CHAPITRE 11. — SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE
eut lieu le 18 janvier 1625. Durant une semaine entière, les cloches Tannoncèrent matin et soii* par des sonneries prolongées. Trois jours avant la fête, le corps du martyr fut porté dans Téglise du Sauveur, située sur la place, au centre de la ville, afin qu'on pût achever les préparatif dans la cathédrale. Le métropolite Rutski et Tévéque de Pinsk, Grégoire Michalowicz, arrivèrent la veille de la cérémonie et furent reçus hors des murs au monastère des SS. Romain et David. L'archevêque de Polock, le vice-palatin, la noblesse et les magistrats municipaux conduisirent ensuite les deux prélats en grande pompe à l'église du Sauveur, pour rendre leurs premiers hommages au saint martyr.
Le 18, dès Taube du jour, les cloches et le canon annoncèrent la fête. Vers 8 heures du matin, une procession triomphale, formée de tous les catholiques de la contrée, latins et uniates, se déploya à travers les rues de la ville. Les neuf curés latins de Polock et des environs s'y trouvaient, environnés de leurs paroissiens, et Tun d'eux, revêtu d^une chape rouge, portait la croix en tète du cortège. Les Pères de la Compagnie de Jésus avaient amené les nombreux élèves de leur collège, qui faisaient entendre des chants pleins d'harmonie. Plus de cent prêtres uniates, parés des ornements sacerdotaux, formaient une garde majestueuse aux reliques du martyr.
Le cilice, les vêtements, les cordes, les pierres elles-mêmes qui avaient été attachées au cou de Josaphat, étaient placés sur des brancards richement ornés, portés par des membres du clergé, vêtus de pourpre et d'or. Le corps du martyr était déposé sur un char triomphal, drapé de rouge et traîné par six chevaux. Des écuyers richement habillés et portant des torches allumées, et cent hommes d*élite choisis dans la garnison de la citadelle marchaient à l'entour. Le fils du cordonnier de Wlodimir, l'humble reclus de la Sainte-Trinité de Vilna, le pauvre vladique auquel on avait refusé tant de fois les honneurs dus à son rang, avait en ce jour de triomphe un cortège plus magnifique que les fastueux magnats de la Pologne. Polock avait réuQi tous les signes de la richesse et de la puissance autour de son archevêque, afin d'efiacer à jamais, par l'éclat de ce triomphe, le souvenir de sa rébellion. Le métropolite, l'archevêque de Polock, l'évêque de Pinsk et la noblesse fermaient la marche. La cathédrale était tendue de tapisseries^
et un magnifique catafalque était dressé au milieu du chœur. On y plaça les saintes reliques, et des élèves du collège de Polock prononcèrent des discours en grec et en latin à la louange du martyr.
Le métropolite s'était réservé Thonneur de célébrer le saint Sacrifice. Après la messe pontificale, Léon Kreuza, archevêque nommé de Smolensk, prononça le panégyrique de Josaphat Disciple et successeur du martyr dans Tarchimandrie de Vilna, il Tavait vu k Tœuvre et pouvait mieux qu'un autre retracer ses vertus héroïques. Ce discours, plein d'un chaleureux enthousiasme, remua profondément la foule, et convertit, diton, plusieurs schismatiques, que la curiosité avait attirés à la fête. Les jeunes élèves des Jésuites réservaient au Saint un dernier hommage. Ils entonnèrent un hymne en vers polonais à sa louange ; ils y rappelaient le gracieux symbole de la rose, placé sur Técusson de la famille Kuncewicz, comme un présage de la gloire que lui promettait le martyre du plus illustre de ses enfants. Le peuple retint sans peine cet hymne d'un rhythme facile, et il en répétait à chaque strophe le joyeux refrain. Enfin, après quelques paroles du métropolite, le corps de Josaphat fut descendu dans le tombeau.
A ce moment suprême, le P. Gennadius, Tarchidiacre Dorothée Lecikowicz, et les autres compagnons du martyr étaient tous réunis autour de lui. Dorothée attirait particulièrement les regards. Tous savaient qu'il n'avait échappé k la mort que par miracle, lors de l'assassinat de Tarchevéque. c II avait été, « comme il le disait lui-même, tellement accablé de coups a qu'une seule parcelle de ses os n^eût pas dû rester entière, c Sa tète était encore pleine de cicatrices > ; mais, pour rendre le prodige encore plus palpable, « avant cet événement, il « était sans cesse travaillé par de nombreuses infirmités ; elles « avaient toutes disparu depuis la mort du serviteur de Dieu, « et sa santé était de venue excellente. > Pendant cette émouvante cérémonie, le fidèle archidiacre de Josaphat fondait en larmes, et on lisait sur son visage un profond regret de n'avoir pas été jugé digne de répandre son sang avec son maître bienaimé*.
1. Relal. audit. Rot. Deposit. Dorothei Lecikowicz. — Susza, Curs, vit. p. 101. 11 a suivi une relation contemporaine, rédigée probablement parie