‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 252 sur 316 · CHAPITRB VI. — CANONISATION DE SAINT JOSAPHAT · texte numérisé non relu

CHAPITRB VI. — CANONISATION DE SAINT JOSAPHAT

yeux de cette princesse, les Uniaies n'étaient pas de véritables catholiques ; et les préjugés de la noblesse polonaise étaient sur ce point parfaitement d'accord avec sa politique. Dès ce moment une guerre tantôt violente, tantôt astucieuse et savante, mais toujours implacable, commença contre TËglise ruthène.

Le second partage, consommé le 25 septembre 1793, en donnant à la Russie la Huthénie méridionale, étendit la persécution. La Wolhynie et l'Ukraine en devinrent le principal théâtre et rUnion fut presque entièrement abolie dans ces provinces. En 1795, le troisième partage rayait de la carte d'Europe jusqu'au nom de la Pologne, et livrait à la Russie toute l'ancienne Huthénie, à l'exception delà Ruthénie-Rougc et du pays de Chelm, adjugés à l'Autriche.

Catberinell supprima immédiatement tous les évéchésuniates de ses Étals, à l'exception du seul archevêché de Polock, et défendit au métropolite Théodose Rostocki de faire aucun acte de juridiction. En même temps une série de mesures tyranniques achevaient de désorganiser l'Ordre basilien, afin de priver le clergé séculier et le peuple de l'appui que les moines pouvaient seuls lui fournir contre la persécution. Si la vie de Catherine 11 se fût prolongée encore durant quelques années, cette princesse eût achevé la destruction de l'Eglise uniate; mais la mort la frappa le 19 novembre 1796. En vingt-trois ans, elle avait rejeté de force huit millions de Ruthènes dans le schisme.

Son lîls Paul I inaugura un système de tolérance religieuse, qui durajusqu*à Tavénement de Nicolas I (1797-1825). Le 18 octobre 1798, le pape Pie "VI, d'accord avec l'empereur, donna une nouvelle organisation aux églises catholiques des deux rites dans les provinces polonaises incorporées à la Russie. Le siège métropolitain de Kiew ne fut pas rétabli; mais Tarchevêque de Polock reçut le droit de juridiction sur deux évêchés, fondés l'un à Luck pour la Wolhynie, la Podolie et l'Ukraine, l'autre à Brzesc pour la partie russe de l'ancien diocèse de ce nom et la Lithuanie.

La circonscription des diocèseslatins fut également modifiée, et les anciens évêchés de Vilna, de Kamieniec et de Samogitie, ainsi que le siège nouvellement créé à Minsk, furent tous soumis à l'archevêché érigé àMohylew. On remarque avec surprise que par cette organisation, le point central de la nouvelle hiérarchie latine était fixé à l'extrême limite du territoire polo-

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nais, aussi loin que possible de Rome et de la civili&.ilîoi] catholique, daos une contrée où Télément lalia fui toujmifi sans consistance. Bien plus, le nouvel archevêque ne resta jamais à Mohylew, mais à Saint-Pétersbourg, en sorte que \t chef des églises latines de la Russie fut toujours sous la mm du czar et la surveillance du Saint-Synode.

ï/empereurde Russie pouvait consentir à ce quil y eût des églises catholiques dans ses Etats ; maïs il prenait divance ses mesures pour qu'elles ne pussent jouir d'aucTUM liberté.

Nous devrions parler ici du premier archevêque de MohyW, Stanislas Bohusz Siestrzencewicz- Servile exécuteur des àtr seins de Catherine II contre PÉglise, il employa pendant plo* d'un demi-siècle Tautorité qu'il avait reçue du pontife rosnâÎJi à préparer Tanéantissement du troupeau confié à sa garde; mats nous laissons à d'autres le soin de raconter la lameatAlile histoire de la destruction de l'Église catholique des deux rilr dans les provinces polonaises de TEmpire russe ; nous ne tqo^ Ions qu'indiquer la marche progressive de la persécution,

Alexandre I hérita des intentions bienveillantes de son p^ Paul I envers les unlates. Il donna à l'archevêque de Polodk titre de métropolite des Églises Unies en RiLssie; il favorisa b essais de réorganisation de l'ordre basilien ; mais il décr^li toutes ces mesures réparatrices de son autorité privée, saM recourir au Saint-Siège. Aucune correspondance avec Roîd^ ne pouvait avoir lieu que par l'entremise du ColU^ge ecclé^wtique catholique romain^ commission ecclésiastique établie ■ Saint-Pétersbourg, auprès du ministère des cultes, pour \t gourvernement des églises catholiques de l'Empire. Dès lors la surveillance du pontife romain ne s'exerça plus sur les débm de r£i^lise uniate, etle peuple ruthène cessa de jouir d'oit^ partie des avantages de celte communion avec le Saint-Si^^'t aposlolique, dans laquelle il avait eu tant de peine à reDlrer-

La création du royaume de Pologne, stipulée par les traité de 1815, fut une satisfaction accordée à la conscience de! Tqropc, indignée par le crime des partages ; mais cette organis»i lion nouvelle servit encore les projets de la Russie cootre î*

nationalité polonaise. Le nouveau royaume fut formé uurqi'^ ment de la partie de la Pologne latine soumise au gouveraement du czar. La Lithuanie et Tancieane Ruthênie restèrea*

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incorporées àl'empîre russe. Catherine II et ses successeurs prétendaient posséder ces provinces plutôt par droit de succession que par droit de conquête. Us étaient les légitimes successeurs des Wladimir le Grand et des Jaroslaw ; et en s'emparant de ces contrées, ils venaient délivrer des populations russes, soumises contre leur gré au double joug des Polonais et des Latins .

Cette politique s'accentua avec énergie k Tavènemenl de Nicolas I. Ce prince, renonçant au système de tolérance pratiqué par son frère Alexandre I et son père Paul I, reprit tous les projets de son aïeule Catherine II et résolut de détruire complètement rSglise uniate, afin de séparer à jamais Tancienne Ruthénie de la Pologne. Un évéque, dont le nom restera voué à Texécration de la postérité, Joseph Siemaszko, fut Tinstrument du czar dans cette œuvre d'apostasie.

Choisi pour suffragant parle métropolite Josaphat Bulhak et décoré bientôt par Tempereur du titre d'évèque de Lithuanie, il annonça d^'abord Tintention de restaurer dans leur ancienne pureté les rites de fÉglise grecque et commença, sous ce prétexte, à détruire tous les signes extérieurs de rUnion dans la Liithuanie et la Ruthénie-Blanche. Les usages liturgiques, introduits à Timitation des Latins^ furent violemment abolis. Siemaszko imposa ensuite à ses prêtres un missel schismatique, imprimé t Moscou, dans lequel la particule Filioque et la prière pour le souverain pontife étaient supprimées. Enfin, quand la mort du métropolite Bulhak eut laissé le champ libre à ses intrigues, d'accord avec Basile Luzinski et Antoine Zubko, qui formaient avec lui toute la hiérarchie ruthène, il déclara, dans un synode tenu à Polock, le 24 février 1839, qu'il se réunissait à l'Eglise orthodoxe orientale avec tous les fidèles soumis à sa juridiction.

« On n'aura jamais assez de larmes pour les malheurs de « cette nation », s'écriait Grégoire XVI en dénonçant cet attentat à la chrétienté. € Ceux qu'elle avait reçus pour pasteurs et <f pour pères, ceux qui devaient être ses guides et ses maîtres, o ceux qui avaient mission de rendre plus étroite son union « avec le corps du Christ, qui est TÉglise, ceux-là même sont « devenus les auteurs d'une nouvelle défection. Nous n'avons c pas le courage de rappeler ici les signes qui annonçaient € depuis longtemps ce lamentable événement ni les séductions a au moyen desquelles ces pasteurs dégénérés ont été entraînés

« dans ce gouffre de méchanceté et de perdition. En présecce « de cette misérable chute, nous ne pouvons que nous écrier « avec les Ëcritures : Les jugements de Dieu sont des o^iia « sans fond^ .»

La moitié au moins des popes uniates et l'immense majorité, pour ne pas dire la totalité du peuple, refusèrent de suivre ks évoques dans leur apostasie. Une persécution, à la fois impl^ cable et savante, anéantit le clergé uniate, et le peuple, prin de ses pasteurs, vit ses églises occupées par despopes scliisiU' tiques et fut contraint par des exécutions militaires à recem les sacrements de leurs mains. Faut-il le dire ? la résisUtncedi clergé eût été bien autrement vigoureuse, sHl eût été astreistà la sainte loi du célibat. Combien de ces pauvres i>opes eussatt accepté pour eux-mêmes la misère, la faim, la soif, la prisai, cette affreuse prison russe, où ne pénètre aucun rayon d'espérance I Combien eussent bravé jusqu'aux horreurs de la Sibérie pour défendre leur foi ! Mais leurs femmes, leurs enfants le enlaçaient dans leurs bras ; et pour conserver à ces êtres chéris un asile et unmorceaude pain, ils consentaient, hélasl àlapes* tasie. côté de ces tristes défections, on vit, même daasies rangs du clergé séculier, des exemples magnifiques de fidéliiê àTÉglise ; et dans cette dernière persécution, laLithuanieetb Ruthénie-Blanche ont produit des martyrs dignes des lenfS héroïques du Christianisme '.

Nous voudrions pouvoir dire que la noblesse polonaise et le clergé latin vinrent au secours de leurs frères persécutés. Ce» iniquités s'accomplissaient sous les yeux desgentilshommes«( sur leurs propres domaines. Ils n*ont rien fait pour s'y opposer. Le clergé latin lui-méiiie n'a pas osé élever la voix, de peur d'attirer sur lui-même la colère du persécuteur ; et quand le czar lui a défendu d'administrer les sacrements aux Uniates, convertis de force à la prétendue orthodoxie, il a accepté cetk loi et a laissé périr des âmes qu'il eût pu sauver. Sans dôale, la moindre infraction à ces ordres tyranniques pouvait ^ punie par la déportation en Sibérie ; mais le devoir du prètR

1. Allocution du 22 novembre 1839. V. Theiner, Vicissitudes deVÈçl^ catholique des deux rites en Pologne. T. II, p. 351.

2. V. Theiner, Vicissitudes^ et surtout le recueil publié par le R.P.D^* Bérengier, sous ce titre les Martyrs Uniates, Poitiers, fl. Oudin.

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