‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 171 sur 316 · CHAPITRE ni. — EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni. — EXÉCUTION DES ARTICLES DE PACIFICATION

que les Uniates n'eurent pour soutenir leurs intérêts quB des catholiques latins, toujours tièdes, quand ils n'étaient pas ouvertement hostiles à l'Union.

Le prince Radziwill, chef du parti protestant, était à la tète de la commission à Vilna, Les points de pacification avaient désigné d'avance trois églises, qui devaient être livrées aux schismatiques. Radziwill assembla quelques centaines d'hommes armés et tout ce que la ville renfermait encore de protestants et de schismatiques ; et, traînant à sa suite cette multitude triomphante, il vint pour prendre possession de ces trois églises. Mais là un spectacle inattendu se présente à ses regards.

Le métropolite Rutski est sur le seuil, revêtu de ses ornements pontificaux; ses prêtres sont rangés autour de lui; toutes les portes, les entrées mêmes du cimetière sont gardées par des ministres de Tautel, couverts de leurs vêtements sacrés. Radziwill les somme de se retirer. Ils refusent. « Ils c sont là, disent-ils, pour défendre leurs 'églises, et il faudra « leur passer sur le corps avant de profaner le lieu saint. » Radziwill s'emporte ; ils restent impassibles, et à toutes ses injures, ils n'ont qu'une réponse : « Nous sommes prêts à « donner la vie pour défendre ces autels, dont l'Église catholic que nous a confié la garde. » Ne pouvant venir à bout de lleur résistance, et n'osant pas aller jusqu'à l'effusion du sang, Radziwill recula. Cette scène se renouvela trois fois à Vilna, et trois fois la fermeté du métropolite arrêta les schismatiques. Les églises restèrent toutes aux mains des Uniates. Les schismatiques durent se contenter d'un terrain qui leur fut livré pour construire un nouveau temple *.

À Minsk, à Grodno, à Slonim, les commissaires trouvèrent la même résistance. Tout le clergé lithuanien s'écriait comme son chef : « Nous périrons plutôt que de livrer nos églises » ; et, soutenus par la mass)e de la population qui, dans ces villes, était dévouée à l'Union, ils firent presque toujours reculer les schismatiques. A Nowogrodek, le principal commissaire désigné par les schismatiques était un gentilhomme très puissant, mais hérétique, ou plutôt athée. Au moment où il s'apprêtait

1. Koyalowitch, L'Union lithuanienne ^ t. II. — Susza, De laboribus unitorum, ap. flarasiewic2,>4/in. Eco, Ruth. p. 312.

à remplir son office sacrilège avec une violence de sect«re,8 fuL frappé tout à coup de la mort d'Arius. On le trouva étcrfi raide mort. Son ventre s'était ouvert, et ses entrailles éliicil tombées dans la fange. La veuve voulut ensevelir le corps è ce malheureux dans ses terres. Elle ordonna de sonner ta cloches de l'église du village sur le passage du convoi ; nu» l'honneur que l'Église rend à la dépouille de ses fidèles enfants n'était pas dû à cet impie. Les cloches refusèrenl* prêter leurs voix pour annoncer ses funérailles. Plusie0 hommes essayèrent vainement de les mettre en brante. On -main invisible les retenait immobiles *.

Grâce à cette résistance énergique, les Uniates conservèid ^n Lithuanie la plupart des églises et des biens qu'on touli leur enlever. Le roi, du reste, se montrait plus favorable^ «ux et écoutait volontiers les représentations qui lui éU« faites en leur faveur *. Dans la Ruthénie-Blanche, rarcheTé(|< -de Polock, Antoine Sielawa, fut moins heureux que le métro?* lite ; il eut la douleur de voir une des églises de sa ville arctf' piscopale livrée aux schismatiques ; et il ne parvint pas à 11 recouvrer, il réussit mieux à Vitebsk. Dieu ne permit pasqi le culte schismatique fût rétabli dans cette ville, que le sang* Josaphat avait pour ainsi dire consacrée. Vitebsk resta enlièi* ment uniate.

A Mohylew, le combat fut acharné. On se rappelle toutce^i la résistance de celte ville avait fait souffrir à saint Josaphat.1 schisme y avait jeté de profondes racines, queSielawan'aw pas entièrement détruites. Celte ville devait être le vérila» centre du nouveau diocèse schismatique de Mscislaw, ^ " monastère du Saint-Sauveur avait été désigné, à la Diète d'^B^ lion, pour résidence de Févéque. En 1635, les Uniates obt»' rent, comme nous l'avons vu, que ce monastère resterait • leur possession; mais ils perdirent la plus grande partie desti revenus et deux églises, que le diplôme royal attribuait «tt tschismatiques.

1. Ib. — Une pièce officielle de cette époqae, contenue dans Is co^ tion des documents de la ville de Minsk,nous apprend qu'il y avait alors ^ million d'Uniates dans la seule province de Lithuanie.

2. Ainsi, en i636, à la prière du nonce apostolique Marius Philonari. archevêque d'Avignon, il accordait un sursis à rexécuUon dei article * pacification. Theiner, Monum. Polon. t. III, p. 420.

CHAPITRC III. — EXÉCUTION DES AlITlGlES BE PACIFICATION 321

Cet échec, eo luÎMiiéai^, semblait peu de chose ; en réalité ce fttt, arec la perte ée Kiew, le plus grand malheur que subît FÉglise uniate à cette époque désastreuse. Mobylew resta, dans la Rothénie sefitcntrionale, ce que Kiew était au midi, le point d'oecttpatkMD du schisme et une base d'opération pour toutes les entreprises contre rUnion. Les sehismatiques s'y tiendront toujours retranchés, tantôt menaçants, tantôt comprimés, mais attendant toujours Tbeure de la yengeance.

Le ciel ne laissa pas s'accomplir sans protestation un acte qui brisait Tunité religieuse du troupeau de saint Josaphat. L'œie des églises que les sehismatiques ayaient obtenues à ICohylew était dédiée à la sainte Trinité. Après s'en être emparés^ ils firent layer par des femmes le payé, les murailles, la yoùte et jusqu'aux autels; et le hindi de la Pentecôte (1636), jfiar consacré par le rite grec à la sainte Trinité, ils yinrent en procession pour y célébrer la messe. On n'ayait rien négligé pour donner à cette prise de possession tout l'appareil d*un triomphe. L'église était située hors de la yille, sur la riye opposée du Dnieper. De grands bateaux et une multitude de bftrques sillonnaient le fleuye, emportant une foule parée de ses yétepients de fête et conduite par le clergé schismatique. L'office diyin fut célébré arrec toute la pompe possible. Au retour , lors^e les bateaux s^ayançaient péniblement au mUiea du fleuye, unyentyiolent s'éleya subitement. En un clin d*œil, tontes les barques furent renyersées, et plus de mille personnes englouties par le Dnieper. Cinq cents cadayres fnxent retirés des eaux ; mais les plongeurs n'osèrent pas approefaer des antres, c Ils voyaient, disaient-ils, des monstres a affreux, qui les défendaient comme leur proie * . n

li'érécfaé de Lnck ayait été attribué aux sehismatiques. L'éyéque ée cette yille, Jérémie Poczapowski, ayait gagné, à force de zèle, presque tout son diocèse à l'Union. Athanase Fazyna, éhipar les sehismatiques, yint lui disputer le fruit de ses longs traiyaux; Poczapoyi^ski défendit son troupeau ayec courage et sueeès K Lessehismatiques, n'espérantpas triompher de sa résktrace, convinrent de se défaire de lui par un crime.

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