CHAPITRE IV. — CHUTE DE MÉLÉTIUS SMOTRYGKI
que Touvrage parût avant la fête de T Assomption. En le lisant, ftutski fut frappé d'élonnement. Smotrycki Tavait prié de tenir sa conversion secrète, et dans son livre, il prêchait ouvertement rUnioD, déclarait qu'eu dehors d'elle il n'y avait pas de salut possible, et annonçait à la Ruthénie qu'abjurant le schisme et détestant ses anciens écrits, il restait fils de TËglise orientale, mais unie à TËglise d'Occident. Cette inconséquence effraya le métropolite. Il en écrivit à son coadjuteur Korsak, et avec son expérience des hommes et des affaires, il ne voyait venir qu'avec crainte le terme fixé pour l'assemblée de Kiew, lorsque de tristes nouvelles arrivèrent d'Ukraine*.
Smotrycki avait toujours redouté l'évêque schismatique de Przemysl, Isace Kopinski, homme orgueilleux et violent, qui n'avait paru ni à la conférence de Grodek, ni à celle de Kiew. N'ayant pas réussi à. se mettre en possession du diocèse que Théophane lui avait assigné, et qu'Athanase Krupecki défendait vaillamment, il s'était retiré au fond de l'Ukraine, au delà du Dnieper, sur les terres du duc Wisniowiecki. Ce prince lui avait' donné cinq monastères assez rapprochés les uns des autres, véritables citadelles, où Kopinski se tenait retranché, à la portée de la protection des Cosaques. Quand cet homme apprit les projets de Borecki, il poussa un cri d'alarme qui retentit jusqu'en Lithuanie. Des lettres et des émissaires arrivèrent partout, avertissant de prendre garde à Borecki, d'éviter Smotrycki, de surveiller étroitement les autres évêques. Kopinski avait en main les preuves de leur trahison. Ils conspiraient avec l'apostat Rutskî pour renverser l'Église orthodoxe et établir l'Union sur ses ruines.
Rutski eut promptement connaissance de ces lettres, les fit parvenir à Smotrycki, et tous les deux en parlèrent à Zaslawski, promoteur de toute cette entreprise. D'accord avec ce prince, Hutski dénonça Kopinski au duc Wisniowiecki, qui était alors en Wolhynie. Le duc comprit que cet évéque abusait de sa protection pour empêcher un grand bien, et résolut de le chasser de ses terres. Il comptait sans les Cosaques, qui bravèrent ses ordres et protégèrent les menées de Kopinski *.
Un orage se formait au-dessus de Kiew ; mais Smotrycki ne
i. Sasza, Vita Smotrisc, p. 94.