‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 194 sur 316 · Theiner, Monum. Polon, t. III. p · texte numérisé non relu

Theiner, Monum. Polon, t. III. p

CHAP. I. — NOUVEAUX lUIiACLES WT B^ATlFIGATlOIf DE JOSAPHAT 3flS

géDéral, avant de »'oecuper davantage de celle de Jo8a|>hat.

La diflcussion s'engagea à ce ftujei aasem deiaCoogrégalion, le 13 septembre 1642 ; et les membres de Tafisemblée se trouvèrent divisés d'opinion. Les uns ne vantaient pas exiger la.prauve des miracles, parce que le fait même du martyre garantit^ comme le baptême, la rémission.des péchés et la. présence de la grâce sanctifiante ; ,et ils appuyaient leur sentiment nir la pratique de r£glise, qui honore d'un culte public, des martyrs auxquels on n!a jamais attribué de miracles. Les autres disaient que, pour la consommation du. martyre, il fallait, outre la résolution de souffrir paurlafoi et la justice, la persévérance dans la charité jusqu au. dernier soupir ; or, ces dispositions étant des actes purement intérieurs:. Dieu. seul les apercevait dans les âmes, et les hommes ne pouvaient en avoir la certitude que par une manifestation divine, qui.était le ^miracle.

En face de ce partage de sentiments, la Congrégation n'osa pas trancher la question et décida que, pour suivre le parti le plus sûr, on examinerait immédiatement lea miracles attribuas à Tarchevéque de Polock. Quatre guérisons, relatées dans> la première enquête de Polock, furent soumises à une étude attentive. C'étaient celles de Pierre Dankowski, d'une femme de Polock, nommée Marine, de Michel Tyszkiewicz. et du P. Genaadius Chmielnicki. Pierre Dankowski avait, on s'en souvient, ressenti le premier la puissance miraculeuse de Josaphat, et recouvré instantanément la vue par l'attouchement de son cilice. Le saint martyr avait rendu l'usage des jambes à Marine, à Tyszkiewicz et à Gennadius,, atteints tous les troi« de maladies incnrables.

Le 22 novembre, la Congrégation des Rites déclara que ces faits extraordinaires avaient tous les caractères du miracle, et conclut que le Pape pouvait, quand il le jugerait convenable, inscrire Josaphat an catalogue des martyrs et procéder à sa canonisation solennelle. Mais, comme cet acte décisif devait être encore longtemps différé, la sacrée Congrégation. souhaitait que le culte public du serviteur de Dieu fût permis sans retard dans l'ordre basilien et la Ruthénie^

I. Bened. XIY. De. Sei^v.Dei Beatif. 1. l, g. 30, lu, 3..— > C<naitieri, VitaS Giosaf.^. 401.

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Cette décision fut approuvée par le Souverain PontiTe le 14 décembre S et le 5 janvier 1643, la sacrée Gongrégïiioo delà Propagande présentait une supplique pour en demaider la mise à exécution immédiate. Cette faveur ne se fit pe longtemps attendre. Le i6 mai de la même aanée^ Urbain Ylfl faisait expédier, sous le sceau du Pécheur, des lettres^ permettaient de donner, à Tavenir, la qualification de Bi» heureux au serviteur de Dieu Josaphat, et qui autorisaieri tous les moines basiliens dans Tunivers entier, et tons la prêtres séculiers et réguliers dans le diocèse de Polocketii métropole de Ruthénie, k célébrer en son honneur, le l!. novembre, son jour natal, Toffîce et la messe duGonuBii d'un martyr pontife, selon les rubriques du bréviaire el & missel romain, ou selon la forme du rite grec approuvée p» le Saint-Siège *.

L^usage n'était pas encore établi de publier solenoj* lement dans la basilique vaticane les décrets de béatiôcalici. Cependant Rome se réservait déjà le droit de rendre is premiers honneurs aux serviteurs de Dieu, couronnés para main de ses pontifes. Cette solennité était renvoyée au pK" mier anniversaire de leur mort, qui suivait le décret de béat' fîcation, et elle avait pour théâtre une des églises dektf ordre ou de leur nation, dans la ville.

La Congrégation de la Propagande, qui avait pris TinM^ tive dans le procès de béatification, tint à honneur d'eccâ^ brer la première Theureuse issue. L'église de la maison pNfesse des Jésuites fut choisie pour cette solennité, s«< doute à cause des liens intimes qui avaient uni le nouvetf Bienheureux à la Compagnie de Jésus. Le 12 novembre iM vingt ans, jour pour jour, après la sanglante tragédie 11 Vilebsk, Timage de Josaphat apparut pour la première fe*

1. Rostowski rapporte qu'Urbain VIÏI voulait différer sa décision sor«* importante affaire, mais qu'il tomba tout k coup très gravement mal»^ On craignait déjà pour ses jours, lorsque Josaphat lai apparut etlego^ en l'avertissant de ne pas retarder, par de nouveaux et inutiles em»"^ des honneurs que Dieu réclamait lui-même pour son témoin. Bistor. ^ vinc, Lithuan, Soc, Jesu, p. 299.

2. Ce Bref /« sede principis Apostolorum est inséré au Builairc roo*- On le trouve, ainsi que le décret précité de la Congrégation des IW«* dans la nouvelle édition de Susza.

sur les autels, parée de l'auréole des bienheureux, et reçut les fervents hommages de • la piété romaine^ au milieu des pompes joyeuses et des chants pleins d'harmonie que la Ville Eternelle prodigue aux amis de Dieu *.

Gomme son prédécesseur Rutski, le métropolite Korsak ne vit pas la fin de la grande entreprise, qui lui avait coûté tant de dépenses et de travaux. Il était à Rome depuis environ deux années, pressant à la fois la béatification et d'autres affaires non moins utiles à TEglise ruthène, lorsque Dieu le rappela à. lui (1641). Mourant loin de son pays et de sa famille spirituelle, il n'eut cependant pas besoin d'emprunter un tombeau à des étrangers, pour y dormir son dernier sommeil. Grâce à ses efforts et aux libéralités du vénérable cardinal de Saint-Onuphre, Antoine Barberini, frère d'Urbain VIII, l'église des saints martyrs Sergius et Bacchus, dans le quar- [tier des Monts, venait d'être concédée aux moines basiliens de la congrégation de la Sainte-Trinité. On travaillait déjà à la réparer et à construire, sur les terrains qui en dépendaient, un collège pour les jeunes étudiants ruthènes*.

Ainsi, au moment où leur saint martyr était placé sur les autels, les Uniates obtenaient une maison, une église et comme le droit de cité dans la ville de saint Pierre. Leurs voix venaient compléter le concert de louanges qui monte chaque jour de Rome vers le ciel, dans tous les rites de l'univers, et qui est une affirmation continuelle et vivante de l'unité de l'Eglise. Nous avons dit ailleurs que Dieu fit éclater dans ce modeste sanctuaire la gloire de la madone lithuanienne de Zyrowice. Les artisans de ce quartier solitaire l'aiment et l'invoquent sous le même nom que les paysans de la Lithuanie ; et les exilés de la Pologne, qui visitent à de rares intervalles cette église dédaignée par la foule, y retrouvent la force et la consolation devant cette madone du Pâturage, qui fut un des palla^-

1. Contieri, 1. cit. p. 402. — Bened. XIV, op. cit. l. I, c. 24.

2. L*églisc des S S. Sergius et Bacchus, aux Monts, appartenait à des religieux minimes, qui ne pouvaient plus la desservir convenablement ; UrbainVJlI, en la leur retirant, les établit, dans le même quartier, au lieu où s'élèveaujourd'hui Téglisede Saint-François-de-Paule. V. Guerra, Epiiome constUufionum pontificiaruin, t. I, p. 311. Giacconi, VU. Rom. Pontif. et Cardin, t. IV, p. 533-536. Kulczynski, Specim. Ecc. Ruth. p. 131. Roma antica et modema, 1145, t. II, p. 538.

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diums de leur pays. Le métropolite Korsak repose à^ns rt temple, qu'il obtint pour ses fils ; et le dernier pro^ÎDcialdss Basi liens de Pologne, le P. Dombrowski, survivant auï caîiv trophes qui ont anéanti son ordre et T Un ion en Lilhuastf prie encore "sur la tombe du successeur de Rut&ki. ?(iU^:t ieur dans la cause de la canonisation de Josnpha^ il a eu ïhi .neur de mettre la dernière main à Pceuvre que Korsak m commencée. Puisse-t-il voir renaître, sous la proteclion^ nouveau sainte la vaillante milice qui seule peul rendre Isa à TËglise uniate !

Laftuth^nie accueillit avec transport la nouvelle delabé- . iification de son martyr. La fête de Josaphal fut célébrée p(« la première fois, à Polock, le 12 novembre 1642. En mém^ de laffection que le saint avait témoignée aux iésuîles du ce lège de Polock, l'archevêque Sielawa les invita à se joicditi, son clergé pour cette cérémonie. Le saint sacrifice fut cél# en latin et en grec, sur un autel magnifique, érigé dansk cathédrale en Thonneur du martyr ; et le recteur du cull^ prononça un éloquent panégyrique. Il y eut un mam ui •< l'assemblée se leva comme un seul homme , sous la^t»-' de sa parole, et salua Josaphat par des acclamations eatiot siastes *.

A Vilna, la première fête célébrée en Tboaneur du ^ archevêque fut relevée par la présence du roi Ladislas IV ?i* sa cour. Une parade militaire précéda la solennité reli^^&* el une grande procession partit de la cathédrale latin* ^ Saint- Stanislas, pour conduire àTégiise de la tiaiGte-THaitfV statue du Bienheureux, portée sur un char triomphal

Le sacrifice de la messe fut offert avec pompe dansTê^:!!*^^ la Sainte-Trinité splendidement ornée ; et les orateur? K^?* renommés de Vilna célébrèrent, dans des discours h'\n^^ polonais, les louanges du témoin deFUnion *.

Par malheur, le zèle des hommes qui travaillaient à h^^' ficationde Josaphat, se ralentit dès qu'ils eurent ohf< nu la t«^ Iification. Satisfaits des accroissements rapides que preoail'i culte du saint martyr, ils n'ont pas même eu soin d eo reMfl les progrès ; et nous devons nous estimer heureux de reo<^'

4. Rostowski, Hist. provinc. Litkuan. Sociei, Jesu, p. 3S7* 3. Ib. p. 362.

trereQCore, d'année en année, le récit de quelques faits extraordinaires, qui seuls ont échappé à Toubli.

Les premiers nous reportent au court intervalle de temps qui s'écoula entre la seconde enquête et la béatîGcation. Vers 1640, pendant la lutte acharnée qui troublait le diocèse de Przemysl, un basilien, nommé Gérasime Kulczycki, attaché à la personne de Tévéque uniate Athanase Krupecki, s'attira, en défendant les droits de TEglise, la haine d*une dame de noble extraction, très puissante et toute dévouée à la cause schismatique. Cette femme le fit saisir secrètement, charger de chaînes et jeter dans un cachot, où il resta plusieurs mois, souffrant presque constamment les tortures de la faim. Enfin son implacable ennemie le livra à une troupe de gens de main, avec ordre de remmener au loin et de le noyer.

Athanase Krupecki ignorait complètement le sort^ de ce moine infortuné. En passant à Piotrkow, où siégeait le tribunal suprême du royaume de Pologne, Gérasime parvint à s*échapper des mains de ses gardiens et à se réfugier dans un cimetière. Quand on voulut Ty saisir, il invoqua le droit d'asile et rimmunité ecclésiastique. Le prélat, qui présidait le tribunal suprême, intervint ; mais, prenant le prisonnier pour unschismatique, il ne voulut pas lui reconnaître le privilège qu'il réclamait et ordonna son extradition. Vainement Gérasime protesta qu'il était uniate et qu'il souffrait pour la défense de rUnion ; le prélat ne voulut pas le croire, quoique le malheureux prisonnier eût soin de parler en latin, langue dont les moines schismatiques n'avaient presque jamais Tusage.

Livré de nouveau à ses gardiens, Gérasime n'avait plus qu'à se résigner à son sort ; et déjà il voyait la mort devant lui. Depuis le commencement de sa captivité, il ne cessait d'invoquer saint Josaphat. A ce moment suprême, il implora encore son secours, se plaignant au glorieux martyr de n'avoir pas môme un prêtre uniate pour entendre sa confession à ses derniers moments.

Après cette prière, le malheureux captif s'endormit. Durant son sommeil, Josaphat lui apparut, lui prodigua les consolations et lui annonça u;ie prompte délivrance. Déjà le saint martyr travaillait à la préparer.

Un changement soudain venait de s'opérer dans Tàme du président du tribunal ; convaincu qu'il avait refusé sa protec-

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tion à un innocent, il prit la résolution d'employer tous les moyens pour réparer cette injustice.

Dès le lendemain, il citait à son tribunal la dame que k moine prisonnier lui avait désignée comme Fauteur de soi arrestation illégale. Celle-ci, dans la crainte d'un chàtimat, dépécha aussitôt ses serviteurs à la recherche du prisoDoûr. Quelques heures après, Gérasime les voit arriver près de Is. Ils détachent ses chaînes, lui remettent une somme d*argenl<k la part de leur maîtresse, et lui annoncent qu'il est libie désormais. La malheureuse femme vient à son tour se jeler aux pieds de son prisonnier et implorer son pardon. Gérasiiie le lui accorda ; mais la justice ne fut pas aussi indalgenU. L'évéque Krupecki lui-môme prit en main Taffaire et fit condainer cette femme à la prison et à d'autres peines très gnm* Elle n'y échappa qu'en payant une indemnité de trente aiiiK écus *.

Un autre récit nous transporte en Lithuanie. En 1641, kl Basiliens de Grodno célébraient déj%i avec pompe lanniversai» du martyre de Josaphat. Le curé de la ville se cassa la janit en se rendant à cette fête. Peu de temps après, il racontait accident devant un bourgeois schismatique de Mohylew. e fî « saint, en vérité, que votre Josaphatl reprit celui-ci. IlneW^ a pas appeler bienheureux, mais maudit, un homme qui casi « ainsi les pieds de ses dévots. »

Le curé voulut lui imposer silence, mais le schismaliqH continuait ses grossières et sacrilèges plaisanteries. « Sij'aiâi (c frappé, lui dit enfin le prêtre, poussé à bout, c'est en cUfr « ment de mes péchés ; mais vous serez, vous, autrema^ a puni et avant longtemps. » A peine avait-il achevé de pariri qu'une main invisible saisit la tète du misérable blasphématett et lui courbant violemment tout le corps, la plaça entre lesjat bes et la maintint de force dans cette posture honteose-U malheureux faisait de vains efforts pour se redresser. 1^ était inutile. Attirée par ses cris, la foule s'était amassée auto* de lui, mais personne ne pouvait le secourir. Une force surlif maine le tenait en sa puissance. Alors le prêtre Texhorta t recourir au saint qu'il avait insulté. Vaincu par la doulenrelk honte, le blasphémateur finit par y consentir, et dès qu'il f^

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