CHAPITRE II. — SAINT JOSAPHAT THAUMATURGE
été marquées par aucun événement d'éclat ; cependant on se rappelait encore cet enfant, si modeste et si pieux^ qui dédaignait les jeux de son âge pour converser avec Dieu et inspirait aux vieillards eux-mêmes une affection mêlée de respect. Le métropolite voulut recueillir, au moyen d'une enquête officielle^ ces souvenirs glorieux pour la mémoire de Josaphat ; leP. Nicéphore Zarzewski, Basilien et supérieur des écoles de Wlodimir, fut chargé de la préparer.
Sur l'invitation de ce religieux, plusieurs des plus respectables habitants de la ville, parmi lesquels on comptait des vieillards centenaires,comparurent devant Tévêque et le chapitre ruthène de Wlodimir, etattestèrent, sous la foi du serment,. Festime qu'ils avaient toujours éprouvée pour Gabriel et Marine Kuncewicz, et les signes de vertu précoce qu'ils avaient remarqués dans leur fils Josaphat. En même temps plusieurs gentilshommes du pays se présentèrent pour faire constater qu'ils étaient unis par les liens du sang à la famille Kuncewicz. Jamais on n'avait vu des nobles se faire honneur d'une parenté avec des marchands ; et il fallait tout le prestige de la sainteté et du martyre pour imposer silence à l'orgueil nobiliaire, la première et la plus tyrannique passion du gentilhomme polonais. L'évêque Morochowski fit droit à la demande qui lui était adressée, et des titres en forme furent délivrés aux parents de Josaphat, pour leur reconnaître cette glorieuse prérogative *.
Aux dépositions des habitants de Wlodimir vint se joindre un témoignage plus important et plus détaillé. Le métropolite Rutski n'avait pas comparu devant les délégués du Saint-Siège ; il né pouvait cependant rester muet, lorsque tant de voix proclamaient la sainteté de son ami, du soutien de toute sa vie. Il rédigea une attestation sur la vie, la mort et les miracles de Josaphat, qui fut jointe aux pièces de l'enquête. Dans ce document, il recueillit, malheureusement en abrégé et comme à la hâte, des souvenirs qu'il n'avait pas consignés dans sa trop courte esquisse sur la vie de Josaphat. Quoique cette pièce présente encore d'immenseslacunes, que l'histoire ne comblera jamais, elle offre un portrait fidèle du moine, de l'archimandrite et de l'évêque, qui avait été durant vingt ans le modèle, encore plus que l'auxiliaire de Rutski.
i. Nous avons déjà parlé de cette enquête de Wlodimir, 1. 1, ch. x.
Un basillen, le P. Nicolas Nowicki, fut chargé de portera Rome Igs pièces du procès dressé par les juges apostoliques. Elles étatent signées et scellées par eux, et elles ne deyaient être ouvertes que sur un ordre formel de Souverain Pontife. Le P, Nowicki apportait en même temps de nouvelles lettres, qui sollicitaient la prompte béatification de Josaphat. Tous les évéquea latins de Pologne s'étaient réunis à Piotrkow^ pour tenir le Synode provincial sous la présidence de l'archevêque deGnesea;et le 22 mai 1628, ils s'étaient engagés, par un décret conciliaire, à solliciter instamment la canonisation de Josaphat, avec celles de Jean de Kenty, de Stanistlas Koslka et des princesses polonaises Cunégonde et Salomée, Ils décernaient k tous ces serviteurs de Dieu le titre de patroos du royaumo de Pologne et réclamaient leur secours pour sauTer la pairie, menacée par tant de périls *.
Le P. Nowicki parvint à Rome au commencement de Fautomne de 1628, et remit les pièces du procès au cardinal Banditii, préfet de la Propagande, Ce prince de TÉglise les présenta lui-môme à Urbain VIII, avec un livre qu'un basiliea ruthène, le P. Jnsaphat Sakowicz, avait composé en Thonneur da martyr dont il portait le nom. En même temps, la Congrégation de la Propagande faisait écrire par son secrétaire à l archevêque de Polock, pour l'assurer qu'elle pousserait avoc énergie rœuvre de la béatification, car rien ne lui était plu^ à cœur '.
Un obstacle pouvait suspendre le procès pour de longues années. Le Souverain Pontife avait rendu un décret, par lequel il avait dtifendu tout examen sur la cause de béaliiieation d'uû serviteur de Dieu dans les cinquante premières années qui suivaient sa mort. Des sollicitations pressantes du roi, des é vaque s de Pologne, des cardinaux de la Propagande, n'auraient probablement pas suffi pour déterminer Urbain VIII à dispenser de cette loi toute récente ; mais les intérêts de 1 Église uniatelui étaient tellement chers, qu'il voulut hâter à tout prix la glorification de son témoin. Le 27 janvier 1629, d rendit un
1, Synodi provincialis Gnesnensis an, iS2S décret um de canon izationihus sanctorumt ap. Szymanski ms. t. II, p. 90.
2* Fr^ncisci Ingoli secret. Congreg. de Propag . Fide ad A/ufst, Stetau^ arch. Poloc. epist. 20oct 1628. — P. Sicolai Nowicki ep. ad HftpfntëL Kor^ ta*, epiac. Haliciens, 29 nov. 1628, dans lems. de Szymanski, L ll.p, 92,