CHAPITRE lY. — DERNIERS JOURS DU MÉTROPOLITE RUTSKl
donnait sa vie pour TËglise ruthène, le métropolile avait vaillamment dépensé les derniers restes d'une santé déjà ruinée. En se rendant à la Diète au fort de Thiver, il fut frappé de paralysie dans le côté gauche. Cétait la seconde attaque. Il n'en guérit jamais. Il souffrait en même temps d'une sciatique dans le pied droit et de la terrible maladie de la pierre. Ce fardeau d^infirmités ne l'arrêta pas un seul jour. Il continua sa vie laborieuse et pénitente, dormant peu et toujours sur la dure, ne mangeant jamais de viande, prolongeant ses jeûnes durant des journées entières et refusant à son corps les moindres soulagements. Jamais il ne prit de nourriture ni de boisson, jamais Une s'accorda un instant de sommeil entre le dîner et le repas du soir, même dans ses voyages et au plus fort de Tété, malgré les instances de ses domestiques. Une volonté indomptable maintint sous un joug de fer jusqu'au dernier soupir ce corps à demi privé de vie, et lui fit braver des fatigues qui eussent brisé les hommes les plus vigoureux.
A soixante-quatre ans, Rutski était toujours en voyage, affrontant les intempéries des saisons, les dangers et les incommodités sans nombre que Ton rencontrait à chaque pas sur les routes de la Pologne. Cette activité continuelle était, aux yeux de ses familiers, un miracle sans cesse renouvelé. Ils pressaient vainement leur maître chéri de se reposer un peu, d'attendre les affaires au lieu de courir au-devant d'elles, d'adoucir les rigueurs de sa pénitence. « Hé quoi ! leur répondait le € vieillard, voilà toute la reconnaissance que vous avez envers « votre père ! Vous voudriez prolonger pour lui le douloureux « pèlerinage de ce monde. Je vivrai autant que Dieu Ta déterc miné dans ses desseins éternels, pour le bien de lËglise • « Quant à ma manière de vivre, avec l'aide de la grâce, je n'y « changerai rien. Seigneur, mon Dieu, ajoulait-il, vous savez « que je ne veux pas rester en ce monde. Non, non, je ne le « veux pas*.
Le pieux métropolite avait, du reste, le pressentiment de sa fin prochaine. Pendant son séjour en Wolhynie en 1627^ il avait été dangereusement malade, et les hérétiques de Yilna avaient répandu la nouvelle de sa mort. Prévenu de ces rumeurs, Rutski ordonna aux gens de sa suite d^écrire à Vilna