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CHAPITRE III. — PRÉLUDE DU MARTYRE

plus aux Uniates fidèles qu'aux âmes égarées par Smotrycki *.

La lutte, engagée à la fois surplusieurs points de la Ruthénie, se concentrait de plus en plus dans le diocèse de Polock. Le métropolite schismatique Borecki, content de dominer en Ukraine, ne tenta jamais aucun effort pour enlever à Rutski Ja Lithuanie. Les deux métropolites se tenaient, Tun à Kiew, Vautre àVilna, et ne vinrent aux prises que dans les diètes. Durant les années 1622 et 1623, la capitale lithuanienne est toujours le camp retranché des schismatiques ; mais leurs efforts sont dirigés vers la Ruthénie-Blanche, et on ne voit pas qu'ils aient cherché à entretenir lagitation dans Vilna et les contrées voisines. A Pinsk, à Przemysl, à Wlodimir, il ne semble pas que la lutte ait été vivement poussée entre les évoques uniates et leurs compétiteurs.

Découragés par une résistance inattendue, les suffragants de Borecki sont rentrés en Ukraine pour attendre, sous la protection des Zaporogues, que Smotrycki soit venu à bout de son adversaire. Alors ils s'élanceront à la tète des bandits qui sont devenus leurs auxiliaires, et ils renverseront en un clin d'œil les débris de l'Eglise uniate.

Tout semblait du reste présager h Smotrycki un prochain triomphe. Josaphat multipliait les efforts ; mais le monstre contre lequel il luttait, au lieu de tomber à ses pieds, renaissait sous les coups. Dans la ville même de Polock, si la grande majorité des habitants était revenue à l'obéissance de son pasteur, les autres redoublaient d'audace. Trop faibles pour arracher les églises aux Uniates, ils avaient construit hors de la ville deux chapelles en planches; et ils s'y réunissaient pour célébrer les offices avec quelques popes de mauvaise vie, révoltés contre l'archevêque. Josaphat ne pouvait tolérer ce scandale. N'espérant plus rien de la douceur, il requit l'assistance du palatin de Polock. Par l'ordre de ce dignitaire et avec le concours des habitants, les temples des schismatiques furent renversés et les réunions interdites. De son côté, Josaphat prit des mesures de rigueur contre les popes rebelles. Il em-

1. y ouvrage de Smotrycki avait pour titre : Elenchm ou liste des écrits malicieux des Pères de la Sainte-Trinité de Vilna. Celui d'Anastase Sielawa, par opposition, était intitulé : Anti-elenchus. Sur VElenchus, v, la lettre du duc Zaslawski à Smotrycki. S\ïsza,jVita Smotrisc . p. 50-S2, éd. nov.

prisonnales uns et chassa les autres du diocèse. Telle fut la seule interveulion de la force publique qu'il réclama dans ces jours difficiles. Les résultats montrèrent combien cette rigueur était opportune. Dès que la révolte cessa d'être ouvertement préchée dans la ville, les conversions se multiplièrent, et il ne restabientôtplus dans Polock qu'une poignée deschismatiques. Mais leur obstination sembla augmenter à mesure que leur nombre diminuait \

Ils se rassemblèrent dans leurs maisons pour prier en commun. N'ayant plus de popes schismatiques et ne voulantaccepter à aucun prix le ministère des prêtres uniates, ils laissèrent des enfants mourir sans baptême et des malades sans les sacrements de Pénitence et d'Exlrême-Onclion. Ils firent même la garde autour du lit des moribonds, pour en défendre l'approche aux prêtres catholiques ; et quelques infortunés, qui voulaient se réconci-lier avec l'Eglise à leur dernière heure, en furent empêchés par ces fanatiques. Le peuple murmura de cette conduite. Les catholiques manifestèrent hautement leur indignation ; et les plus ardents ennemis de l'archevêque ne pouvaient se résigner à la pensée de « mourir un jour comme des chiens », privés des secours et des derniers honneurs de l'Église*. Alors le bourgmestre, Pierre Wasilewicz, le chef de cette résistance désespérée, eut l'audace de s'arroger les fonctions sacerdotales. Il administra solennellement le baptême, entendit des confessions, et trouva parmi ses adhérents des hommes assez stupides pour se prêter à ces farces sacrilèges. Ces faits eurent un tel retentissement qu'ils devinrent la matière d'une polémique. Les schismatiques voulaient s'en servir pour jeter de l'odieux sur saint Josaphat et les Uniates ; mais ceux-ci n'eurent pas de peine à démontrer que la responsabilité de ces morts épouvantables retombait sur leurs ad versaires. Les coryphées du schisme avaient toujours enseigné qu'il valait mieux renoncer aux secours de la religion que de les recevoir des prêtres uniates. Pressé par les apologistes de l'Union, Smotrycki soutint qu'il n'avait jamais donné ce conseil. Il paraît cependant certain qu'il l'avait répété après Théophane et les autres meneurs de son parti. Il avait du reste écrit dans un de ses pamplets que les prêtres uniates n'étaient

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