CHAPITRE III. — EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION
choix qa'il devait faire ; mais, pendant ce temps, la guerre était déjà allumée à Przemysl, comme à Luck, contre les Uniates *. Cette prompte exécution des principaux articles de pacification était une nouvelle faiblesse de la part du roi. Durant la Diète, pendant que Ton discutait les transactions conclues soit par le clergé avec les séculiers, soit par les catholiques avec les protestants, on avait toujours supposé qu'un ambassadeur irait à Rome pour soumettre toutes ces stipulations au Souverain Pontife. En écrivant à Urbain VIII, Ladislas avait annoncé lui-même cet envoyé et promis qu il exposerait toute l'affaire des Ruthènes. Au lieu d'une décision, c'était la consécration de faits déjà accomplis qu'on allait demander au Souverain Pontife. Le pénible rôle de négociateur fut confié en cette rencontre à Georges, comte de Tenczyn Ossolinski, trésorier de la cour.
Sa mission, toute de faste en apparence, avait pour premier objet de prêter obédience au Souverain Pontife, de la part du roi nouvellement élu. Rien ne fut épargné pour donner de la splendeur à son ambassade. En traversant toutes les coursd'Italie, Ossolinski déploya le luxe asiatique par lequel les Polonais aimaient à éblouir TOccident. Il réserva cependant pour Rome les derniers efforts de sa magnificence, afin de relever bien haut l'honneur de sa nation et du roi, dont il apportait aux pieds du Pape les premiers hommages. On lui avait recommandé, dans ses instructions, d'éviter dans son luxe tout ce qui sentait la mollesse et Tinsolence, pour se parer de cette splendeur militaire, seule convenable à un guerrier sarmaie. On l'avait averti prudemment de bien choisir les gens de sa suite, parce qu'il allait chez un peuple sobre et policé. Qu'eussent dit en effet les courtisans italiens, si l'ambassadeur eût traîné avec lui une troupe de ces rudes batailleurs, si prompts à dégainer, si avides de viandes et de vins, qui remplissaient les châteaux des magnats polonais? Parfaits gentilshommes dans leur pays, ils eussent fait à Tétranger une fâcheuse figure.
Ossolinski n'était pas seulement un seigneur magnifique jusqu'à la prodigalité ; il entendait les affaires. Il avait été maréchal de plusieurs diètes, et avait montré dans ce poste dif-
Ï.J. Rutscii, hrevis relatio de motibus «cAûma/tcorum, an. 1633.
ficile un esprit vif et prompt, un bon jugement, une paiok élégante et facile. Il avait, du reste, pour auxiliaire dans soi ambassade le suffragant de Gnesen^ André Gembicki ; et à eux deux, ils réunissaient une telle somme de capacité et d'expérience, qu*ils seraient venus à bout de leur délicate mission, i le succès eût été possible. Le roi sentait lui-même qu'il aTiit trop peu ménagé les intérêts de TËglise dans les transaciioia de rinterrègne II avait à cœur de justifier sa conduite aux yeo du Pape, et de terminer, d'accord avec lui, s'il était possiU«, toutes ces affaires délicates. Il désirait même un subside di Saint-Siège pour une guerre contre les Turcs.
Dans les instructions données à son ambassadeur, Ladisbs s'efforce de justifier sa conduite dans les formes les plus moi^ tes. Il exagère les dangers que les schismatiques ont fait courir à la république durant Tinterrègne; il diminue la portée dâ^ concessions qu*il leur a faites ; il prétend même que les Unialai OQt plutôt gagné que perdu k cette convention. Comme ileni* gaait surtout des reproches pour le diplôme qu'il avait délini aux schismatiques dans la Diète de couronnement, Ladislas» retranche derrière les actes de l'interrègne, qu'il ne pouTd pas rescinder ; et il oublie qu'il en avait été le négociateuri invoque enfin, pour dernière excuse, la crainte d'une gaeni: civile, très redoutable au moment où les hérétiques bo# versaient l'Allemagne, et les Moscovites envahissaient la Fv* logne *.
Gembicki avait reçu, de son côté, une instruction derardu* vêque de Gnesen, qui lui indiquait, au nom de tous les évèqitf polonais, les points sur lesquels il devait insister dans la négociation. Les affaires ruthènes avaient leur place dans ce docs* ment. Les évêques s*efforçaient de prouver que les concessiitfi faites aux schismatiques étaient nécessaires, et fondées tt moins sur une apparence de justice. « Les schismatiq^ei) « disaient-ils, invoquent en cette affaire une possession ^ a plus de deux cents ans, dont ils se plaignent d'être violemm**^ <« dépouillés. Ils invoquent encore le serment que le roiSigts* « mond III leur a prêté, ainsi qu'aux hérétiques, à son coB* | « ronnement. Il faut considérer enfin que, si l'on n'accordail
i. Instruction pour le comte Ossolinakij du 15 juillet 1633, ms. Collectif Naruszewicz.