CHAPITRE III. » EXÉCUTION DES ARTICLES DE PAaFTCATION
ne lui suffisait pas. Sou œil pénétrait raveuir, et pour perpétuer son influence dans TUkraine, Thabile métropolite voulut consolider la fondation de son collège. A la Diète de couronnement, il avait sollicité pour cette école le titre d'Académie avec les privilèges des universités de Vilna et de Cracovie. Ladislas» toujours imprévoyant, les lui avait accordés; mais les deux chanceliers du royaume, Jacques Zadzik, évéque de Chelm, et Thomas Zamoyski, indignés de cette faiblesse, avaient refusé d'apposer les sceaux sur le diplôme qui érigeait la nouvelle Académie orthodoxa-KioviO'Mohyliana ^
Cette généreuse résistance fut une protestation; maia elle n'arrêta pas le métropolite schismalique, qui s'empressa de mettre à^ profit la concession royale. 11 voulait établir son université dans le monastère de Saint-Nicolas, qui servait d'hôpital aux moines infirmes. Quelques religieux des Cryptes voulurent s*opposer à ce dessein. Mohyla les fit charger de chaînes et les livra aux Cosaques, en disant que c'étaient des Uniates qu'il fallait châtier. Puis il vint à Saint-Nicolas, et comme les moines, malades et boiteux, qui remplissaient cette maison, essayaient une résistance, illes maltraita cruellement. L'hégoumène, pauvre vieillard aveugle, expira sous les coups. Ces brutalités étouffèrent toutes les résistances que le clergé schismatique, habitué à Tindépendance, essayait d'opposer au ' despote qui venait de se placer à sa tête. L'ambition avait fait de Mohyla un tyran. Pieux et grave par caractère, il eût été un grand évéque au sein del'Ëglise catholique. Le désir de jouer un rôle le détermina à prendre au sérieux sa qualité de prélat schismatique ; et, dès lors, il se trouva entraîné à de véritables forfaits '.
Déjà sa fatale influence se faisait sentir jusqu'aux extrémités
i. Jean Zadzik, grand-chanceUer du royaume, évéque de Ghelm et ensuite de Cracovie, s'était élevé d'une condition fort humble à ces dignités supifrmes. Il 8*acquit une grande réputation d'habileté et de prudence» Bienveillant pour tout le monde , il avait su se faire pardonner son élévation môme par ses envieux ; et Tinfatigabie activité avec laquelle il expédiait les affaires les plus épineuses , faisait dire à ses contemporains qu'on avait rarement vu en Pologne un ministre aussi capable.
8. V. Solowiev7, Histoire de Russie^ t. X. — Koyalowitch, l'Union Uihanctnt'enne, t IL La Diète de . convocation et d'élection de Ladislas IV. — Tous deux renvoient aux mémoires d'un contemporain, Yerlicz,. gentilbomme d'Ukraine.
de la Rutbénie. Après sa consécration, il avait ordonné ne grand nombre de popes, qu'il lança dans toutes les directions, j popr stimuler 1 ardeur des schismatiques et les engaga&l Be mettre eux-mêmes en possession des églises. Derrière cesj envoyés de mauvais augure arrivèrent les Cosaques, qni, marchant contre les Moscovites, commirent d'afifreux désor dres. Partout, sur leur passage, ils demandaient s*ily v des prôlres uniates ; et quand ils en rencontraient, ils sacca* geaient leurs maisons ; ils les fouettaient, les bétonnaient, li arrachaient la barbe, sans que personne osât défendre innocents.
A Bobruysk, ville qui devait être plus tard le théâtre i\ cruel martyre infligé au bienheureux André Bobola parce mêmes bandits de 1 Ukraine, un colonel cosaque planta se lentes en face de 1 église parroissiale des Uniates, et fit appek le protopope. Comme celui-ci refusait de venir, il le fit amené dà force ; et, de sa propre main, il lui asséna un violent cos en pleine poitrine. Le vieillard tomba à demi-mort aux pied du brutal soldat. Celui-ci le frappa de nouveau à plusiem reprises sur la tête, et ût jaillir son sanig en abondance; pois ordonna de rattacher à une potence, et de réunir, au son d Lambour, tous les Cosaques, pourfusiller cetUniate. On ne pi trouver sur-le-champ le tambour. Alors le colonel touIi achever lui-même l'exécution, en se vantant de tuer lavid du premier coup . Déjà, il préparait son arme ; mais d'aul officiers, qui étaient survenus, Tarrêtèrent, par crainte d'tu intervention de la justice.
Les autres popes du district de Bobruysk réussirent s'échapper et vinrent raconter leurs souffrances au mélrop lile. L*un d'eux, arraché violemment de sa maison, na' évité le supplice que par la protection inattendue d'un offldi royal. Le colonel des Cosaques voulait absolument se défai de lui : c Ce pope, disait-il, est pire que tous les aulr ^ Uniates. Il est plus souvent dans les églises des Latins qt (f dans la sienne, et il va toujours chanter avec eux. >
A Pinsk, au moment oti un pope traversait le lieu lequel campaient les Cosaques, un enfant dit: < Moi, je si orthodoxe, mais ce prêtre est Uniate ». Aussitôt les solda se ruèrent sur le pope avec des lanières de cuir, et le laiss rcnt à demi- mort sur la place. Près de la même ville,