‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 28 sur 316 · CHAPITRE IV. — SITUATION DÉSESPEBÊE DE l'ÉGUSE UNIATE · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. — SITUATION DÉSESPEBÊE DE l'ÉGUSE UNIATE

les PP. Alexandre Szkoldycki et Ignace Stoponicz, s'émurent de ce danger, et s'offrirent d'eux-mêmes, pour aller à Kiew et desservir Féglise métropolitaine. Entrés des premiers dans la réforme basilienne, ces deux hommes courageux avaient vaillamment supporté les épreuves de toute sorte qui Tassaillirent à son berceau ; et une longue et fervente pratique des vertus religieuses leur avait valu la conGance de leurs supérieurs et Tadmiration de leurs frères. Fermes devantl'oragequi sévissait depuis deux ans sur TËglise uniate et jetait le trouble jusque dans les rangs de la milice basilienne, ils étaient vraiment dignes du poste d'honneur qu'ils ambitionnaient. Rutski le leur confia sans crainte.

Fier de la générosité de ses fils, le métropolite pourvut avec un soin paternel à tous leurs besoins. Il leur assigna un revenu, leur remit une forte somme d'argent pour commencer la construction d'un monastère auprès de l'église de Sainte-Sophie, et leur adjoignit, pour les assister, deux frères, nommésCyrille et Gédéon, et trois domestiques séculiers. Arrivés à Kiew avant la fête de la Nativité de la sainte Vierge, les fervents religieux ne trouvèrent dans l'église métropolitaine que des autels dépouillés et des murailles délabrées. Ils se mirent aussitôt à Tceuvre pour réparer ces ruines et orner le temple avec toute la décence possible. Le métropolite leur avait remis un calice, une croix, un évangéllaire et les ornements nécessaires pour la célébration des offices liturgiques . Les Tartares, les patrons séculiers et les schismatiques avaient pillé tant de lois l'église de Sainte-Sophie, qu'il ne lui restait plus une seule pièce de son ancien trésor. Tout fut prêt la veille de la Nativité, les quatre moines uniates voulant inaugurer sous les auspices de la sainte Vierge la reprise du culte divin dans la cathédrale purifiée. Le soir même, ils ;y chantèrent les premières vêpres de la fête, et les matines la nuit suivante. Puis ils se retirèrent dans la ville au palais du métropolite, pour prendre quelque repos en attendant l'heure de célébrer le saint sacrifice. Mais déjà l'ennemi rugissait contre eux.

Le métropolite schisma tique Borecki avait vu d'un œil inquiet Tarrivée de cesapôtres de l'Union. Il résolut de s'en débarrasser sans retard. Pendant que les moines uniates achevaient l'office de la nuit à Sainte-Sophie, le prélat schismatique haranguait, du haut de l'ambon, le peuple assemblé dans une autre église.

Il annonce que des moines unîates sont arrivés de Vilna pour bouleverser le pays et la ville, et il ajoute tout ce que la haine peut lui inspirer contre les pacifiques envoyés de Rutski. La populace comprend cet appel. Elle s*arme débâches etde bâtons, et gui lée par une troupe de Cosaques, elle monte à la basilique de Sainte-Sophie.

Au moment où les moines uniates y arrivent pour faire les derniers préparatifs du saint sacrifice, ils sont renversés, foulés aux pieds, accablés de coups, et leur sang coule sur le pavé de Téglise. Cependant les schismatiques ne veulent pas les mettre k mort. Ils traînent ces malheureuses victimes à travers la ville en poussant des cris de triomphe, et fatigués enfin de les maltraiter, ils les enferment dans la prison des Cosaques, réduit infect, d'où les confesseurs de la foi s'attendaient à marcher au martyre Au milieu de la nuit suivante, les portes du cachot s'ouvrirent^et les quatre prisonniers se virent entourés de nouveau par une troupe armée et frémissante. On les traîna jusqu'au Dnieper et on les jeta dans une barque, qui s*éloigna dans la direction de Trechtemyrow.

Le bruit courut que les Cosaques s'étaient arrêtés à la montagne de Saint-Nicolas, au-dessous de Kiew, et avaient précipité les prisonniers dans le Oeuve du haut des rochers. A cette nouvelle, Rutski tressaillit comme & l'annonce d'un triomphe. Il écrivit aussitôt aux jeunes religieux qu'il entretenait à Rome: c Glorifions, mes chers frères, et bénissons à jamaisle Dieu de € miséricorde, quia daigné permettre à notre petite congréga- <c tion de lui offrir ces hosties vivantes pour l'honneur de son « nom. Prenez courage, mes frères bien-aimés, que vos cœurs « s'affermissent dans la force. Nous avons au ciel des frères « qui ont marché devant nous pour nous montrer la voie de la « croix, qui est la voie des disciples du Christ, puisqu'elle a été <( celle du Maître . »

Cette annonce était prématurée. Rutski apprit bientôt que ses quatre disciples vivaient encore à Trechtemyrow, mais qu'ils essuyaient les plus indittnes traitements, pour prix de leur constance à persévérer dans l'Union. Le métropolite multiplia les démarches pour leur rendre la liberté. A sa prière, le roi ordonnaaux Cosaques de relâcher les prisonniers. La première injonction ne fut pas écoutée. Les Cosaques ne cédèrent qu'après trois ou quatre mois de résistance, devant la menace d'un

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