Ces lettres sont du 1" février
CBAP. I. — MIÊLÉTIUS SHOTRYGKl SOULÈTB LE DIOCÈSE DE POLOGK 5
Renfermé dans son monastère, il se mit au travail avec une activité infatigable, et adressa lettres sur lettres aux fidèles de la Ruthénie-Blanche. Il s'y donnait comme leur véritable pasteur et exaltait sa fidélité envers la sainte Église orientale. Prodigue d'éloges pour lui-même, il versait en retour Tinjure k pleines mains sur Josaphat, qu'il appelait imposteur, papiste, hérétique, déserteur de TËglise orientale. Il invitait tous les habitants de la Ruthénie-Blanche à la défense de la vieille orthodoxie^ foulée aux pieds par ce blasphémateur. En acceptant son autorité à lui, Mélétius, seul légitime archevêque de Polock, ils en finiraient avec cette Union maudite, inconnue de leurs pères, avec celte foi nouvelle que les Latins voulaient leur imposer. A peine une lettre était-elle finie, que des émissaires partaient pour la colporter dans la Ruthénie- Blanche ^
Un moine, nommé Sylvestre, apporta le premier ces écrits h Polock. Il les remit à d'autres moines et à des popes frappés de suspense par l'archevêque, ou récemment ordonnés par Smotrycki. De Polock ces agents se répandirent dans toute la province, jetant sur leur passage les lettres de l'intrus, et s'en servant comme d^tin thème auquel ils ajoutaient mille déclamations. Des bourgeois, qui' avaient résisté aux paternelles avances de saint Josaphat, secondèrent les efiorts de ces mauvais prêtres. Le bourgmestre Jean Chodyga et Gabriel Lahodny firent le voyage de Yilna pour s'entendre avec Smotrycki et revinrent chargés de ses instructions et de ses lettres. Ils retrouvèrent^ Polock un gentilhomme trèsentêté dans le schisme,
1. Smotrycki composait en même temps un pamphlet intitulé Vérification de V innocence de la Confrérie du Saint-Esprit de Vilna^ qui fut le point de départ d'une polémique ardente. Rutski prit lui-même Ja plume et publia une réfutation de cet écrit sous le nom des religieux de la Sainte-Trinité. (La grande faute.) Smotrycki répliqua par la Défense de la Vérification^ à laqueUe les catholiques opposèrent deux ouvrages : VEra* men de la Défense de la Vérification^ et une Lettre aux religieux du monastère du Saint-Esprit, Smotrycki répondit de nouveau par un Appendice à VBxamen de la Défense de la Vérification, que les Uniates réfutèrent en publiant les Preuves de la fausseté de la Vérification. L'archimandrite Léon Kreuza fut le principal champion des Uniates dans cette guerre de plume, qui remplit toute Tannée 1621 et continua en 1622. Le point principal de la controverse était de prouver que les ordinations de Théophane avaient été illicites, et que les évèques consacrés par lui ne pouvaient être de légitimes pasteurs.
6 SAINT JOSAPBAT. — LIVRE V
Jean Giedroyç, qui se chargea de travailler la noblesse contre le légitime archevêque.
La charge de notaire suprôme du palatinat de Polock était alors confiée à Michel Skumin Tyszkiewicz, fils du vieux palatin de Nowogrodek, converti quelques années auparavant par Josaphat. Catholique fervent et entièrement dévoué au Saint, qui avait ramené sa famille au sein de TËglise catholique, ce brave gentilhomme chercha en vain à arrêter ces mouvements. Dans une réunion publique, il adressa les reproches les plus énergiques à Gabriel Lahodny ; et, emporté par son zèle, il lui eût fait un mauvais parti, si cet homme ne s'était pas enfui, c Depuis ce temps, disait longtemps après le loyal Tyszkiewicz, t je hais cet infâme Lahodny comme la peste, uniquement a parce qu'il a apporté ces lettres de Mélétius, qui ont été la c cause de tous ces tumultes, que la mort seule du serviteur « de Dieu a pu terminer*. »
Grâce aux libéralités de la confrérie, ses agents étaient en mesure de semer à profusion les pamphlets et les livres schismatiques publiés depuis quinze ans, et ceux que la plume féconde deSmotrycki produisit en grand nombre durant les années 1621 et 1622. Cette propagande fut poussée avec tant de résolution et d'activité qu'en très peu de jours Timmense diocèse de Polock fut parcouru parles émissaires de la confrérie*.
Le moment de Tattaque avait été parfaitement choisi. Josaphat avait quitté Polock pour se rendre à la Diète, alors assemblée à Varsovie. Au moment de son départ, le diocèse était tranquille, Tautorité de l'archevêque universellement reconnue, et, comme dit un contemporain, « dans son église, tous ne « paraissaient avoir qu'un cœur et qu'une âme^ ».