‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 157 sur 316 · EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION

Mohyla supplante Kopinski à Kiew. — Le vieux métropolite secouru par Rutski. — Sa mort malheureuse. — L'église de Sainte-Sophie de Kiew et tous les biens de la métropole aux mains des schismatiques (12 juillet 1633). — Le collège de Kiew transformé en université. —Violences des Cosaques contre les popes uniates. — Nomination des évêques schismatiques. — Mort inopinée de celui de Mscislaw. — Georges Ossolinski échoue dans son ambassade à Rome. — L'évèque de Pinsk, Korsak, plaide à Rome la cause des Uniates. — Ossolinski rend compte à la Diète de son ambassade (1635). — Ladislas IV promulgue les articles de pacification. — Ladislas accorde un diplôme favorable aux Uniates. — Le nonce Visconti proteste au nom du Pape contre la décision de la Diète. — Rutski et ses sufifragants refusent de livrer leurs églises.— A VUna, le métropolite fait reculer les commissaires royaux, à la tête desquels est le prince Radziwill. — Intervention divine en faveur des Uniates à Nowogrodek. — Les schismatiques s'emparent d'une église à Polock. — A Vitebsk ils sont repoussés. — L'évêché schismatique établi à Mohylew. — Châtiment du peuple de cette ville. — Résistance énergique de l'évêque de Luck, Jérémie Poczapowski. — Il meurt empoisonné par les schismatiques* — Le nonce apostolique, Marius Piiilonardi, conserve cet évêché aux Uniates. — Silvestre Hulewicz, évêque schismatique de Przemysl. Sa lutte acharnée contre AthanaseKrupecki.— La mort de Ilulewicz ne termine pas la lutte, qui est continuée par VVinnicki. — Succès de Raphaël Korsak, évêque de Pinsk. — L'évêque de Wlodimir, Joseph Bakowiecki, défend la cathédrale de Brzesc. — Châtiment de Raphaël Leszczynski, palatin de Bels, qui veut la livrer aux schismatiques. — Méthodius Terlecki, évêque de Chelm, chasse Mohyla de sa ville épiscopale. — )i empêche les schismatiques de s*établir à Chelm, à Kranysstaw et dans plusieurs autres lieux de son diocèse. — Conversions merveilleuses qui sont le fruit de ses efforts. — Résultat définitif de ces luttes.

Après le couronnement, Mohyla, pressé de jouir de ses nouveaux honneurs, courut à Léopol, où le métropolite de Valachie lui donna la consécration épiscopale ; puis il gagna

292 SAINT JOSAPflAT. — LIVRE TII

Kiew en toute hâte, et au nom du roi et du patriâwbe, il somma Kopinski de lui céder le trône métropolitam- Le milard refusa et ne voulut pas quitter le monastère de Sainl- Nicolas, résidence des métropolites. Alors Mohyla semitàli tête d'une bande de Valaques, et vint avec du canon pourfairt le siège du monastère. Les portes furent enfoûcèes;!! Kopinski, dépouillé de tout et trahi par ses propres servitem s'enfuit aux Cryptes, sans autre vAtement qu'un cilice. Les moines de Saint-Nicolas faisaient difficulté de livrer au w* queur le trésor des métropolites; Mohyla les fit saisir et ballrt sans pitié, jusqu'à ce quil eût obtenu sa proie. Epoui^Vï par ces rigueurs, ces malheureux s'enfuirent, les uns en !i)covie, les autres chez les Uniates.

Poursuivant le cours de ses exploits, le nouveau métropji i^ vint assaillir Kopinski jusque dansTasile sacré des Grypte^.U ' main de Dieu s'appesantit alors sur ce malheureux vieillarLi qui avait arrêté en 1629 les négociations de Smotrycki, Aceîi? époque, Mohyla cherchait peut-être sincèrement la vâieqii devait le ramènera TÉglise romaine ; mais les inlrigucâi:^ Kopinski avaient paralysé ses bonnes intentions et Inwt^^ rejeté violemment dans le schisme. Devenu le plus fort ^t endurci dans le mal, Mohyla fut sans pitié pour son adversaire- Chassé des Cryptés , menacé de la prison ou de I3 mon Kopinski s'enfuit de Kiew et ne trouva d asile qu'auprès Jï métropolite uniate. Rutski reçut avec la charité d'un ap^t^ cet ennemi humilié. Il espéraitle ramener à l'Union, et Kopin&ti semblait disposé à reconnaître une mère dans cette £g-^catholique, qui se vengeait de ses injures en lui donminl b abri et du pain à l'heure de sa disgrâce , mais il hésiiail*'' face d'une abjuration, toujours pénible à l'orgueil, lorsque ii mort le frappa tout à coup, et Dieu sait quel sort alteodaitc* malheureux dansTéternité* !

Pendant ce temps, Mohyla affermissait sa puissance à Ki^w Le 2 juillet 1633, jour à jamais néfaste dans les aatuii^ ruthènes, il chargea Etienne Muzylowski de s'eraparer^ l'églibC métropolitaine de Sainte-Sophie. Cette prise de possession eut toutes les formes d'un acte de brigandage. Muzylovsti

1. Susza, Fi7aSmo/mc«, p. 95. — Stebcliki. — Koyalowitch, i'^"^ lithuanienne ,i. II.

CHàPITRB m. — EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION 293

ne réclama Tassistance ni du camérier royal, ni même d'un simple huissier, sans le ministère desquels rentrée en jouissance d'un nouveau bénéficier ne pouvait être régulière. Il réunit une troupe de moines, brisa les portes de Téglise métropolitaine et en chassa pour toujours les Uniates.

De Sainte-Sophie Muzylowski se porta avec sa troupe au palais métropolitain. Il y trouva le facteur de Rutski, et lui enjoignit de se retirer. Sur le refus du facteur, les schismatiques le prirent par les bras et le jetèrent violemment à la porte ; puis ils mirent au pillage tout ce qui se trouvait dans le palais. L'agent du métropolite put à peine conserver quelques meubles, que les schismatiques transportèrent dans la maison d'un gentilhomme, où il s'était retiré. Des coups de main du même genre mirent Mohyla en possession de tous les biens de la métropole, qui devaient cependant rester à Rutski, aux termes des articles de pacification.

Ces attentats devaient nécessairement soulever des protestations. L'invasion et le sac du palais métropolitain s'étaient accomplis au grand jour, en présence de nombreux témoins. Le facteur de Rutski, prévoyant cette agression, avait même eu soin de faire venir quelques gentilshommes, dont le témoignage devait lui servir plus tard pour confondre les schismatiques devant la justice ; mais cette précaution fut inutile.

L'évêque latin, averti par un prélat de son chapitre et quelques religieux latins, qui avaient assisté à cette scène de violence^ écrivit aussitôt à Mohyla, pour lui reprocher son audace ; et au roi, pour démander justice en faveur des Uniates. Il obtint des lettres, qui enjoignaient au métropolite schismatique de restituer les biens dont il s'était emparé, et au palatin deKiew, de les rendre à Rutski. Le roi commandait d'employer au besoin la force, si les schismatiques ne voulaient pas obéir. Mohyla, pressentant ces ordres, avait déjà, remis les domaines de la métropole entre les mains des Cosaques; et le palatin n'osa pas les réclamer. On était alors en guerre avec la Moscovie, et on ménageait toujours les soldats de l'Ukraine, sans lesquels la victoire paraissait impossible.

Quelques mois plus tard, quand de rapides et éclatants succès eurent terminé )a campagne, Rutski vint au-devant du roi, pour réclamer justice. Après avoir vainement attendu une audience à Vilna, il suivit le prince jusqu'à Godno, et là il put

lui exposer ses demandes. Ladislas répondit, comme toujours, par de grandes promesses ; mais elles n'eurent aucun résultai

Tous les biens de la métropole situés en Ukraine, qui avaient été réservés formellement aux Uniates, restèrent désormais au pouvoir de Mohyla ; et Rutski, dépouillé de la presque iolalité de sa mense épiscopale, fut plus embarrassé que jamais pour subvenir aux énormes dépenses que nécessitaient sa dignité, ses voyages continuels et le soin de la défense de lUnion *.

Mais la perte de ces domaines n'était rien auprès de celle de la métropole de Sainte-Sophie. L'angoisse saisit le cœur, quand on voit cette vénérable église retomber entre les mains des schîsmaliques. Le divin Sacrifice ne sera plus offert par des mains catholiques sur ses autels profanés, et les pontifes qui viendront s'asseoir tour à tour sur sa chaire pastorale seront tous des ennemis du Saint-Siège et de la vérité. Cette terre sainte de Kiew est perdue pour l'Eglise catholique. Satan a pris pied sur le sol ruthène, et il a désormais un point d*appoi inébranlable pour toutes ses machinations contre l'Union. La vigilance des serviteurs de Dieu déjouera souvent ses intrigues : il sera battu, mis en fuite; il perdra des âmes qu'il croyait avoir conquises pour toujours ; jamais il ne sera chassé de sa citadelle, et il verra poindre bientôt l'heure de sob triomphe. Kiew échappera à la domination polonaise pour passer h. la Moscovie schismatique. Tous les ennemis de Dieu se donneront ensuite la main pour mettre la Pologne en lambeaux; et quand ils auront accompli leurs desseins, Satan redeviendra le maître en Rulhénie. Deux cents ans, presque jour pour jour» après la prise de possession de Mohyla, un tyran et quelques apostuts parviendront à renverser l'œuvre de Rutski et de Josaphat. Quelques débris resteront à peine sur le sol pour attester sa grandeur passée.

L'ambitieux Mohyla était le maître de Kiew ; mais ce triompha

L J. Rutscii, EpUt.ad Raphaël. Korsak, !0oct 1633. — Relatio derMii^ bus schUmaiicorum, an. 1634. — Rutski avait toujours été pauvre; à partir de ce moment, il ne vécut plus que d'expédients ; aux approches de la Diète de lÈ3n, il était obligé de donner en gage Targenterie de son église métro* pûlitaine pour obtenir un prêt de quelques centaines de florins, sans lesquels il ne pouvait se rendre à Varsovie. Epist. ad Raph. Korsak, 3 f«hr.

Page 1