CHAPITRE IV. — SAINT JOSAPHAT TRANSPORTÉ A BIALA
monastères ; comment ne réclamera-t-i) pas le droit d'y commander en maître ? Ses exigences gêneront sans cesse les projets conçus pas les supérieurs pour l'accroissement et le bon gouvernement des familles religieuses ; et des conflits seront inévitables.
Si du clergé nous descendons aux laïques, nous ne trouvons plus dans leurs rangs ni nobles, ni bourgeois. Il a'y a plus de bourgeois en Pologne, et tous les nobles sont passés au rite latin. Au xviii» siècle, pour remplir les sièges épiscopaux en Ruthénie, on est obligé de prendre des gentilshommes nés et élevés dans le rite latin; Les craintes de Rutski sont réalisées ; la religion grecque n'est plus qu'une religion de paysans ; et en cette qualité, elle ne peut qu'être méprisée, dans un pays où tout ce qui n'est pas noble est dédaigné. Le paysan ruthène a une foi vive, une grande simplicité de mœurs ; mais il est grossier, étranger à toute culture intellectuelle . En fait même d'instruction religieuse, il ne sait que ce que lui apprend son pope, et la science du pope est bientôt épuisée. La richesse et surtout la considération et Tinfluence manquent de plus en plus à rUnion, et elle ne peut pas les recouvrer désormais.
En résumé, l'Église ruthène présente, au xviii" siècle, un aspect analogue à celui de la Pologne. De même que dans celleci une seule classe concentre toute la puissance et toutes les richesses, et s'est réservé jusqu'au monopole du patriotisme ; de même quelques centaines de moines absorbent toute la vie de TÉglise ruthène. Au-dessous d'eux, on ne trouve que les embryons d'un clergé et d'un peuple catholique, qui ne se développeront jamais. Et cependant l'ennemi n'est pas mort. Il veille toujours de l'autre côté du Dnieper, et il a un poste avancé à. Mohylew. Il connaît la faiblesse de cet état de choses. 11 examine toutes les fautes qui sont commises. Il sait d'avance où porter ses coups.