‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 151 sur 316 · LIVRE VU · texte numérisé non relu

LIVRE VU

d'un consenlemeat unanime ; mais on retarda la proclamation du nouveau roi jusqu'à ce qu'on eût achevé la rédaction des Pacia coîi venta.

Dès le lendemain, les commissaires chargés de ce travail présentèrent les deux premiers articles à la Diète : Tua avait rapport à l'uIeclivUé de la couronne, le second à la garantie de k pais accordée aux dissidents. On y avait ajouté aux clauses ordinaires un article par lequel le roi s'engageait « à procurçr <i le plus prompLement possible la pacification des gens de h ■ religiou grecque, d'après les points réglés par lui dans h « biète, selon le désir de la république et en présence des « députés des deux ordres^ ». Les ambassadeurs de Ladislas acceptciionl sans hésiter cette obligation. C'était un pas de plis dausla voie de l'iniquité. Après ce serment, quoi qu'il en pél dire, la prince était obligé d'exécUter ces articles funestcSi^: fussenl-ils môme condamnés par le Saint-Siège.

Rutski avait épuisé tous les moyens qui étaient en son poft-: voir pour empêcher la spoliation de son Ëglise. Ne TOutaoL pas, dîins l ijilérêt même de la religion, recourir à la ressource ex tr^metl une rupture de la Diète, il publia immédiatemesl la proteslalion suivante, signée par tous ses sufiTragants :i c En niUre nom, et au nom de tout notre clergé, vivant dans Tunionavcc la sainte Église romaine, nous attestons que, la présente Diète d'élection, les ordres du royaume et grand duché de Lithuanie ont demandé que, pour la conseraH tionde la paix et de la sécurité publique, la querelle entre ncw^ et les non-unis pour les évêchés et les biens ecclésiastiqma fût réglée el apaisée. Le sérénissimé roi de Suède, Ladislas» ayant commencé cette pacification à la prière de la républiqoft dans la convocation dernière, Ta continuée dans cette Diète, aidé par des députés choisis dans les deux ordres, avec une grande lai igné et un zèle digne d'un prince chrétien. Cepe&> dant, corn me la controverse roulaitsur des biens ecclésiastiques» dont les lois de Ea sainte Ëglise romaine défendent d^aliénd même la portion la plus minime, nous n'avons accordé dr olre pari iximun consentement à la décision donnée, appelant

1. PacjficfLtionf'm inter homines religionis graecœ juxta puncta in eleciionc pri}?RGnLï m\ affectationem Heipublicse per nos in prsesentia dépotatorum ex uiroquc ofdlne data quam citlssime procurabimus .

du lout au Saint-Siège apostolique. De même nous protestons que, si nous ne pouvons faire la loi à la république, nous n'accordons de même aucun consentement jusqu'à ce que Notre Saint-Père le Pape nous en ait donné l'exemple. Et comme nous avons su que ces points de pacification étaient déjà insérés dans les actes du château de Varsovie, nous protestons solennellement contre eux de toutes nos forces, et nous en appelons au Saint-Siège apostolique. >

Le lendemain, Rutski se rendit chez le roi et lui présenta cette protestation. Ladislas fut très courtois à l'égard du métropolite. Il prit connaissance de la protestation, la corrigea même de sa main et permit qu'elle fût insérée dans les actes publics ^ Il savait d'avance que cette manifestation n'entraverait en rien sa politique, et il n'était pas fâché de laisser cette consolation aux Uniates. L'acte fut immédiatement enregistré au château, et l'archevêque de Gnesen, ses suffragants, ainsi qu'un certain nombre de sénateurs et de nonces catholiques, unirent leurs protestations à celle du clergé uniate.

Le 13 novembre, la rédaction des Pacta convenia fut enfin terminée. Sur le soir, le prince Casimir vint au camp en grand appareil, et prêta, au nom de son frère Ladislas. le serment d'observer ce contrat. L'archevêque de Gnesen lui répondit en lacclamant Ladislas, quatrième du nom, roi de Pologne, grand- ^duc de Lithuanie. Aussitôt l'assemblée se jeta à genoux ; et ces rudes soldats entonnèrent un Te Deum, qui monta droit au ciel, comme le cri d'action de grâces de toute la Pologne. Les trompettes, le canon, la mousqueterie remplirent la campagne de leurs bruits joyeux ; et, durant deux heures, l'enthousiasme populaire déborda sous toutes les formes. Les Uniates seuls étaient dans la douleur, et craignaient que ce règne, inauguré sous de si brillants auspices, ne reçût pas la bénédiction de Dieu, dont la cause venait dêtre trahie par le nouveau prince. Quelques fervents catholiques s'associaient à leur tristesse; et cinquante- quatre nonces ou sénateurs n'avaient consenti à signer les Pacia convenia qu'en protestant contre les concessions faites aux dissidents.

Le lendemain, 14 novembre, Ladislas IV parut pour la pre-

l. Ce détaU est affirmé par Ostrowski. t. III, p. 230. Le texte de la protestation se trouve dans Theiner, Monum, Polon, t. III, p. 402.

mière fois au milieu de ses nouveaux sujets. Le noace apostolique et Tambassadeur de Tempereur ramenèreut à Tégiise cotïégiale de Saint-Jean, où rarchevêque-primat lattendait pour chanter la mesSe d'action de grâces. La foule était si compacte que les maréchaux du royaume avaient peine à frayer m passage au roi. Ladislas s'assit dans le sanctuaire sur un trÔAe tendu de noir : ainsi le voulait la coutume, tant que le roi défant nV^taitpas inhumé. Après la messe, il s'approcha de rautel,et, tourné vers le peuple, la tète couverte, il remercia le sénat etli noblesse qui lui avaient déféré la couronne, et promit solenoel- ^ lement de gouverner en bon roi.

Ensuite le grand-chancelier duroyaume s*approcha, tenant les Pacta conventaj et invita Ladislas à prêter serment de les obse^

Iver ; mais Tarchevôque intervint pour protester que ce serment ne pouvait déroger aux prérogatives de la religion catholique. A ces mots, les protestants murmurèrent; et le palatin de fielz réclama à haute voix en affirmant les droits des dissidents. « Je « sais, repartit Tarchevéque, que Ton veut bien laisser les héré- L «t tiques en paix ; mais je ne connais ni droit ni loi certaine qm

a leur confirment ce privilège. » Et se tournant vers le roi : « Je tL vous remets, ajouta-t-il,le royaume au pied de cet autel, afin . ti que vous sachiez que vous recevez un royaume catholique des

1^ it mains de la religion catholique, et qu'à cause de ce bienfait,

c vous êtes obligé de la défendre' ».

Les protestants n'osèrent pas riposter; et, grâce à l'énergie da primat, il fut constaté une fois de plus que, si le droit catholique était suspendu par suite des dissensions religieuses des citoyens, il n'était cependant pas abrogé. Le roi prêta le 8e^ ment à genoux; et l'archevêque poussa le vieux cri national: ^ ■ Vivat rex Vladislaus! » qui, répété de bouche en bouche,

" remplit l'église et toute la ville.

Cette première cérémonie n'était que le prélude des pompes qui marquaient l'avènement du nouveau roi. C'était dans la cathédrale de Cracovie, l'ancienne capitale du royaume, qoc Ladislas devait recevoir la couronne et l'onction royale, devant îes sénateurs et les nonces élus pour représenter la noblesse à cette fonction solennelle. Ladislas les convoqua pour le 30iaQ' vier 1633. Retardé par une maladie, il n'arriva que le 2 févrW.

Page 1