CHAPITRE III. — PRÉLUDE DU MARTYRE
fait lâcher sar lui ses chiens. Les serviteurs de Tarchevéque étaient indignés, et il eut peine à contenir leur colère. Pour lui, il se remit en route sans manifester la moindre émotion.
Pendant qu'il s'éloignait, les filles de Soroka reprochaient à leur père sa conduite envers un hôte dont Textérieur et les paroles annonçaient la sainteté. Elles parlèrent avec tant d'énergie, que le père eut honte de son emportement, et voulut à tout prix réparer sa faute. Aussitôt il monte à cheval, court après Josaphat, et se jette à ses pieds eo lui demandant pardon. « Vous ne m'avez pas fait d'injure, lui répond le serviteur de c Dieu, je vous demande seulement de laisser à vos filles la « liberté d'être catholiques. » Cette indulgence émeut Soroka jusqu'aux larmes. « Et moi aussi, s'écrie-t-il, je veux être « catholique » ; et il supplie Josaphat de revenir chez lui pour recevoir son abjuration. L'archevêque ne pouvait suspendre son voyage. Il s'arrêta, et s'assit sur une pierre au bord de la route. Soroka se mit à genoux devant lui, fit sa profession de foi et sa confession, et rentra à sa maison devenu catholique. Le curé ne comprenait pas que Josaphat eût pu achever en une heure ce qu'il avait vainement essayé durant des années ^
Ces conversions étaient comme un peu de miel que Josaphat cueillait pour le fortifier sur sa voie douloureuse. Les événements se succédaient toujours plus rapides. Nous touchons à la sanglante tragédie qui mettra fin aux jours du saint archevêque.
1. Le P. Gennadius Ghmielnicki fut témoin de cette triple conversion, Acta Commiss. Apostol. — Susza, Curs vit. p. 62.