CHAPITRE IV. — SAINT JOSAPHAT TRANSPORTÉ A BIALA 45S
condaientles évêquesdans l'administration de leurs diocèses^, enseignaient au clergé et aux laïques non seulement la théologie et les humanités, mais les langues allemande, française, slavonne et les mathématiques; ils cultivaient même la paléographie. Quand la Compagnie de Jésus fut supprimée en Lithuanie, les Basiliens ne craignirent pas de prendre sur leurs épaules la plus lourde charge de son héritage en acceptant la direction de ses collèges.
Cette activité, peut-être exagérée, ne nuisait-elle pas à la solidité des ceuvres, au développement surtout de Tesprit propre à une institution monastique? Nous pouvons constater que dans la majorité des maisons basiliennes, semées sur Timmense superficie du sol ruthène, toute vie claustrale était impossible, à cause du petit nombre des moines qui y résidaient'. Les austérités mêmes de la vie basilienne étaient-elles compatibles, pour le commun des hommes, avec cette activité à outrance, imposée par la nécessité au moine ruthène ? ftutski n'*avait-il pas tenté Timpossible, quand il avait été amené, par la nécessité des choses, à faire du même homme, un moine des anciens âges, un fils de saint Basile, et un clerc régulier, un disciple de saint Ignace ? Au sein de TËglise latine, même dans les jours de plus grande décadence du clergé séculier, une famille religieuse n'eut jamais à réaliser une œuvre pareille à celle du Basilien ruthène. Il était tout dans l'Ëglise ruthène ; et au-dessous de lui, il n'y avait rien, et rien ne pouvait surgir.
Le clergé séculier n'a pas encore renoncé au mariage, et il n'y renoncera pas. La ligne de démarcation qui le sépare de» moines basiliens est plus fortement accusée que jamais. Dans la société polonaise, le moine basilien parvint presque au même niveau de considération et d'honneur que les religieux latins, tandis que le pope ne peut sortir de sa condition misé-
i. Malgré la loi du Concile de Zamosc qui réservait au moins la chacge d*ofiBcial à un prêtre séculier, elle était très souvent remplie par un moine, faute de sujets capables parmi les popes.
2. Dans la province de Lithuanie, quarante-trois monastères ne comprenaient que de deux à six religieux ; quinze n'en avaient pas dix chacun ; douze seulement dépassaient le chiffre de quatorze. Dans les pays de la Couronne, trente-un n*avaient que six religieux au plus ; dix-huit en comptaient de sept à dix ; dix-neuf seulement dépassaient ce chiffre ; un seul en avait plus de vingt.
rable. 11 n'a pas le courage de s'élever jusqu'à celte hautew. où le sacrifice porte le prêtre latia; l'Eglise, pleine de compassion, lolère sa faiblesse, mais elle ne peut lui en éviter k chitinaent. Le pope reste écrasé sous le poids du mépris de li classe civilisée, de la défiance du paysan, de la protection souvent dédaigneuse du moine basilien.
Entre le moine et le pope, hélas I les rivalités et les luUei fionl continuelles, et s'aggravent d'autant plus qu'elles sontli conséquence presque inévitable d'un malheureux étal di choses. Non seulement le rêve de Rutski pour la formation à clergé séculier observant le célibat n'a jamais été réalisé, wA les essais tentés par le vénérable métropolite pour créer de séminaires n'ont pas produit des institutions solides. Lesévéquos réunis en concile à Zamosc en sont encore à délibénir sur ios moyens de créer des établissements de cette nalure.ît on relate comme un grand progrès dans les actes de cetU assemblée, que le métropolite a ouvert dans son diocèse di Wlodimir un séminaire qui renferme six élèves.
Les difficultés entre les évéques et les Basiliens sont coatinuelles. L'expérience a prononcé désormais sur les combinaisons imaginées par Rutski pour assurer d'une part l'indép®' dance et le développement de son Ordre, de l'autre le maintiei de r autorité hiérarchique au sein de TËglise ruthène. Ca expédients n'ont pas pu donner vingt ans de paix à la métropole. Là encore, il y avait une situation anormale, un mi irrémédiable. Dans l'Église latine, lévéque est appuyé surfl clergé instruit, puissant et respecté, parce qu'il est viergt Libre sous les autres rapports, le prêtre séculier participe pff la loi de la continence au sacrifice et à la noble indépendauet du religieux. L'évêque trouve en lui le compagnon naturel ei nécessaire de ses travaux ; avec lui il remplit toutes lesoblip* tions de son ministère, et il n'a ni le droit, ni le besoin d'exigé ladomination au sein des familles religieuses commeunenéc^ site pour l'exécution de ses œuvres. Le religieux est posr Tévéque le plus utile des auxiliaires ; mais la partie essentielle du travail peut être faite sans lui. L'indépendance complet? des familles religieuses sera donc garantie sans inconvénient dans l'Église latine, elle est dans la logique des situations; mais, dans l'Église ruthène, Tévéque, qui ne trouve aocuQ^ ressource dans son clergé, est obligé de tout demander aui