‹ Un apotre de l'union des eglises au XVII siecleChapitre 56 sur 316 · CHAPÎTRE V. — LE MARTYRE · texte numérisé non relu

CHAPÎTRE V. — LE MARTYRE

Farchevéque et d^adresser des reproches aux assassins ; mais ces misérables leur imposèrent silence, en les menaçant de les traiter comme Josaphat,s*ils osaient continuer. Enfin les meurtriers, ne sachant plus qu'inventer pour satisfaire leur rage, traînèrent le saint corps sur le haut du monticule qui domine la cathédrale et Tévôché de Vitebsk. La Dwina coule au pied de cette colline. On attacha au cou du martyr son cilice rempli de pierres, et on le précipita dans le fleuve. « Tiens-toi ferme, « Vladique, tiens-toi ferme ». criait la populace en le voyant tomber Dans sa chute sur les rochers, le corps eût dû être broyé; mais Dieu veillait sur les dépouilles de son témoin. Quand on les releva sur le bord du fleuve, pas un os n'était rompu. Cependant quelques-uns des meurtriers étaient montés sur une barque. Ils prirent avec eux le corps de Tarchevêque, et, remontant le fleuve, ils l'emportèrent à un mille au-dessus de Vitebsk, jusqu'à un lieu renommé pour la profondeur de ses eaux. Ce gouffre était connu dans tout le pays sous le nom de Puits sacré. Cette appellation était comme un présage de l'honneur qu'il reçut en ce jour. Les assassins avaient résolu d'y précipiter le corps de Josaphat, dans Tespérance qu'on ne pourrait pas l'en retirer, et que les eaux le feraient tomber promptement en pourriture. Ils attachèrent donc une pierre énorme aux pieds du martyr et le jetèrent dans ce gouffre sans fond .

A ce moment, une colonne de lumière descendit du ciel sur le lieu de l'exécution : un homme d'une figure vénérable apparut dans les airs et descendit jusque dans le fleuve avec la lumière miraculeuse. Malgré le poids dont il était chargé, le corps du saint archevêque reparut tout k coup sur les eaux, et les meurtriers, qui se retiraient en toute hâte, l'aperçurent qui descendait le fleuve derrière eux. Il fallut de grands efforts pour le ramener au Puits sacré et pour le précipiter de nouveau au fond du fleuve '.

Ces prodiges n'ouvrirent pas les yeux aux assassins. Revenus à la ville, ils se joignirent encore à la multitude qui achevait le

1. Ces prodiges sont rapportés non seulement par Morochowski et Susza, mais par les témoins de Tenquôte apostolique, qui les avaient vus de levrs yeux ou entendu rapporter par la voix publique au lendemam même de l'événement.

pillage da palais épiscopal. Les portes, les fenêtres, les poêles, les pavés, tout fut arraché ou mis en pièces. L'archidiacre Dorothée était encore étendu dans le vestibule. On le jeta dans le cimetière. Les Juifs donnèrent alors une sévère leçon k ces chrétiens, qui se disaient armés pour le maintien de Torthodoxie. Ils eurent pitié du malheureux archidiacre, remportèrent au péril de leur vie, et le soignèrent avec un tel dévouemeat qu'il recouvra la santé. Emmanuel Gantacuzène et Grégoire Uszacki furent recueillis, de leur côté, par un honnête chirurgien de la ville, nommé Barthélémy. De Taveu de tous et des assassins eux-mêmes, ces trois fidèles défenseurs de Josaphat ne durent leur salut qu'à un miracle évident. Ils eussent dû périr vingt fois sous les coups qui leur furent portés. Ainsi se vérifia la prédiction du martyr, qui avait dit à ses serviteurs: « Ne craignez rien, je périrai seul. »

La fatale journée allait finir. Le peuple avait abandonoé Tévêché, et le calme rentrait dans la ville. Les magistrats du château et les catholiques latins, assez nombreux dans Vitebsk, avaient assisté impassibles à Texécution. Quand il n'y eut plus de danger à paraître en public, le vice-palatin et le juge du château vinrent àTévêché avec un nombreux cortège, parcoururent cette maison dévastée, et reconnurent les traces de la sanglante tragédie du matin. Ils dressèrent un procès-verbal, estimèrent les dégâts commis et se rendirent ensuite à la cathédrale pour y continuer leur enquête. Ils y trouvèrent un coffre, rempli de vases et d'ornements sacrés, que les schismatiques avaient vainement essayé d'ouvrir à coups de hache. Craignant qu'on ne Tenlevàt durant la nuit, les magistrats ordonnèrent à leurs gens de l'emporter au château ^ Ceux-ci se mirent en devoir d'obéir; mais en passant dans un lieu tout couvert du sang de l'archevêque, le coffre s'échappa de leurs mains, comme si un bras puissant eût fait effort pour le jeter à terre. Il s'ouvrit en tombant, et les linges sacrés, la croix, la patène, Té tôle et le calice se placèrent d'eux-mêmes sur le sol, de la même façon que la main du mmistre sacré les eût disposés sur l'autel pour la célébration du saint Sacrifice. Le calice roula et se teignit dans le sang, puis il se redressa de lui-même vers le

1. V. AfTét de la commission royale. Le vice-palatin Jean Uzeniecki et le Juge du château, Philippe Osipowski, étaient protestants.

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