CHAPITRE IV. — CHUTE DE MÉLÉTIUS SMOTRYCKI
on se demande avec anxiété comment il s'acquittera de son rôle? Il s'en est chargé avec un empressement qui semble Tindice d'une présomption presque naïve : tant elle est à la fois sincère et inexplicable dans un homme qui devrait si bien connaître le terrain sur lequel il veut manœuvrer. Enfin le théâtre même de Faction semble mal choisi pour le succès. C'est en Ukraine, autour de Kiew, que les négociations vont s'ouvrir ; loin du roi par conséquent, sans l'appui de son autorité, et à quelques pas du Zaporoze^ dans un pays encore dominé par les Cosaques, moins furieux qu'il y a quelques années, mais toujours puissants et toujours faciles à ameuter contre rUnion. Mais suivons les événements.
Pour ramener ses frères au sein de l'Église catholique, Smotrycki chercha d'abord èi leur ouvrir les voies qui l'avaient conduit lui-même à la vérité. Il dévoila le misérable état de i'Ëglise de Constantinople, afin d'anéantir l'influence qu'elle exerçait encore sur les Ruthènes schismatiques. Il publia hautement tout ce qu'il avait appris en Orient sur le patriarche Cyrille Lucaris. Chez les nobles, au sein des confréries ou des monastères, il dit à tous ceux qui voulurent l'entendre que cet homme était un hérétique dangereux, qu'il fallait fuir comme le plus perfide ennemi de l'orthodoxie ruthène. « Puisqu'il en « est ainsi, qu'avons-nous à faire? » lui demandait à Luck un sénateur. Smotrycki n'osa pas répondre: « Entrez dans rUnion », c'eût été tout compromettre ; mais, laissant à son interlocuteur le soin de conclure : « Je ne crois pas, lui repartit- « il, que Ton puisse suivre un tel pasteur t. Ces révélations sur l'état de l'Église de Constantinople se répandirent promptement en Wolhynie et dans les provinces environnantes, et elles y causèrent une impression profonde. Alors Smotrycki imagina d'écrire à Cyrille pour le contraindre à découvrir ses véritables sentiments. Ses aveux devaient éclairer les Ruthènes •encore attachés à son obéissance.
Pierre Skarga avait publié, dans sa réfutation driLamenturriy une lettre adressée en 1601 par Cyrille Lucaris à l'archevêque latin de Léopol, Démétrius Sulikowski. Gravement compromis 4 cette époque avec la justice polonaise, Cyrille, exarque du patriarche de Constantinople en Ruthénie, craignait pour luimême le sort de son collègue Nicéphore, jeté en prison en punition de ses intrigues contre l'Union naissante. Pour s'as*-
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surer le chemin libre jusqu'aux frontières de la Pologne, îl n* vît rien de mieux que d'adresser une humJDle apologie de ^a conduite à l'archevêque de Léopol. Une grave accusation d> ligue avec les prolestants contre les catholiques el la sûreté du royaume pesait sur sa tête. Ce complot avait été tramé au graDii jour, et la participation de Cyrille était évidente. U s'endéfendil cependant comme d'une iniquité dont il était incapable
u Je sais très bien, écrivait-il, et les patiianheâ de qui je n tiens mes pouvoirs savent comme moi, que non seiiUrmeui u les actions et les dogmes de ces hérétiques ont cau> a les désordres et la ruine de TËglise catholique en Orieo: 9 comme en Occident, mais qu'ils ont amené une déplorai 1- « corruption de mœurs parmi les chrétiens. Us sont si éloignée tt de nous, qu'une réunion a toujours été impossible. A« ■ contraire, si des divisions semblent exister entre TËglis^ ft d'Orient et celle d'Occident, elles ne doivent être attribuée « qu'aux illusions de quelques ignorants. En Grèce comme i « Rome, tous ceux qui ont de la science professent des d<x- « trines absolument semblables ou au moins très rapprochées a Loin de détester la chaire de saint Pierre, nous renlour^^u^ Œ de respect et de la vénération qui lui est duc, et qous h « reconnaissons la primauté et le titre de mfcre. * Cyrille émmurait ensuite avec complaisance les points de foi cooimM^ aux deux Eglises. « En vérité, pour les articles rondatneotaaï *ï de la doctrine chrétienne, il n'y a entre nous ni controver^ « ni dissension : nous ne sommes séparés que par la différeEc « des deux nations grecque et latine, par des observances ei « des usages particuliers *. »
Quand il écrivait ces aveux, Cyrille ne prévoyait pas qu*i]» polémiste catholique les exhumerait un jour des archives d^ révêché de Léopol, ni surtout que son ancien disciple se^ armerait contre lui. S'emparant de cette pi6ce, Smolrycl^i écrivait à son maître qu'en la lisant, il avait senti s'accroiti* encore les doutes et les perplexités qui l'agitaient durant sc*ij voyage ee Orient. En y trouvant une condamnation rorm»! des doctrines protestantes, il s'était rappelc qu'il avait cc5 i gné lui-même dans son Lamentum des propositions inltié-
1 * Cette lettre a été réimprimée par le P. Martiuov à la suite de s^ édition de la Vie de Smotrycki par Susza.