‹ Un apôtre du Nord-Ouest CanadienChapitre 1 sur 57 · MONTRÉAL · texte numérisé non relu

MONTRÉAL

Montréal, 11 janvier 1917

Ma révérende sœur,

Au moment où va paraître, à Montréal, "Le Père Lacombe, d'après ses mémoires et ses souvenirs/' ce livre à la rédaction duquel vous avez travaillé, en grande partie, sous la dictée du père Lacombe lui-même, vous me demandez, en outre de mon "imprimatur" quelques mots dJ encouragement. Je vous les donne avec bonheur

Le douze décembre dernier, en apprenant la mort du vénérable missionnaire, j'adressais à Midnapore une dépêche qui résumait ce que je pense de sa longue et fructueuse carrière: "Avec le père Lacombs disparaît un admirable apôtre de Vouest et une gloire de V Eglise du Canada.11

Ce sont, ma révérende sœur, les labeurs et les œuvres de cet illustre oblat, né à Saint-Sulpice, dans notre diocèse, que votre livre raconte. Vous avez su faire, de ses soixante-dix ans de si fécond apostolat, d1 après les renseignements que vous teniez de la bouche de votre héros, et d'après ceux que vous avez puisés à des sources très sûres, un récit simple, bien ordonné, attachant, et qui, à cause des événements importants quHl rapporte, sera, pour vos lecteurs, tout à la fois intéressant, instructif et édifiant.

Je vous félicite sincèrement, ma révérende sœur, et je souhaite de tout mon cœur, pour Vhonneur de notre sainte religion et pour le bien de tous, que cet ouvrage ait une large diffusion.

Votre bien dévoué en Notre Seigneur,

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ylvant - Propos

C'est au reflet du soleil couchant de mon existence que, me conformant aux désirs de mes supérieurs, je viens accomplir un dernier devoir; car les désirs de mes supérieurs impliquent pour moi un devoir à remplir: il s'agit de présenter au public les Mémoires de soixante-six années de mon apostolat dans le Nord-Ouest.

Tout ardue que peut paraître la tâche, pour les facultés physiques et morales d'un nonagénaire, je me mets courageusement à V œuvre, sachant, par expérience, qu'avec l'aide de Dieu et la protection de la Vierge Immaculée, ma mère et ma patronne, rien n'est impossible à l'homme.

Depuis la fondation de l'Ordre des révérendes sœurs de la Providence, ces dignes filles de la vénérée mère Gawvelin, j'ai entretenu avec leurs diverses communautés et leur maison-mère, à Montréal, des rapports fréquents et précieux.

Aujourd'hui, les ramifications croissantes et florissantes de cet Ordre s'étendent dans les provinces du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta, et jusqu'aux parties les plus reculées du Nord-Ouest; on les trouve sur la rivière la Paix, VAthabaska et le Mackenzie, où j'eus autrefois le bonheur de jeter la semence de V évangélisation aux tribus sauvages et aux métis.

Quelle ne fut donc pas ma joie lorsque la très révérende Mère Générale 1 de cette belle et grande communauté, prenant en considération mon âge avancé, acquiesça à mon désir en m' accordant une secrétaire pour accélérer les travaux de

1 Mère M. Julien.

AVANT-PROPOS

cette publication dont le produit sera destiné à ce cher "Home", hospice bien-aimé dont V établissement aura marqué V exécution du plus doux et dernier rêve de ma longue vie !

Ah! puisse le Saint-Esprit darder les rayons puissants de sa lumière sur mon pauvre cerveau qui s'affaiblit! Puisse-t-il inspirer mes pensées et rafraîchir ma mémoire, me permettant ainsi de fournir à la main qui reproduira mes récits, tous les renseignements susceptibles d'intéresser et d'édifier nos lecteurs. Mon unique désir est qu'après ma mort, la lecture des expériences du vétéran missionnaire soit appelée à faire quelque bien aux âmes.

Je prie nos bienfaiteurs, nos communautés et notre clergé, archevêques, évêques et prélats d'Amérique et d'outremer, d'agréer dans ces Mémoires comme un dernier tribut de ma reconnaissance envers Dieu pour tous ses bienfaits, et de ma gratitude à leur endroit pour tous les témoignages de charité et de bienveillance qu'ils n'ont jamais manqué de me prodiguer en tous temps et en tous lieux.

Cet ouvrage me rappellera avec émotion les différentes phases de ma vie de missionnaire; j'en place le succès sous l'égide du Sacré-Cœur de Jésus, et sous la sauvegarde de Notre-Dame du bon Conseil, je le recommande à la protection de saint Joseph et à celle de mon bienheureux patron, Albert le Grand. Puissent-ils aussi bénir le travail de mes chères collaboratrices, dont la vie de sacrifice, de dévouement, d'abnégation et de prière est proverbiale!

Enfin, le vieux pionnier canadien, se rappelant qu'il est l'obligé de tous, prie le Dieu rémunérateur de tous biens, de bénir et de récompenser au centuple, sur cette terre, ses amis et ses frères en Jésus-Christ, en attendant le jour des récompenses éternelles.

Et si le Tout-Puissant daigne, dans sa bonté infinie, m' admettre au bonheur des élus, je continuerai, là-haut, à

AVANT-PROPOS

veiller sur les intérêts de la mission que fai commencée sur la terre, dans ce Nord-Ouest canadien, si souvent arrosé de mes sueurs et de mes larmes, mais où fai goûté tant de joies, de bonheur et de consolation, en travaillant dans la vigne du Seigneur.

Albert La combe, o.m.i.

"LAÇOMBE HOME.;'

Midnapore, Alberta

13 juin 1914

Une lettre du révérend père Thomas Ortolan, o. m. i r au père Lacombe, après un séjour à Midnapore.

Midnapore, 13 octobre 1012.

Mon révérend Père,

Avant de quitter votre cher Home, où j'ai goûté pendant près d'une semaine les charmes d'une si douce et si aimable hospitalité, je tiens à vous dire avec quelle émotion, et aussi avec quel bonheur, j'ai lu plusieurs des manuscrits que vous vous proposez de publier bientôt. Moi-même je venais de parcourir en tous sens cet immense Nord-Ouest pour lequel vous fûtes un messager de l'Évangile, et un pionnier de la civilisation. Votre récit mettait sous mes yeux les scènes étonnantes, parfois étranges, parfois tragiques, dont ces lieux furent le théâtre. Que de fatigues pour vous! que d'obstacles amoncelés sous vos pas! que d'erreurs à combattre! que de préjugés à déraciner!... Mais qu'ils sont merveilleux les résultats obtenus ! . . .

Merci de m'avoir fait savourer les prémices d'un livre attendu depuis longtemps. Je ne doute point du réel intérêt qu'il suscitera dans tout le Canada et jusque dans notre lointaine France.

AVANT-PROPOS

Daigne le Seigneur accorder à votre verte vieillesse la santé physique nécessaire pour mener à bonne fin un travail de cette importance! Malgré vos quatre-vingt-six ans, votre cœur est toujours jeune, votre imagination vive, votre intelligence pénétrante, et votre mémoire pleine de fraîcheur. Cet ensemble de qualités rares, et le talent qui distingue votre dévouée secrétaire, nous donnent la ferme espérance que dans le courant de l'année prochaine, l'ouvrage sera terminé. Ne croyez pas cependant que vous pourrez alors chanter votre Nunc dimittis. . . Non. Il vous faut rester plus longtemps encore ici-bas. Votre présence sera -pour les nouvelles générations d'apôtres une lumière et un encouragement.

Et lorsque le souverain Maître jugera à propos de décerner à votre vaillance la couronne d'immortelle gloire méritée par tant d'héroïques labeurs, vous continuerez à vivre sur cette terre par ce volume qui réconfortera les âmes, perpétuera, en Je développant, le bien que vous avez si heureusement commencé, et inspirera, j'en suis sûr, à d'autres, la généreuse pensée de marcher sur vos traces.

Avec mes souhaits les plus ardents pour le succès du livre dont je salue à l'avance l'apparition, agréez, cher et vénéré père, l'expression de mon admiration respectueuse et de mon attachement profond.

Th. Ortolan, o. m. i.

INTRODUCTION

Père La combe a dépassé maintenant sa quatre-vingt-neuvième année. -C'est une figure à part et d'une originalité puissante. Il y a quatre ans, sa remarquable carrière a été présentée au public par une femme douée d'un grand talent. Cet ouvrage s'adressait surtout au public de langue anglaise.

Le présent travail, dû à la plume d'une canadiennefrançaise, humble sœur de la Providence, digne fille de la révérende Mère Gamelin, est destiné au public de langue française, surtout aux Canadiens-français qui retrouveront ici le père Lacombe tel qu'ils l'ont connu et admiré dans ses beaux jours. Bien des détails, omis da,ns l'édition anglaise, trouveront ici leur place.

La vie du révérend père Lacombe est celle d'un simple missionnaire, oblat de Marie- Immaculée, dans ces vastes régions connues jusque dans ces derniers temps sous le nom de territoires du Nord-Ouest. On n'y trouvera aucune action d'éclat passionnante. C'est la vie d'un prêtre qui se livre avec toute l'ardeur d'une foi vive et d'un zèle ardent à son ministère apostolique.

Au début de sa carrière, il croit bien que sa vie se passera tout entière au milieu de ces tribus errantes, qui semblent destinées à posséder à jamais ces vastes solitudes de l'Ouest, et à s'en partager le domaine avec l'animal remarquable que Dieu leur a donné comme une providence visible: le

INTRODUCTION

ubuffalo" ou bison. Cet animal fournit à ces enfants de la nature habitation, nourriture et vêtement. Cela, et le culte inné du Grand-Esprit qui domine le monde, suffirait à l'indien. Mais le missionnaire sait que V enfant des bois a, lui aussi, une âme à sauver; et il vient lui apporter une foi plus noble et des espérances plus hautes. Son grand cœur ne peut se faire à la pensée que tant d' 'âmes demeureront toujours privées des bienfaits du christianisme ; voilà pourquoi il a tout quitté pour venir leur inculquer les vérités de la foi et les rendre participants de la vie divine.

Pour atteindre ce but, il faudra se résigner à de pénibles voyages, se soumettre à des privations de tous genres, s'exposer à d'innombrables dangers, s'appliquer à des études sérieuses et difficiles, s'assimiler des idiomes étrangers. Rien ne le rebute. Il est partout, dans l'immense prairie, dans les bois profonds. En même temps, il étudie ces langues au prime abord si abstraites. Par un travail opiniâtre, il en découvre le mécanisme, et bientôt il les possède assez pour composer des livres de prières, même des grammaires et des dictionnaires. Un tel exploit approche certainement du prodige, et paraîtra merveilleux aux générations futures !

Mais voilà que la scène a soudainement changé. Les vastes solitudes réservées aux indiens sont envahies de toutes paris; d'autres populations arrivent; les visages - pâles supplantent peu à peu les peaux - rouges. C'est une civilisation nouvelle qui s'avance et que rien n'arrêtera désormais.

Alors, que faire? . . . Il faut préparer les indiens dépaysés à adopter. un nouveau genre de vie; et, puisqu'il n'est plus possible de les laisser jouir en paix de leur domaine de chasse, les faire profiter de cette civilisation nouvelle, faire en sorte qu'elle soit une civilisation chrétienne!

Pour cela, il faut créer des missions permanentes, des pensionnats pour les enfants indiens, des écoles industrielles

INTRODUCTION XIII

pour jeunes gens et jeunes filles. C'est Mgr Grondin, dont la grande âme est connue, qui, le premier, conçoit Vidée de ces écoles industrielles; mais c'est le révérend père Lacombe qui est choisi pour les fonder.

C'est le père Lacombe qui va assiéger le gouvernement, à Ottawa. Il sait intéresser à ses projets les représentants de Sa Majesté, les gouverneurs généraux au Canada et vient à bout d'établir pensionnats pour indiens, écoles industrielles pour indiens, hôpitaux pour indiens.

Mais il y a là une classe à part, ayant aussi du sang indien dans les veines: c'est la nation métisse. Les métis, eux non plus, ne sont pas prêts à passer brusquement de l'ancien mode de vie au mode nouveau de la civilisation. Il faut les protéger. Le vaillant missionnaire entreprend une campagne pour leur rédemption.

Ce n'est pas tout. Des émigrants affluent des différents pays de l'Europe: Galicie, Autriche, Pologne, Allemagne et Russie. Pour eux aussi, le besoin de protection se fait sentir. Ils sont catholiques pour beaucoup; ne vont-ils pas se trouver noyés au milieu des populations protestantes, et, par là même, perdre la foi? A l'exemple du grand saint Paul, le père Lacombe se dit: "Je me dois à tous, aux Grecs et aux étrangers: — Omnibus débit or mm.— Il est nécessaire de procurer à ces pauvres colons des prêtres de leur rite, qui, comme on sait, diffère du rite latin. De nouveaux voyages s'imposent: il faut aller en Galicie et ailleurs solliciter les autorités religieuses de ces pays. Il faut se rendre à Rome, auprès de la Sacrée Congrégation de la Propagande. Le vénérable missionnaire va jusqu'au trône de l'empereur d'Autriche, pour y plaider la cause des populations venues de son empire. Et le père Lacombe, toujours favori du succès, réussit dans toutes ses démarches.

A quoi attribuer ces heureux résultats? . . . Aux qualités éminentes du missionnaire. Il ne se propose que de nobles

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