CHAPITRE VII. — DERNIÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
corps. Mais le doyen s'y refusa. A quelques jours de là, les autorités firent construire dans les caveaux des murs qui fermèrent Taccès du tombeau où reposait saint Josaphat et rendirent impossible toute marque de dévotion à son égard * .
Le successeur de saint Pierre n'a pas pu rester indifférent au spectacle de ces odieuses persécutions. Aux protestations éloquentes et publiques de Pie IX succédèrent les gestions diplomatiques de Léon XIII, non moins ému que son prédécesseur par les souffrances des uniates de Chelm. Aucun résultat sérieux ne fut obtenu. Les persécuteurs sont devenus plus circonspects, mais n'ont jamais désarmé.
De généreuses tentatives ont été faites pour porter en secret aux pauvres uniates l'encouragement de la parole sacerdotale et le secours des sacrements; mais « la contrebande religieuse » est sévèrement poursuivie à la frontière du côté de l'Autriche. Il est plus facile à Rome d'envoyer des missionnaires au fond de la Chine que dans la Russie de Chelm, Quelques prêtres y ont pénétré, déguisés en paysans ou en colporteurs, confessant, mariant dans les bois ou dans une airrière-boutique ; la plupart ont été découverts, expulsés ou emprisonnés. Quant au clergé latin du pays, il suffit que la police aperçoive un uniate causant avec un prêtre ou priant dans une église catholique pour que le prêtre soit déporté et l'église fermée *.
Le recours à la prière était, hélas I le seul moyen efficace qui restât aux mains du Souverain Pontife pour secourir cette portion déshéritée de son troupeau. Cette douloureuse extrémité a valu à saint Josaphat le dernier honneur que le pasteur suprême de TEglise pouvait lui décerner, rétablissement solennel de son culte dans toute la chrétienté. Peu de temps après l'apostasie officielle de l'Eglise de Chelm, Pie IX reçut une touchante supplique, signée par les prêtres uniates obligés par le gouvernement russe à se réfugier en Galicie. « Chassés de notre pays, disaient-ils, à cause de notre fidélité au Siège de Pierre, accablés de maux et n'ayant d'autre espoir qu'en celui qui a dit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la jus-
1. Ce récit, publié en 1877 dans les Nouvelles ecclésiastiques de Léopol, a été réimprimé dans un livre que Tabbé Jean Bojarki a donné sous ce titre : Le temps de Néron au XIX* siècle sous le gouvernement russe.