XIV . INTRODUCTION
buts, ne visant jamais à des intérêts personnels, mais seulement au bien spirituel et moral de ceux pour qui il se dévoue. Une fois le but déterminé, rien ne saurait arrêter le zèle à toute épreuve qu'il met en jeu pour V atteindre. Doué d'une activité dévorante, il irait jusqu'au bout du monde pour faire réussir son entreprise. Sa puissante et inébranlable volonté se concentre sur V objet en vue; il semble, pour lui, qu'il n'y ait rien autre chose au monde, et toutes les occasions sont bonnes pour avancer V exécution de ses plans.
Faut-il faire des démarches? Est-il nécessaire de s'adresser à des personnages influents? Le missionnaire dispose d'une qualité essentielle. Il est doué d'un magnétisme personnel des plus remarquables. Il charme ses auditeurs par le don qu'il possède de dramatiser ses récits. Il emploie l'expression pittoresque pour peindre les situations et dispose d'une sensibilité communicative. Bref, on ■ est contraint de se laisser convaincre et de se rendre à ses instances.
C'est ainsi qu'il a su se concilier les faveurs des hauts personnages, des membres du gouvernement, des présidents des compagnies de chemins de fer, et des gouverneurs généraux qui se sont succédé au Canada depuis trente ans.
Il n'a pas seulement été le favori des grands, il a aussi été l'ami des humbles, des déshérités du monde, des pauvres indiens. Il semble que c'est au milieu des plus grands et parmi les plus petits, aux deux extrémités de l'échelle sociale, qu'il s'est trouvé le plus à l'aise, et qu'il s'est montré sous son jour le plus favorable.
Lorsque, suivant la coutume parmi les tribus indiennes, il s'est o,gi de lui donner un nom, ces enfants des bois ne se sont pas trompés. Les Cris l'ont appelé: "La belle âme" — Kamiyo-Atchakwêt — , et les Pieds-Noirs: "Le bon cœur" — A rsous-Kitsi-Parpi.
INTRODUCTION
Le vénérable pionnier est encore de ce monde; les épaules se voûtent, V œil est moins vif, les pieds traînent sur le sol; mais le missionnaire est encore plein de vie, et ne demeure pas inactif. Il vit retiré, avec "ses vieillards" et "ses orphelins" qu'il a recueillis dans dette belle institution, le "Lacombe Home" , sa dernière œuvre, dit-il ; mais lorsque les dettes de rétablissement auront été payées, si le bon Dieu lui accordait encore quelques années de vie, personne ne pourrait dire quelle serait sa prochaine entreprise.
Le " Lacombe Home" est une magnifique propriété, sise à Midnapore, dans V Alberta, sur les bords d'un ruisseau charmant. C'est le don princier d'un des nombreux amis et admirateurs du père Lacombe, M. Patrick Burns. C'est là que vous trouverez le vénérable missionnaire, au milieu de sa famille de déshérités du sort, à qui il consacre les derniers efforts de sa vie d'apôtre. Son grand âge l'a sans doute affaibli, mais son magnétisme personnel ne l'a point abandonné; le vieux pionnier canadien saura encore vous fasciner par le charme de ses récits et par la puissance de son éloquence persuasive.
Émile-J. Légal,
Archevêque oVEdmonton.
Saint- Albert, 8 décembre 191 4.
Note — Le texte recueilli auprès du Père Lacombe par une sœur de la Providence a été revu et accommodé au goût du grand public par M. A. Goua, rédacteur au Devoir, l'auteur apprécié de la "Vie qui passe", revisé par M. l'abbé Gouin, prêtre de Saint-Sulpice.