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SAINT JOSAPHAT. — T lï.
98 SAIKT JOSAPHAT. — LIVRE V
abandonné, a 0 mon Dieu ! » s'écrie Josaphat en levant vers le ciel une mainel des yeux mourants. Les assassins se retournent vers lui, le traînent dans la cour, et Tun d'eux lui traverse la tète d'un coup de mousquet chargé de deux balles ^
Le sacrifice était consommé ; mais la fureur de la populace n'était pas satisfaite. Elle se mit à insulter ce corps privé de vie. On Taccabla de coups désormais inutiles. Chacun voulait satisfaire sa cruauté sur ce sanglant trophée d'une victoire sacrilège. Uszacki, tombé mourant dans le vestibule, n'était pas là pour protéger la dépouille de son maître. Les autres serviteurs étaient blessés ou saisis d'épouvante. Un chien s'élança et vint défendre le corps de l'archevêque de Polock. Josaphat l'avait aimé et caressé quelquefois. Le pauvre animal se plaça près du cadavre, et il ne cessait d aboyer contre ceoi qui outrageaient son maître. Les assassins le tuèrent, et Tidée leur vint de mêler le sang du martyr au sang de cet animal. Ils mirent le chien en morceaux et placèrent ses membres saignants sur le corps de Josaphat *.
Après ce dernier outrage, les assassins abandonnèrent le cadavre de leur victime, pour piller le palais épiscopal. Dans le vestibule, ils retrouvent Dorothée gisant à terre baigné dans son sang. Ils s'aperçoivent qu'il a encore un souffle de vie, et ils l'accablent de nouveaux coups. Emmanuel Cantacuzëneet Grégoire Uszacki étaient étendus sans mouvement sur le pavé; on les crut morts, les meurtriers passèrent auprès d'eux sans les maltraiter. Ces monstres altérés de sang ne dédaignaient pas les profils du pillage. En un clin d'oeil le palais épiscopal fut bouleversé de fond en comble : Tor, l'argent, les vêtements, les meubles, jusqu'aux ustensiles de la cuisine, tout fut enlevé. Les privilèges, les titres de fondations, toutes les pièces des archives épiscopales disparurent. Un mot d'ordre avait été donné sans doute aux pillards, car ces parchemins flétris par le temps ne pouvaient avoir aucun prix à leurs yeux.
Las de tuer et de piller, les bandits se mirent à boire. La porte de la cave fut enfoncée ; on en tira le vin, la bière, toutes
1. Moroch. et Uszacki. — Cantacuzène ne put suivre ce dernier acte de martyre, mais il l'entendit raconter par des témoins oculaires, et sod récit confirme les deux autres.
2. En Pologne, la plus grande injure que l'on puisse adresser à quelqu'un, c'est de lui dire : « SaDg de chien I >