CHAPITRE V. -- LE CULTE DE SAINT JOSAPUAT DE 1763 A
« A côté de la foi, une autre qualité distingua la noblesse polonaise, et en la sauvant, sauva la nation. La noblesse n'aimait pas le séjour des villes. Si elle s'y était habituée, elle se serait peut-être accommodée bien plus facilement avecTétranger, et serait devenue cosmopolite. Mais elle habitait toujours la campagne, et ce séjour lui donna Tamourdusol natal, des usages du pays, des vertus et des traditions nationales, en un mot tout ce qui constitue le patriotisme. Ce patriotisme survécut au démembrement de la Pologne. Il grandit même et s'épura dans les désastres. Il pénétra la bourgeoisie qui s'est formée depuis. Il gagne aujourd hui le paysan lui-même. Fortifié, défendu et élevé par le sentiment catholique, le patriotisme donne aux Polonais cette fidélité obstinée aux traditions nationales , cette foi inébranlable dans l'avenir , qui étonne jusqu'à leurs ennemis et assure la renaissance de cette nation*. »
Mais les vicissitudes politiques n'appartiennent plus à notre sujet ; nous n'avons désormais qu'à faire l'histoire des reliques de saint Josaphat et de leurs fidèles gardiens. Sous le règne des rois saxons, pendantcette époque de paix et de prospérité, somnolente et toute matérielle', dont jouissait la Pologne, les princes Radziwill, possesseurs d'une fortune immense, eurent tous les moyens de remplir les engagements qu'ils avaient contractés envers les Basiliens et saint Josaphat. Il ne tint qu'à eux de construire à Biala un monastère et une église dignes d'abriter la dépouille du martyr de l'Union. En 1746, on se mit à l'œuvre, et l'église fut commencée sur de beWes proportions ; mais une brouille survint entre les Radziwill et les supérieurs de la Congrégation basilienne. Le provincial deLithjianie voulut s'attribuer, nous ne savons pour quel motif, l'administration et les revenus d'un domaine que les princes avaient concédé, paraîtil, directement au monastère de Biala. Choqués de ce procédé, les Radziwill rompirent avec les supérieurs de la Congrégation basilienne, et ne voulurent plus s'occuper de l'église de Biala. Ils continuèrent cependant à fournir chaque année des secours pour la subsistance des moines, et leur payèrent quelques milliers de florins qui leur étaient dus en toute justice ; mais cette somme ne pouvait suflire pour l'achèvement de l'église. Les
i . p. Valérien Kalinka.
travaux furent interrompus, et le corps de saint JosaphatresU dans la chapelle du château^.
Cette conduite faillit être funeste aux princes Radziwil Quand on vit qu'ils ne remplissaient pas leurs obligations, et que le corps du saint martyr restait sans honneurs, dans m lieu presque inaccessible aux fidèles, des réclamations s'éle^ renl de tous côtés. L'archevêque de Polock exigea la resliUlki d'un dépôt sacré, dont son Eglise avait été injustemeat priiée par la transaction de 1743 ; et les supérieurs des Basiliw étaient prêts à appuyer sa demande. D'un autre cêté, ia seigneurs rivaux des Radziwill firent des offres magaifiqw pour obtenir ces reliques vénérées. Le prince Michel C» toryski, chancelier de Lithuanie, proposait aux Basiliensue belle église et une riche dotation à Wolczyn, sa résidence, si voulaient y transporter le corps du saint martyr. Le priaoi Michel Sapieha, vice-chancelier de Lithuanie, le demanàà pour son église de Rozanna, et s'engageait à le replacer dtf la châsse donnée autrefois par Léon-Casimir Sapieha.
Aucune décision n'avait été prise encore, lorsque la iBfflt d'Auguste III ramena pour la dernière fois la crise de rifllff" rcgoe (1763). Le chef de la maison Radziwill était alors lejeiW prince Charles, si célèbre dans l'histoire des dernières codtbI' sions de la Pologne. Dumouriez, le futur vainqueur de Jo* mapes, qui se mêla aux luttes des Polonais à cette époque, i peint d'un mot cet homme d'un autre âge, à moitié barbare, mais généreux et plein de courage, égaré au milieu de Tarisl*craLie sceptique et raffinée du xvin* siècle. « C'était, dit-il, Bfi« « béte brute, mais le plus grand seigneur de Pologne •.Sio»rement dévoué à sa patrie, il n'eut pas assez d'intellige»* pour la servir utilement ; et il ne sut rien faire ni de * immenses richesses, ni de Tinfluence extraordinaire que sa défauts eux-mêmes lui donnaient sur la noblesse lithuanien»^ Son coup d'essai dans la vie politique le força de fuir à rélnft* ger, au moment où l'influence russe portait sur le irùne^ Pologne Stanislas-Auguste Poniatowski (1764).
1 , V, Dévotion à saint Josaphat^ L'auteur de ce livre se trompe ei 111 et ta lit ici en scène le prince Charles -Stanislas ou Charhs II Rada** st connu sous le sobriquet de Monsieur VAmi(Panie Kochanku). Un'^*' alors qu'un enfant. C'est sans doute son père, le prince Michel, qtu »! J*auLeur de cette rupture.