NOURRIT et C«, IMPRIMEURS-ÉDITEURS
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Sous ce simple titre : An Englisluiiau in Paris, notes aiid recollections, paraissait à Londres, il y a quelques mois, un ouvrage anonyme, dont le succès a été soudain et prodigieux : les éditions ont été épuisées avec une rapidité qu'expliquait non seulement l'intérêt du sujet, mais le fait que l'auteur de ces souvenirs n'était autre, disait-on, que feu sir Richard Wallace, dont le nom est resté si populaire à Paris. L'opinion publique, assure-t-on maintenant, aurait fait fausse route : sir Richard Wallace n'aurait point écrit ces Mémoires.
Quel que soit son nom, le mystérieux Anglais a, pendant près de quarante ans, de 1835 à 187 1 , fréquenté tout ce qu'il y a eu en France de célébrités dans le monde de la politique, des arts et des lettres. Son livre abonde en anecdotes piquantes, la plupart inédites, en renseignements originaux, en révélations inattendues, en jugements très nets, quelquefois sévères, sur les personnalités les plus hautes.
S'il est vrai que la sévérité de quelques-uns de ces jugements aurait dû mettre en garde contre une attribution précipitée, il est certain que le public d'outre-Manche est, somme toute, excusable d'avoir pensé tout d'abord à sir Richard Wallace, en présence de souvenirs qui dénotaient un si long séjour en France et des relations si étendues et si diverses.
Nos voisins se sont montrés curieux de ce que ce livre leur apprenait sur nous; pour nousmêmes, il est plus intéressant encore. Ils y ont cherché, tracée par un des leurs, une image fidèle de la société française pendant les règnes de Louis-Philippe et de Napoléon III, sous la République de 1848 et sous la Commune; nous y trouvons, renversant le point de vue, les opinions et les jugements d'un étranger sur nousmêmes. Cela est souvent instructif et parfois divertissant. Nous n'avons pas besoin de dire que ces manifestations de l'esprit anglais nous ont paru précieuses à conserver, et que nous nous sommes borné partout au rôle d'un traducteur fidèle. Au surplus, d'une façon générale, V Anglais à Paris aime Paris et nous juge avec faveur. Si, pendant les journées de 1848, il s'exhale en mauvaise humeur contre la « sotte vanité des Français », il pensait surtout à la garde nationale et n'avait pas tout à fait tort. S'il est injuste pour la politique et pour le caractère de Lamartine, il ne fait que rééditer des
imputations mensongères qui avaient cours alors dans la polémique des partis. S'il est sévère pour les romans de George Sand, on sait qu'en matière de romans, la pudibonderie britannique a de bien grandes susceptibilités; cela ne l'empêche point, quant à lui, d'écrire un chapitre abondant sur les aventures de Lola Montés, ni de professer une vive sympathie pour la Dame aux Camélias, sur laquelle il est documenté.
Quand, par exception, des éclaircissements ou des rectifications nous ont paru nécessaires, nous les avons mis au bas de la page sous forme de « Notes du traducteur ». Les notes signées : « L'éditeur » ont été traduites comme le reste de l'ouvrage et appartiennent au publicateur anglais des Mémoires.
Il nous reste à remercier la Revue hebdomadaire qui nous a suggéré l'idée de tenter cette traduction et qui l'a publiée chapitre par chapitre aux mois d'octobre, novembre et décembre derniers : l'accueil que nous ont fait ses nombreux lecteurs a seul pu nous encourager à présenter au public ce premier volume, que le deuxième et dernier suivra bientôt.
J. Hercé.