CHAPITRE I
HÉLÉTIUS SMOTRYCKI SOULÈVE LE DIOCÈSE DE POLOCK.
Smotrycki sème lagitation dans la Lithuanie et le diocèse de Pinsk. — Ses principaux efforts sont bientôt dirigés sur la Rutbénie-Blanche. — Josaphat accourt de VarsoYie pour défendre son troupeau. ^ Dévouement de Dorothée Achremowicz et de Jean Dziahilewicz. — Josaphat parcourt tout son diocèse pour conjurer le péril. — Il obtient du roi des lettres qui confirment son autorité. — Tumulte qu'elles excitent à Polock. — L'archevêque court danger de la vie. — Il convertit quelques-uns des principaux fauteurs de cette sédition. — Emeute à Vitebsk.
— L'attention du roi éveillée par les intrigues des schismatiques de Vilna. — Le grand-chancelier de Lithuanie Léon Sapieha punit les principaux meneurs. — Contre-coup de ces événements dans le Zaporoze. » Martyre de Matthieu, protopope de Szarogrod. — Campagne de Cbocim.
— Nouvelles demandes des Zaporogues contre les Uniates. — L'opinion publique devient favorable aux schismatiques.
Après sa consécration épiscopale, Smotrycki ne fit à Kiew qu^n séjour de courte durée. Il avait hâte d'étaler en public les marques de sa dignité nouvelle et d'organiser la lutte contre les évéques uniates. II accourut donc à Vilna, où la confrérie schismatique le reçut avec un empressement qui sentait le triomphe. On acheta des ornements pontificaux, on en para le nouvel archevêque ; on redoubla de magnificence dans la célébration des offices divins. On se flattait que le peuple reviendrait en foule à l'église du Saint-Esprit; mais il fallut bientôt rabattre de ces espérances. Le métropolite Rutski et les Basiliens de la Sainte-Trinité se multiplièrent pour défendre leur troupeau, et la masse de la population resta fidèle à ses pasteurs légitimes.
Cependant les efforts de Smotrycki ne furent pas sans résultat. La confrérie grossit ses rangs ; le lien de ses membres fut
fortifié, la haine contre le catholicisme se ralluma plus vive ; et si Tesprit schismatique gagna peu en extension, il redoubla d'intensité. Aussi l'action de la confrérie se fit-elle immédiatement sentir dans les contrées environnantes, et elle y produisit plus d'agitation qu'à Vilna.
Les émissaires schismatiques redoublèrent d'activité en Lithuanie et dans la petite province voisine de Polésie, semant partout les circulaires de la confrérie et les lettres de Smotrycki. Le métropolite Rutski et Tévêque de Pinsk eurent beaucoup de peine à préserver leurs ouailles de la séduction, et, malgré leurs efforts, des troubles sérieux éclatèrent sur plusieurs points de leurs diocèses. Rien n'égala cependant les désordres dont Ja Ruthénie-Blanche fut le théâtre ^
Polock était le point de mire où convergeaient les attaques principales des schismatiques. Si Ton parvenait à supplanter saint Josaphat et à faire asseoir Smotrycki sur le siège archiépiscopal de cette ville, tout semblait gagné pour le schisme. Mêlé tins engagea la lutte avec Tacharnement d'un homme qui défend un intérêt personnel, et la conduisit avec une décision et une vigueur qui durent surprendre de la part d'un homme ballotté jusqu'alors par de continuelles incertitudes. Dans toute cette période de sa vie, on n^aperçoit en lui ni doute ni hésitation. Il court, comme si sa marche était accélérée sans cesse par Faction d'une force irrésistible.
Il faut avouer cependant qu'une certaine timidité ne l'abandonna jamais. Connaissant l'énergie de Josaphat et l'ardeur des dévouements que le saint archevêque savait exciter autour de lui, il n'eut pas le courage de provoquer lui-même son adversaire jusque dans Polock, et il se tînt prudemment renfermé dans son monastère du Saint-Esprit de Vilna, asile presque inviolable, d'où il pouvait braver le roi et les Uniates. Le monarque avait publié des lettres qui interdisaient à Smotrycki l'entrée du diocèse de Polock, et ordonnaient de le saisir s'il s'y présentait*. L'archevêque intrus n'essayapas de transgresser cette défense.
1. Susza, ^motriscii Vita^ p. 23. — Citation notifiée à la confrérie de Vilna en 1624, ap. Koyalowitch. {[.'Union Lithuanienne, t. 32, p. 353.) — Susza appelle par erreur i'évôque de Pinsk, Grégoire Michalowicz. C'était encore Paisée Sachowski.