‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 2 sur 102 · INTRODUCTION J · texte numérisé non relu

INTRODUCTION J

Le concours de circonstances dont nous signalions tout à l'heure les malencontreuses conséquences pour tous les architectes de cet âge explique, dans le cas présent plus qu'en aucun autre, l'injuste sort de l'artiste alors illustre et aujourd'hui trop <Mi1)]ié auciuel ii""- '-'^«isacrerons cette étude : Salomon de Brosse.

Ses œuvres subsistent en assez grand nombre, mais il n'en est pas une seule qu'on puisse étudier isolée. Toujours et partout il faut faire abstraction de constructions plus anciennes ou plus modernes, qui se trouvent juxtaposées ou superposées. Tandis qu'à Saint-Gervais notre architecte du xvii* siècle a mis un portail à colonnes d'ordres antiques devant une église gothique, à iXrcueil les ingénieurs du xix* siècle ont fait passer l'aqueduc de la Vanne par-dessus celui que Salomon de Brosse avait édifié pour les eaux de Rungis ; on a flanqué de constructions modernes la grande salle reconstruite au Palais de Justice ; on a élevé au Luxembourg la salle des séances et les dépendances du Sénat en arrière ou au-dessus du palais de ^Nlarie de Médicis ; à Versailles enfin le petit château de Louis XIII se trouve si étroitement encastré dans l'immense palais de Louis XIV qu'on avait jusqu'à présent à peu près renoncé à découvrir avec quelque précision sous l'œuvre de Mansart, celle de Salomon de Brosse ; à Rennes, le palais du Parlement n'a été achevé que trente ans après la mort de cehii (|ni on avait fait le plan et oti l'a un peii rep^T'î*'depuis.

Malgré des conditions si défavorables, chacune exercé un vif attrait sur ceux c|ui les rencontraient au cuui> à ciuacs plus générales ; mais il a fallu longtemps pour les reconnaître toutes, el pour les attribuer au même auteur.

Quant à la vie de S. de Bro.s.se, les traits les plus élémentaires étaient complètement inconnus il y a une cin(|uantaine d'aimées ; et jusqu'à ce jour les détails peu à peu précisés sf>îit demeurés épars dans diverses publications difficilement acce.ssibl» t générale-

(0 iJans le Répertoire gcncral des matières <lc la 0<jri7/.* c/,\t Kcahx Arts, SOU.S la rubrique Uio[/raf>hii's, on iic trouve absolument rien concernant S. de

ment resté au point où se trouvait il y a plus d'un siècle un des premiers écrivains qui s'intéressèrent à ces sortes de questions : Quatremère de Quincy. « La plupart des artistes français », disait-il, « surtout par l'incurie de leurs contemporains, ne peuvent fournir à l'histoire d'autres monuments de leur existence que ceux de leur savoir et de leur génie ; il a donc bien fallu se contenter de les connaître dans leurs ouvrages. Mais il en est peu qui puissent se consoler de l'oubli à plus de titres que Jacques de Brosse. Quoique nous ignorions le lieu et la date de sa naissance ainsi que celle de sa mort, les édifices qu'il a élevés dans la capitale de la France et qui lui assurent un des premiers rangs parmi les architectes français nous donnent bien de quoi suppléer aux particularités oubliées de sa vie (i). »

Après cette courte notice de VEncyclopédie méthodique, nous ne connaissons plus rien sur S. de Brosse jusqu'à de remarquables articles, tout à la fois de vulgarisation très claire et d'érudition très complète, publiés en 1845 dans un recueil où l'on n'aurait peut-être pas idée de chercher des études aussi spéciales : le Magasin pittoresque ; l'auteur — qui ne les a pas signés — était un juge très compétent et, en l'espèce, très enthousiaste : M. Léon Vaudoyer : « Jacques de Brosse, disait-il, est du nombre de ces artistes français sur lesquels on ne possède aucun détail biographique (2). »

Brosse. Une ligne dans la deuxième période de la Gazette, une page dans la troisième, c'est tout ce que lui a consacré cette admirable collection.

(i) Encyclopédie méthodique d'architecture, Paris, 1788, in-4°, réimprimée en 1832 comme Dictionnaire historique d'architecture. A la même époque A. X. Dézallier dArgenville, entreprenant d'écrire les Vies des fameux architectes depuis la Renaissance, se déclare « entièrement dépourvu » d'informations sur «Jacques {sic) de Brosse», et ne cite que cinq de ses ouvrages (Paris, 1787, in-8°, t. F"", préface, p. v, et p. 326) : « Plutarque, dit-il au commencement de ce chapitre, insiste moins sur les exploits des hommes illustres que sur leur caractère personnel... Cette partie si intéressante dans la vie des grands capitaines le seroit peu dans celle des artistes ». On est plus curieux aujourd'hui, ec nous jugerions fort intéressants les renseignements sur le caractère personnel de S. de Brosse.

(2) Etudes d'architecture en France, régence de Marie de Médicis {Magasin pittoresque, tome XIII, mars 1845) ; six pages très consciencieuses, avec illus-

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