HOTEL DE BOUILLON
Deux mois a])rcs nouvel a coniple au>M iinporiani ^i; : u Sallonion de Brosse, architecte du roy et de la royne, deniourant rue des vieilz Augustins, confesse avoir eu et reçu comptant de Monseigneur le duc de Bouillon par les mains de Monsieur Levasseur son secrétaire absent (^iV) et des deniers dudit seigneur de Bouillon la somme de trois mil livres tournoys sur estant moings des ouvraiges de maçonnerye et autres ouvraiges par ledit de Brosse marchandés à faire pour ledit seigneur en sa maison sise es faulxbourg Saint-Germain des Prés lès Paris, dont et de laquelle somme de trois mil livres tournoys ledit Brosse est tenu pour content et a quité et (juitc ledit seigneur de Bouillon, Levasseur et tous aultres, obligeant, renonçant, etc.
Fait et passé à Paris, es hostel et rue susdites, l'an mil six cent treize, le vingt huictiesme jour d'apvril, et ont signé
De Brosse.
TlIÉVENIN (2). »
Cet acte — un peu postérieur aux <( alignements » du château de Coulommiers — est, parmi les documents retrouvés jusqu'à ce jour, le premier où S. de Brosse prend et titre officiel : « Architecte du roy et de la Royne » (la reine mère Marie de Médicis). Désormais il n'est plus un simple entrepreneur de « maçonnerie, charpenterye et autres ouvrages » pour le compte des particuliers ; c'est un fonctionnaire de la maison du roi : nous le verrons chargé de construire quelques-uns des plus importants monuments de cette époque : résidences royales, églises, palais de justice, etc, et souvent vers la fin de sa vie
(i) Catalogue d'autographes di- M. Charavay. mars i8Hj. n" ,^74 : Hull bist. Paris, 1882, p. 106.
(2) Peu après, le duc tk- liouilloii (juiiu l'aii-, v i.i|>..i i.iiii .. >.ti>>^ilv u.iiK^til et meubles précieux » (Journal d'Arnaucl d'Andilly. 28 janvier 1614). Il y avait sans doute dans cet hôtel une bibliothèque, car le duc était amateur de livres et les faisait relier « de beau cuir incarnat avec de l'or et de l'argent » (R. I''aï;e, Un grand seigneur bibliophile, Hull. hist. et phiL du Comité des travaux hist., 1907, p. 2;2-288). Notons encore un souvenir se rattachant à l'hôtel de Houillon : c'est là que vint maintes fois dans les années suivantes, l'enfant du duc, né en 1611, qui dtvint le maréchal de Turenne.
laissant à d'autres le soin d'achever les constructions dont il a donné les plans et surveillé les premiers travaux.
Quelques mois plus tard S. de Brosse s'intitule « architecte des bâtimens du Roy et de la Royne » dans un acte, jusqu'à présent inédit, oi^i figure comme témoin « Anthoine Métivier, architecte de Monsieur le Maréchal de Bouillon ». Les deux beaux-frères se sont donc succédé ou plus probablement ont travaillé ensemble au service du duc (i).
§ ^. — V architecte du roi et de la reine (1613-1626). Le Luxembourg.
Nous ne savons sur quel fondement s'appuyait M. Jal (2) pour reporter à une année plus tard (161 4), la nomination de S. de Brosse ; ce qui est certain, c'est que, après avoir déjà été employé au service du roi et de la reine mère sous les ordres des Androuet du Cerceau, il eut de l'avancement dès la fin de la vie de Jacques du Cerceau, et après la mort de son oncle il devint titulaire de la charge d'architecte général, avec 2.400 livres d'appointements qui demeurèrent les mêmes jusqu'à sa mort.
Je remarque à ce propos que si le titre de surintendant des bâtiments du roi fut conservé longtemps encore par un illustre coreligionnaire de Brosse, Sully, ces fonctions furent remplies (après 1610) tout le temps de la carrière « officielle » de Brosse, par M. Jean de Fourey, sieur de Chésy, intendant des bâtiments du roi depuis 1594 (3). Nous les trouverons souvent en rapport l'un avec l'autre. Voici quelques actes intéressants relatifs à la charge de S. Brosse (1615) : « A Salo-
(i) Nous citons plus loin (pièce justif. X, p. 266) l'acte du 15 septembre 1613 qu'a bien voulu nous communiquer M. le marquis de Luppé, et qui appartient à ses archives du château de Beaurepaire (fonds Lameth).
(2) Dictionnaire critique : « S. de Brosse succéda à Jacques I du Cerceau, mort le 16 septembre 1614, comme architecte des bâtimens du roi ».
(3) Cf. Batiffol, Gazette des Beaux-Arts, 1910, p. 286.
L ARCHITECTE DU ROI ET DE r.A REINE
f lyisâxsiss^
PALAIS Df I.UXK.MROUm;. FAÇADK SUR LE lAI (Réduction d'un dessin de Blondeli
iiioii liros>c v^'i /. ciiLliiitctc gcnéral des bastimcns du roy et de la r'»yne mère de Sa Majesté la somme de 300 livres tournois pour ses gaiges ordinaires à sa dicte charge attribuez et appartenant, et par luy desservis durant l'année commencée le premier jour de janvier 1615 ». Même traitement pour 1616 et pour 1617 (i). L'augmentation date fie 1618 : S. de Brosse figure — prééminence bien remarquable — en tête de r « Estât des officiers que le roy veult et ordonne estre entretenus pour son service en ses maisons et bastimens de Louvre, les Thuillcries, Saint-Germain-en-Lavc, \'incennes et autres lieux. En-
'0 Comptes (!(•<> hâtinunts de la reine, Archives nationales. KK. IQJ, « Payccnt (les bastimens de la roync mère pour six années finies le dernier décembre 6jo au château de Monceaulx » ; i" 185 v", 206 v°, 215 v*.
■gt) SALOMON DE BROSSE
Iretenemens d'iceux et appoinctemens durant la présenlte année mil six cens dix huict. Officiers qui ont gaiges pour servir en toutes les maisons et bastimens de sa majesté : A Salomon de Brosse (sic) architecte (i), tant pour ses gaiges antiens que d'augmentation par le decedz du feu s*" du Cerceau son oncle la somme de II^'IIIP 1. (2). »
Cette formule est maintenue les années suivantes, et dans celles où la pénurie du trésor royal force à opérer de fâcheuses réductions sur le traitement de beaucoup d'autres officiers, il est spécifié que S. de Brosse touchera intégralement son traitement.
(1624) « A Salomon de Brosse, architecte, tant pour ses gages antiens que d'augmentation par le decedz du feu s"" du Cerceau, son oncle, et sans aucun retranchement, attendu son mérite et le service actuel et ordinaire qu'il rend à sad. Majesté, la somme de II"'IIIP 1. » Cette année, comme dès 1618, S. de Brosse figure encore en tête des « officiers qui ont gages pour servir généralement en toutes les maisons et batimens de sa majesté ». En 1627 — dernière année de sa
(i) Ainsi, comme « architecte », d'après ce texte de 1618, S. de Brosse touchait déjà, avant le décès de son oncle, des gages (« anciens ») ; et il a de !'« augmentation par le décès du feu s' du Cerceau », d'après ce même texte ; le titre d'(( architecte général » figure dans l'état de 1615. D'autre part rédigeant le reçu du 28 avril 1613 que nous venons de citer à propos de 1 hôtel de Bouillon (p. 37) S. de Brosse se qualifie lui-même « architecte du roy et de la royne », et c'est le plus ancien acte oii nous trouvions cette mention. C'est pourquoi nous avons mis ici ce titre : « l'architecte du roi et de la reine », et cette date : « 1613 ».
(2) Arcb. liât., Qi 2387 (ancienne cote O. 10632, 73) ; cf. Berty, Topographie historique du vieux Paris, tome II, 1868, appendice p. 208). Cet état fut signalé à M. Berty par M. Boutaric ; cf. Nouvelles archives de l'art français, 1872, p. 14 et Bull. hist. Paris, 1882, p. 103). M. de Geymiiller (les Du Cerceau, p. 94, note) fait ici quelque confusion et croit trouver à tort une erreur dans l'acte officiel : « L'oncle nommé en 1618 ne peut-être que Jacques II du Cerceau, en léalité cousin germain de S. de Brosse ; à moins d'admettre que S. de Brosse fût le petit-fils de Jean Brosse et le neveu à la mode de Bretagne de Jacques II. » Sur cet état de 1618 sont portés, entre autres. Clément Métézeau pour 800 1., Paul de Brosse (fils de Salomon) pour 800, Jehan Androuet du Cerceau (son cousin) « au lieu et place de feu Antoine Mestivier » (son beaufière) « par brevet du dernier jour de septembre 1617 » 500 livres.