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Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de Brosse

Plusieurs artistes français de la première moitié du xvii* siècle, ont eu une étrange et fâcheuse destinée : venus après le « siècle de la Renaissance », ils ne figurent cependant pas encore dans le « siècle de Louis XIV ». On admire la génération précédente, et la suivante. On connaît les maîtres dont ils ont été les disciples, et les disciples qu'ils ont formés à leur tour, mais eux-mêmes sont ignorés. On convient d'ailleurs que cette période intermédiaire n'est pas négligeable dans l'histoire de l'art français ; en fait d'architecture notamment, les règnes d'Henri IV et de Louis XIII ont vu s'élever des monuments nombreux, souvent imposants, toujours remarquables par la disposition générale et la décoration extérieure. La plupart de ces bâtiments subsistent ; on les visite avec plaisir, mais on s'inquiète peu de savoir qui les a construits.

Après tant d'années de guerres où le lt)i>ir et l'argciii a\aiviiL manqué pour favoriser le travail paisible des artistes, Henri IV voulut relever la France de ses ruines. Il s'est déclaré « ami des bâtisseurs (i) » ; la reine et les grands seigneurs l'ont imité ; le mouvement continua sous Louis XIII. A Paris notamment on voit encore plus d'un monument public ou d'une maison particulière témoignant de ce L^iand labeur. Ces belles oeuvres d'art ont un caractère essentiellement français, mais à qui les attribuc-t-on ?

« La génération d'hommes (|u'Hcnri IV a eus à son service pour la peinture, la sculpture et l'architecture est restée eflfacée entre ses

(i) Lettre à Sully, 22 décembre ifior, reproduite dans le» (Economies royales

(CnUrciiou ^îi(1l;mr!. t TT. p. 2o6).

clevanciers et ses successeurs : aucun des noms qui la composent n'est arrivé à la pleine renommée. » Cette constatation, vraie pour tous les artistes, Test surtout pour les architectes, par suite des circonstances mêmes où leur art s'exerçait alors : « L'époque s'efforça d'achever les constructions entamées, les artistes ont ainsi pour la plupart la mauvaise fortune que leurs œuvres ne soient que des fragments d'un tout qui appartient à d'autres. » Enfin si elle est vraie de tous les architectes contemporains, cette remarque s'applique d'une manière si frappante à l'un d'entre eux, qu'on prend presque involontairement ses œuvres comme exemples typiques lorsqu'on veut marquer la variété du talent déployé et le caractère national de l'architecture en ce temps : « La tradition de la Renaissance et de l'antique plus ou moins italianisé aboutira d'un côté au palais du Luxembourg (italien), de l'autre au portail de Saint-Gervais (ordres antiques). Mais il y eut aussi une architecture purement française qui se forma comme tout d'un coup et paraît bien correspondre à la génération d'Henri IV. » Il est naturel de faire un pas de plus, et de penser qu'il y eut dans cette génération une personnalité éminente, un architecte purement français ayant contribué puissamment à la formation du style qui dominera toute la première moitié du xvii® siècle. Nous croyons possible et nécessaire aujourd'hui d'être plus affirmatif encore que l'auteur des citations précédentes ne pouvait le faire il y a une quinzaine d'années. D'ailleurs il estimait dès lors que l'artiste dont nous allons parler « n'est pas connu comme il mériterait de l'être ou comme il faudrait qu'il le fût pour éclairer l'histoire de notre art national (i). » Les noms de Jean Bullant et de Philibert Delorme (vers le milieu du xvi^ siècle), ceux de F. Mansart et de Lemercier (vers le milieu du xvii^), sont popularisés par tous les manuels ; mais on visite bien souvent les palais du Luxembourg, de Versailles, de Rennes, sans penser à l'homme qui les a commencés ; on parcourt la salle des Pas-Perdus du Palais de Justice, on franchit le portail de Saint-Gervais, sans chercher, sauf de rares exceptions, quel en fut l'auteur.

(i) H. Lemonnier, Etudes d'art et d'histoire. L'art français au temps de Richelieu et de Mazarin. Paris, Hachette, 1893, p. 43, 52, 219.

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