Ces détails sont attestés par Piasecki, témoin oculaire
CHAP. II. — LES 8CHISMATIQUES VIGTORIBUX SOUS LADISLAS lY 281
Un antique usage différait les obsèques des rois de Pologne jusqu'à la veille du couronnement de leur successeur, a6n de donner au nouveau souverain une leçon sur la fragilité du pouvoir et la brièveté de la vie. E n attendant le jour des funérailles, le corps du monarque défunt était revêtu des insignes de sa dignité et restait exposé sur un Ht de parade, autour duquel se tenaient constamment des prêtres et des officiers de la maison royale. Le saint sacrifice de la messe était offert solennellement presque chaque jour dans cette chapelle ardente. Sigismond III avait un droit particulier aux prières de TËglise uniate, quUl avait protégée avec tant de courage. Ses officiers eurent le bon goût de ne pas Toublier. Pendant la Diète de convocation, le métropolite Rutski fut invité à célébrer les saints mystères dans le rite gréco-slave devant la dépouille royale ; et on mit, en ce jour, sur la tête du roi défunt une coiffure de grand prix, trouvée par Tarmée polonaise dans le trésor des grands-ducs de Moscovie.
Les funérailles eurent lieu le 4 février, et le nouveau roi y présida, selon la coutume. Rutski fut également convoqué avec tous ses suffragants ; mais on vit encore se manifester en cette occasion le dédain du clergé latin pour les Uniates. Le Chapitre de Cracovie prétendit avoir le pas sur le métropolite ^t les évêques ruthènes ; et il fallut toute une négociation, habilement conduite par l'infatigable nonce Yisconti, pour obtenir que Rutski et ses suffragants marchassent dans la procession immédiatement avant les évêques latins, réunis autour de Tarchevêque de Gnesen.
Le lendemain des funérailles, veille du couronnement, Ladislas se rendit à pied en procession expiatoire & l'église de la Skalka, dans laquelle Boleslas le Hardi avait massacré saint Stanislas, évêque de Cracovie. Avant de ceindre la couronne, tous les rois de Pologne venaient dans ce sanctuaire supplier le ciel d'oublier le crime de leur prédécesseur et d'épargner au royaume le juste châtiment de cet attentat. Ils étaient avertis en même temps de se défier de leurs passions et de ne pas abuser de leur puissance pour opprimer l'innocent.
Enfin, le 6 février, Tarchevêque-primat Jean Wenzyk sacra le roi dans l'église cathédrale de Saint-Wenceslas. Avant de procéder à l'onction, il lui rappela de nouveau que la religion catholique romaine tenait seule le sceptre en Pologne ; que les
rois le recevaient de ses mains, et qu'ils étaient oints dellmile sainte devant un autel catholique, afin qu'ils se souvinsseat que, devant tout à TËglise catholique, ils étaient obligés de travailler de toutes leurs forces à défendre et à propager si foi. 11 déclara encore une fois que si des concessions avaient été faites aux dissidents, pour le bien de la paix, pendant Fiii** terrègne et la Diète d'élection, elles ne pouvaient avoir force de loi perpétuelle, puisque les catholiques refusaient d'y consentir. Les chefs protestants voulurent répliquer, mais leuxs voix furent couvertes par les chants sacrés.
Après le couronnement, le nouveau roi présidait une Diète, dans laquelle il confirmait et exécutait d'ordinaire les promesses faites dans les Pacta conventa. Les protestants remplirent cette assemblée de leurs plaintes contre le primat, contre la formule du serment royal, dans laquelle on avait ajouté aux mots fidem catholicam celui de romanam. Ils feignaient de voir dans cette addition une entreprise menaçante pour leur liberté. Ces cris finirent par lasser les catholiques. « On a toléré les « dissidents, s'écria le porte-glaive de la couronne, Jeai « Zebrzydowski, tant qu'ils se sont tenus dans les bornes de <c la concorde civile ; mais s'ils continuent à abuser ouverte- « ment de la patience de la république, on saura les châtier « sans miséricorde ^ . »
Ces mouvements des hérétiques secondèrent, comme toujours, les desseins des ennemis de 1 Union. Ceux-ci élaie&t venus au couronnement en triomphateurs, pour y chercher les palmes qu'ils avaient conquises à la Diète d'élection. Mohyh s'était beaucoup remué dans l'intervalle des deux assemblées; et^ sans s'inquiéter de Kopinski, il avait pris ses mesures pour être reconnu immédiatement métropolite de Kiew et chef de là hiérarchie schismatique. Il arrivait à Cracovie avec l'acte d'une élection, plus ou moins régulière, faite par la noblesse de rUkraine, et un diplôme du patriarche de Constantinople, qnî lui déféraient cette dignité. Restait àobtecir le consentement da roi. A laide des amitiés qu'il avait dans la noblesse, M ohyla s'était insinué dans les bonnes grâces deLadislas. 11 en profita pour ses intérêts personnels et pour ceux de son parti.