‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 290 sur 316 · CHAPITRE VII. — DERNIÈRES ÉPREUVES KT ESPÉRANCES · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. — DERNIÈRES ÉPREUVES KT ESPÉRANCES

désordres, emprisonner, déporter les innocents comme les coupables, comprimer pendant un temps les manifestations delà conscience et de Topinion ; ils n'atteignent pas les cœurs et les âmes ; et bientôt, on peut le croire, les cœurs et les âmes protesteront contre des moyens brutaux qui ne sont plus de nutre siècle. L'Eglise russe est aimée par un sentiment de tradition et par une foi inconsciente ; mais l'heure du réveil qui a sonné depuis longtemps pour les classes élevées, arrive peu à peu^ quoique lentement, pour les couches inférieures de la nation. L'Eglise russe cessera bien vite d'être considérée comme une mère si elle n*a pas soin de Tàme de ses enfants, si elle ne donne pas le pain de la vérité aux intelligences, si elle accepte d'être toujours le docile instrument et l'humble exécutrice des hautes œuvres d'une politique sans entrailles. Il faut qu'elle redevienne libre pour redevenir sainte, apostolique et féconde, pour retenir autour d'elle ses millions d*enfants dociles jusqu'à l'heure présente, mais qui demain lui échapperont au soufûe des idées nouvelles.

Derrière ces grands mots d'orthodoxie, de fidélité à la doctrine apostolique et à la constitution primitive de l'Eglise, que l'Eglise russe prononce avec tant d'emphase, qu'y a-t-il en réalité, sinon erreur grossière et oubli complet de la notion fondamentale de l'Eglise, de la vérité inculquée avec plus de force par Notre-Seigneur Jésus-Christ. Un polémiste catholique le disait naguère en répondant à la réfutation que le patriarche de Gonstantinople a cru faire aux encycliques du pape Léon XIII : « Nous avons de l'Eglise du Christ des notions bien claires données par lui et par saint Paul son apôtre. C'est un royaume, un troupeau, un corps vivant. Un royaume ne va pas sans un roi, un troupeau sans un pasteur, pas plus qu'un corps vivant sans une tête. Sscus cela le royaume se dissout, le troupeau se disperse et le corps meurt. Or, ce qu'on nomme Torthodoxie est un royaume sans roi, un troupeau sans pasteur, un corps sans tête ; c'est pour cela qu'elle n'est point l'Eglise du Christ. Où trouverait-on le roi, la tête, le suprême pasteur, l'autorité centrale dans l'orthodoxie? On dit qu'elle a une autorité suprême, le concile œcuménique. Depuis mille ans que l'orthodoxie a rejeté l'autorité des Souverains Pontifes, elle n'a pu avoir aucun concile œcuménique, et le plus savant de ses théologiens avoue qu*elle ne peut en avoir. Une

SAINT JOSAPflAT. — LIVRE VIII

singulière autorilé qui dort depuis mille ans et qa'oa avoue m pouvoir réveiller ne serait-elle point morte * ? »

L'Eglise russe ne peut être la véritable Eglise de Jésus- Christ ; elle n'a plus en elle que les restes de la vie, empruntée autrefois à Tunique dépositaire de la grâce et de la vérité sur ia terre, et il n'y a pas à compter sur elle pour communiquer à la société civile ce quelle n'a plus elle-même. Déjà des milliûits de ses enfants se sont soustraits à sa direction et la maudissent, et, malgré le concours de Tautorité temporelle, elle est Impuissante à les ramener dans son sein. Sa servitude, ses maladies internes, son impuissance iront toujours se munîTestant davantage. Elle est à la porte du temple, tendant la main, demandant au pouvoir civil l'aumône de son appui, aux protestants celle de leur science, sans s'apercevoir qu'elle est emprisonnée. Chaque jour accroît ses maux, et elle se refuse obstinément à demander la guérison au seul des passants qui pourrait la secourir; et celui-là, c'est Pierre, le vicaire de Jésus-Christ toujours vivant dans le Pape, son successeur. II est dépouillé de sa souveraineté, pauvre et humilié, mais l'auréole divine est toujours autour de sa tête, la force de guérison jaillit encore de ses mains, et en lui seul est la source de la grâce et de la vie. Sans cesse il dit à sa fille rebelle: a Regarde-moi et viens à moi... et celle-ci s'obstine à détourner la tête; mais cet entêtement, nous Tespérons, ne durera pis toujours. L'Eglise russe tendra vers Pierre un regard suppliant. «[Je n'ai ni or, ni argent *, répondra celui-ci ; autrefois Je disposais des couronnes, les princes étaient mes serviteurs, et moi-même j'étais roi ; Tingratitude de mes fils ma enlevé et la richesse et la puissance d'ici -bas ; mais il me reste Tautorité et les trésors que j'ai reçus de Jésus^Christ. En son nom, je te le dis, lève-toi et marche. En mettant ta main dans la mienne et en suivant mes pas, tu retrouveras ta liberté ; par la verlo divine qui s'échappe de moi, un courant de vie saine' et abon* dan Le entrera dans tes membres desséchés, leur rendra Tagililé et la force, et guérira tes plaies. Lève-toi et louons ensemble le Seigneur notre Dieu, et travaillons d'un seul cœur à augmenter sa gloire, à dilater son empire, à faire régner sur la terre la vérité, la justice et la paix ! »

Page 1