CHAPITRE IV. — - CHUTE DE MÂLÉTIUS 8M0TRYCKI lOi
ne pouvait s'entendre. Prêts à. toutes les concessions dans la forme, les Uniates, en vrais cathoIi<Illefl^ reslateniinAffaiilabto» sur la soumission au Saint-Siège apostolique; et les schisma» tiques, les uns par ignorance, les autres par orgueil, ne voulaient pas s'incliner devant cette autorité souveraine. L*accord demeurait donc impossible.
Les contemporains n'apercevaient pas nettement cet obstacle insurmontable, et trompés par le calme qui avait succédé tout À coup à la plus effroyable tempête, ils se croyaient à la veille d'une réconciliation définitive. Smotrycki partageait ces espérances. Depuis son retour, toutes ses préoccupations étaient concentrées sur cet unique objet ; et il n'en faisait pas mystère. Aussi à peine eut-il remis le pied sur le sol de la Ruthénie que, dans son propre parti, il fut salué par les uns comme le porteur du message de paix, poursuivi par les autres comme un intrigant, qui préparait une trahison.
Au moment de sa conversion, Rutski et le duc Zaslaw^ski le trouvèrent tout occupé d'une négociation, qu'il avait déjà entamée avec le métropolite schismatique. Il n'en attendait rien moins que la réunion de tous les Ruthènes schismatiques à l'Ëglise romaine. Sous le charme des illusions qui trompaient les esprits les plus sagaces, Rutski et le prince entrèrent avec joie dans les desseins de Smotrycki et se persuadèrent que le ciel mettait entre leurs mains l'instrument de la réconciliation tant désirée . Pour réussir, il fallait beaucoup de précaution et d'adresse. Si Smotrycki, jetant le masque, s'était déclaré ouvertement uniate, personne n'eût fait attention à ses paroles. Il fut donc convenu, comme nous l'avons dit, que sa conversion resterait secrète et qu'il conserverait tous les liens extérieurs de communion avec les schismatiques, pour les amener doucement à sa suite jusqu'au sein de l'Ëglise romaine.
La situation de la Ruthénie rappelait alors par certains côtés celle que l'on avait vue au moment de l'Union de Brzesc. On apercevait de nouveau, dans les membres séparés de l'Eglise, une agitation salutaire, un besoin de lumière et de régénération, qui pouvaient les rapprocher du corps dont le schisme les
pagande ; mais l'affaire parut tropgraTe pour être décidée sur-le-champ. On résolut d*en faire un examen approfondi, dont nous ignorons le résultat.
avait arrachés. Mais, au moment décisif, cet heureux mouvement devait être paralysé par de fortes entraves. Les évèques qui consentirent à PUnion de Brzesc étaient éloignés de Rome par la force de circonstances malheureuses, plutôt quevolontairement rebelles. La hiérarchie au contraire,à la tête de laquelle étaient Borecki et Smotrycki, n^était qu*une machine de guerre contre l'Union ; et sa création était le plus grand attentat qui eût jamais été commis en Ruthénie contre Tautorité de TËg^ise romaine.
En outre, l'intérêt humain n'était plus d'accord avec la conscience et la foi, pour suggérer aux évêques schismatiques un acte d*obéis8ance envers le Saint-Siège. Les négociateurs de rUnion de Brzesc offraient d'immenses avantages aux prélats ruthènes en retour de leur soumission. En 1628, les catholiques n'avaient rien à donner, ni place dans le sénat, ni riches bénéfices, ni honneurs pareils à ceux du clergé latin. Pour se réconcilier avec l'Église romaine, les évêques schismatiques devaient briser de leurs propres mains le bâton pastoral qu'ils tenaient de Théophane^ renoncer aux titres et aux honneurs qu'ils avaient acquis par le sacrilège. Il ne pouvait y avoir deux métropolites de Kiew, ni deux évêques de Luck, ni deux archevêques de Polock, et, dans chaque diocèse, le faux pasteur devait céder pour toujours la place au véritable évéque. Borecki et ses suffragants étaient-ils prêts à un pareil sacrifice?
Trois hommes doivent conduire cette entreprise, déjà plus difficile en elle-même que celle de Brzesc : Rutski, Zaslawsld et Smotrycki. Chacun d'eux a un rôle analogue à celui des premiers négociateurs. Rutski tient la place de Pociey; Zaslawski, celle de Zamoyski ; Smotrycki, celle de l'habile et infatigable Terlecki. 11 suffît de mettre ces noms en présence pour montrer que les chances de succès sont moindres en 1628 qu'en 1594. Zaslawski a des intentions généreuses, un zèle véritable, des talents et une grande influence dans sa province. Mais qu'est-ce que tout cela auprès de l'irrésistible empire, que l'ascendant du génie et le prestige de la victoire avaient donné à Zamoyski? Rutski est un pieux et fidèle évéque; mais il ne posséda jamais l'autorité de l'homme d'Ëtat, ni la fermeté du coup d'œil et la vigueur d'exécution qui ont permis à Pociey d'exécuter seul une œuvre de géants.
Quand on arrive à Smotrycki et qu'on se rappelle son passé.