CHAPITRE VII. — DERNIÈRES ÉPREUVES ET ESPÉRANCES
taient à ce que les reliques de saint Josaphat fussent transportées dans les caveaux de Téglise et même le demandaient. Aussitôt le gouverneur, Gromeka, d'accord avec l'administrateur intrus du diocèse, Popiel, ordonna au doyen Filewicz de se rendre à Biala, d'y convoquer les popes des alentours et d'enlever Turne des reliques de Tautel et de l'enfermer dans les caveaux de Téglise. Le colonel secrétaire de la chancellerie du gouverneur arriva avec des employés de la police, toute une compagnie de gendarmes et un bataillon de vétérans pour prêter main forte aux popes schismatiques.
Le 26 mai 1873, dès le matin, Topération commença. Les popes ignoraient pour la plupart le but de la convocation. L'abbé Léon Szokolski, Tundes premiers arrivés, apprenant la cause de ce rassemblement, protesta et déclara que le corps de saint Josaphat était resté depuis deux siècles et demi sur Vautel et qu'on ne pouvait le renfermer dans les caveaux de l'église, sans outrager Dieu. Un pareil acte, disait-il, portait atteinte à l'honneur du gouvernement lui-même ; les Russes devaient respecter les reliques de l'Eglise catholique romaine comme celles de l'Eglise orthodoxe, d'autant plus que saint Josaphat venait d'être canonisé et proposé au culte de tout le monde chrétien. Il répéta avec énergie cette protestation devant le colonel Moskwin qui dirigeait la restauration de l'église et qui était probablement avec Liwezak l'instigateur de cet attentat. On ne prit pas garde d'abord à ces paroles, mais comme le pope Szokolski les renouvelait avec courage et déclarait qu'il ne prendrait aucune part à l'action, il fut arrêté sur-le-champ.
Pour empêcher un mouvement populaire, on disposa des gendarmes dans toutes les rues du village et le bataillon de vétérans fut massé en armes près de l'église. Ces mesures prises, le doyen Filewicz, Liwezak, et deux autres popes entrèrent dans l'église avec les employés de la confrérie, quelques paysans et quelques femmes. Les prêtres se revêtirent des habits sacerdotaux et commencèrent par réciter des prières, mais dans lesquelles ils eurent soin d'exclure toute commémoration du saint martyr. Sur Tordre du colonel Moskwin, un serrurier s'approcha et enleva les vis qui assujettissaient l'urne des reliques, a Maintenant, prenez le cercueil, » continua Moskwin en s'adressant aux prêtres. Un reste de respect empêcha ceux-ci d'obéir. Deux d^entre eux en particulier, Jean
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Kuncewicz et Jacques Zypowski, reculèrent et témoignèrent tant de répugnance que le colonel n*osa pas insister et se tournant vers la confrérie : « Prenez la châsse, dit-il, c'est vous « qui avez fait la demande d'enlever ces reliques. » — Moo- « sieur, c'est une chose sainte, nous n'osons pas y toucher, nous « ne le ferons pas, » répondirent les confrères. Désappoinlés, les employés tinrent un instant conseil entre eux et se tournant vers des paysans, maires des villages voisins, convoqués aussi à cette exécution : « Prenez le cercueil, » dirent encore Moskwin et ses compagnons. Les maires ne bougèrent pas. < Appelez les « maçons, » crièrent les employés. Il y en avait plusieurs qui travaillaient hors de Téglise. Aussitôt que les gendarmes les appelèrent, ils cherchèrent tous à fuir. Les gendarmes réussirent cependant à en arrêter quelques-uns ; mais ceux-ci refusèrent énergiquement leur concours à l'attentat sacrilège. « Confisquez tout notre salaire, si vous le voulez, disaient-ils, « mais laissez-nous partir. Nous ne ferons pas ce que vous « demandez. — Eh bien, s'écria alors Moskwin, ce sont les gen- « darmcs qui en finiront. » On n'osa pas cependant aller si loin sans une permission formelle du gouverneur. On fit sortir tout le monde de l'église, on la ferma et on télégraphia au gouverneur. « Prenez huit hommes de gendarmerie et achevez « Tœuvre : » telle fut la réponse.
Sur ces entrefaites arriva le doyen de Ganon, Nicolas Kalinowski, appelé par les autorités sans doute parce qu'on le connaissait sans scrupules. Les gens du gouvernement le comblèrent de politesses, et après s'être entendus avec lui les gendarmes entourèrent l'église et n'y laissèrent entrer que les autorités et les prêtres. L'abbé Koncewicz avait pris la fuite. Les popes s'approchèrent de Tautel ; Kalinowski mit la malo sur l'une des reliques, Técarta du mur et dit aux gendarmes: « Prenez » ; ceux-ci exécutèrent l'ordre et descendirent le cercueil dans les caveaux de l'église. A droite de rentrée, il y avait une niche assez grande. On y plaça le corps du saint martyr et on ferma la niche avec un panneau de bois sur lequel le doyen Filewicz et le chef delà police placèrent leurs sceaux. Les gens du gouvernement avaient voulu exiger que Filewicz ouvrît la châsse et brisât les sceaux ecclésiastiques qui eu garantissaient l'authenticité. Ils espéraient sans doute se procurer ainsi le moyen d'enlever et de faire disparaître le saint