CHAPITRE II
SAINT JOSAPHAT THAUMATURGB.
Dévotion du peuple envers saint Josaphat. — Funérailles triomphales du saint martyr (18 janvier 1625). — Miracles sans nombre opérés à son tombeau. — Josaphat emploie avec prédilection sa puissance en faveur de ses amis. — Guérisondu P. Gennadius Chmielnicki. — Le collège des Jésuites de Polock préservé de Tincendie . — Faveurs accordées au P . Kosinski, à Michel Tyszkiewicz, à. Basile Ghotelski. — - Josaphat apparaît à Félicie WoUowicz et lui rend la santé. — Rutski secouru sans cesse par son saint ami. — La ville de Zamosc sauvée de Fincendie.— Le cilice de Josaphat instrument de nombreuses guérisons. — Les ducs Georges Czartoryski et Alexandre Zaslawski recouvrent la santé par l'intercession de saint Josaphat. — Premières procédures pour la canonisation • — Enquête publique faite par Tordre du Pape à Polock et à Yitebsk. — Le métropolite en prescrit une autre à Wlodimir. — Hommages éclatants rendus en cette occasion à saint Josaphat. — Les actes de ces enquêtes examinés à Rome. — Des vices de forme arrêtent la marche du procès.
Pendant que Rome, toujours prudente, préparait de minutieuses enquêtes sur la vie et la mort de Josaphat, en Pologne, le peuple, sans attendre le jugement du Siège apostolique, décernait déjà au martyr le titre de saint et recourait avec pleine confiance à son iulercession. Chaque jour de nombreux pèlerins affluaient à Polock ; et on les voyait agenouillés par troupes devant le cercueil de Tarchevôque, toujours exposé au milieu du chœur de la cathédrale. Des cierges, sans cesse renouvelés par la piété des fidèles, brûlaient autour de ces saintes dépouilles ; les murailles se couvraient d'ex-voto, et le trésor de la cathédrale recevait constamment de nouvelles offrandes, de grosses sommes d'argent, des calices, des ornements de prix, en même temps que Toboie du pauvre.
On recherchait avec empressement tout ce qui avait appar-
tenu à Josaphat. La moindre parcelle de ses vêtements, de son cilice, de l'étoffe qui recouvrait son cercueil, était reçue comme un précieux trésor. \ défaut d'autres reliques , on voulait posséder de la terre prise sur le lieu de son martyre, et de petits fragments détachés des cloisons et des murailles dans le vestibule de l'évêché de Vitebsk, parce qu'on les croyait sanctifiés par le sang du martyr. Son portrait, peint et gravé par ordre du métropolite, fut répandu jusque dans les provinces les plus éloignées, avec des litanies et des prières composées en son honneur.
Dès les premiers mois qui avaient suivi le martyre de Josaphat, Rutski avait écrit un abrégé de la vie de son saint ami ; et cet opuscule, publié à Zamosc, en latin et en polonais, sous le nom de Tévéque de Wlodimir, Morochowski, avait été lu avec avidité. Par dévotion, on donnait déjà à des enfants le nom du saint archevêque au baptême ou à la confirmation Dans les périls, les maladies et les adversités, on recourait à lui comme à un protecteur tout-puissant auprès de Dieu. Enfin, dans les églises comme dans les académies, des orateurs et des poètes consacraient leurs talents à célébrer les vertus et la gloire du nouveau martyr. A Rome même, un jeune élève du Collège grec, Thomas Xenicepulos, prononça au Collège romain un discours en son honneur, qui fut très applaudi et aussitôt imprimé *.
Les habitants de Polock tinrent à honneur de ne passe laisser vaincre par les étrangers en dévotion pour leur saint archevêque. L'accueil quMls avaient fait à ses reliques n'ayant pas suffi à leur piété, ils voulurent décerner un véritable triomphe à ces restes vénérés, avant de les placer dans le tombeau que le martyr s'était préparé lui-même. Cette translation
1. On peut le lire à la suite de la Vie de saint Josaphat, par Susza, dans les deux éditions. — Un jeune religieux de la Compagnie de Jésus, qui faisait concevoir les plus belles espérances par ses rares talents, spécialement pour la poésie latine, le P. Nicolas Kmicic, originaire du palatinat de Vitebsk, composa une sorte de poème épique en trois chants, sous le titre de Josaphatide. Cet ouvrage fut présenté en 1627 au nonce apostolique en Pologne, Antoine de Santa-Croce, archevêque de Séleucie. Il eut, paraît-il, un grand succès ; car plusieurs écrivains, profitant de Tanonyme gardé par l'auteur, cherchèrent à s'en attribuer la paternité. Rostowski, Histor, provinc, Lithuan. Soc, Je«. p. 295, 831.