‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 17 sur 102 · L ARCHITECTE DL' ROI ET DE LA REINE 5I · texte numérisé non relu

L ARCHITECTE DL' ROI ET DE LA REINE 5I

vie, — il est toujours inscrit pour la même somme, soustraite à toute léduction, alors que son fils Paul, inscrit aussi sur les mêmes états dès î6i8, a subi le sort commun (i).

De 161 5 à 1626, en sa qualité d'architecte général, S. de Brosse a donc pu être appelé à s'occuper de « toutes les maisons et bâtiments » tant du roi que de la reine mère : et nous verrons, à la fin de ce chapitre, qu'il a même, en effet, construit un château non compris dans l'énumération de l'état de 1618. Mais de ces treize années, les onze premières ont été avant tout employées à une œuvre capitale : le palais du Luxembourg (1613-1624) (2).

(i) « Bibliothèque de la Sorbonne », ms. H. i. 44 ; signalé par M. Read 4 M. Berty {Topogr. hist., t. II, p. 218). Ce manuscrit ne se trouve pa> a la bibliothèque de la Sorbonne actuelle (Catalogue des mss. de la bibliothèque de VUniversité, par E. Châtelain, Paris, Champion, 1892). M. GuifFrey {Comptes des bâtiments du roi, Paris, 1881, in-4° ; t. 1, 1664-1680, dans l'introduction) cite ce document avec cette désignation : « Bibliothèque de la Sorbonne, manuscrits histoire, I, 44 : Extraict des parties employées en Testât général des bastiments du roy dont la despence est à faire et commandée par sa majesté en la présente année 1624. » Nous n'avons pas davantage trouvé ce manuscrit à la Bibliothèque nationale ; les Archives de l'art français (t. II, p. 337-349), en ont publié des extraits,

(2) Lance en 1872 (Dictionn., I, p. 188) disait : « Il commença en 1613 la ft construction du Luxembourg, lequel fut achevé en 1620. » Dans une première monographie (Le palais du Luxembourg, imprimerie du Sénat, Paris, 1904. in-4"), M. Hustin écrit (p. 3) : « C'est en 1613 que furent jetées les fondations du Palais, sur des terrains achetés à dater de 1612, aménagés en jardins en 1613, et où furent aménagées les eaux de Rongis (sic). » Il nous semble que les renseignements que nous donnons ci-après sur les derniers travaux préparatoires autorisent à dater de i6ij au plus tard le commencement de la construction du palais (Cf. Bertv, Topogr. hist., t. III, p. 290 : « Bientôt après (une vente du 2 avril 1612) le palai>^ fut rr>n)nvp'v^ <'Mt< !•» /îir,.,M;ot, ,!,. $. (J^ Brosse »

Les plans de Qucsncl, Turgot (1734- 1739). Avclnu-, l'crcik, lUinuKl (1754). en ce qui concerne le Luxcml)ourg, sont reproduits dans le premier ouvrage fie M. Hustin, ainsi que les vues d'ensemble de Pérclle et d'Israël Silvestr* 1650), une vue d'intérietir de Moncornct (1650), etc.

En 1910 M. Hustin a publié un second ouvrag* histoire domaniale, architecturale, décorative et anecdotiiiu>

Le Luxembourg.

Travailler pour Marie de Médicis c'était se mesurer directement avec les chefs d'œuvre des architectes italiens dont la reine avait gardé le vivant souvenir, car sur les rives de la Seine elle n'oublia jamais celles de l'Arno et son exquise patrie :

Florence, si grande que tes ailes s'étendent sur terre et sur mer (i) !

A quel point, depuis son arrivée en France en 1600 jusqu'à sa mort en 1642, la reine resta Florentine par ses govits et ses affections, c'est ce qui ressort de la lecture de la volumineuse correspondance avec ses parents, qu'il m'a été donné de parcourir dans les Archives des Médicis (2). J'ai eu la bonne fortune d'y trouver enfin deux documents fixant im petit point d'histoire de l'art.

On a de tout temps remarqué une certaine ressemblance, mais aussi de grandes différences, entre le Luxembourg et le palais Pitti (3). Dans les pages consacrées à l'étude du palais parisien nous dirons ce qu'il faut penser de ce rapprochement au point de vue architectural. Mais des principes communs suffisaient-ils à expliquer les analogies, ou, comme on l'a dit, l'architecte du Luxembourg a-t-il commencé par

à l'année 161 1, Paris, imprimerie du Sénat, grand in-S". On y trouve p. XXIV une « carte de l'ilôt du Luxembourg », 1611-1910) et parmi les pièces justificatives, p. 149, un « inventaires des tiltres et enseignemens de l'hostel dict de Luxembourg, six aux faulxbourg Saint-Germain lez Paris que hault et puissant prince Françoys, duc de Luxembourg etc. est tenu de bailler etc. par contrat cie la vente que ledict seigneur duc a faict dudict hostel à sa majesté etc. le second jour d'apvril mil six cens douae. »

(1) Dante, l'Enfer, premier vers du chant XXVP.

(2) Archives nationales de Florence (Ufiizzi). Archivio Mediceo, n° 4729, i'''" volume : « Lettere délia regin« Maria di Francia scritte da 10 novembre 1600 a tutto ottobre 1616 al gran duca Ferdinando e al granduca Cosimo ».

(3) Ainsi le compagnon de voyage de Fragonard en Italie, Bergeret, écrit : « Nous avons aussi jette notre coup d'œil sur le Palais du grand duc. Nous sommes entrés dans la cour qui, en petit, a un faux air du Luxembourg » (Bergeret et Fragonard, Journal inédit d'un voyage en Italie, 1772,-1774. Paris, May et Motteroz, 1895, P- fSo).

aller en Italie étudier sur place le palais Pitti ? La correspondance de Marie de Médicis établit formellement ce point qui sera désormais acquis : un architecte fut envoyé de France, mais ce ne fut pas S. de Brosse ; celui-ci fut choisi un peu plus tard ( i ).

Du vivant d'Henri lY déjà, Marie de ^lédicis écrit à ses oncle et tante le grand duc et la grande duchesse de Toscane, au sujet de divers artistes quittant Paris ou Fontainebleau après l'avoir vue, pour s'en aller « par delà » : dès 1601, lorsqu'elle n'est pas encore en France depuis un an, elle recommande <( le sieur Constantin Servi que le roy a retenu pour son ingénieur ordinaire. Il s'en va par le commandement de Sa Majesté à Florence et autres endroicts pour recouvrer des marbres, statues et anticques pour la décoration de ses bastimens et mesmes pour en faire faire aux meilleurs ouvriers de delà » (2). Un peu plus tard il s'agit de rappeler au bon souvenir du grand duc Bernard Buontalcnti qui vient de faire un séjour en France. Le célèbre architecte cjui a travaillé au Palazzo vecchio et à tant d'autres monuments florentins a i)u s'entretenir déjà avec la reine de ses projets... Mais il mourut en 1608 (3), comme ce Douaisien qui a orné Florence, et les jardins même du palais Pitti. de tant de cliefsd'œuvres : Jean Bologne.

Dès l'année (]ui suit la mort d'Henri 1\'. Marie de Médicis communique à sa tante la grande duchesse la « volonté de faire bastir

(1) On a (lit aussi que Marie de Médicis avait recommandé à S. de Brosse de vi.sitcr l'hôtel de Rambouillet construit — entre le Louvre et les Tuileries — sur les indications d'une autre Italienne, Julia Savelli, devenue marquise de Rambouillet, mais S. de Brosse « ne paraît pas s'être inspiré » de cet édifice très joli, mais de proportions beaucoup moindres (Cf. L. Décout. I/Htstotn- de l'art af^f^r-r- * • ■ des promenades dans Paris, 1910, p. 265 et 268).

(2) Archiv. Medic, n" 4729, \<>l T. i>>] ;:. l.tn, (lu iS août i(x)i. <lc Saint Gcrmain-en-Layc.

(.3) Je citerai encore un autre exemple choisi dans le 2* volume du recueil déjà cité (4729)» renfermant la correspondance jusqu'à la mort de Marie de Médicis ; elle écrit (f. 436), à la date du 29 avril 1621 : « Mon cousin, Francisque Bardoni, sculpteur du roy monsieur m<m (il/., allant en Italie pour son service en ce Qui est du faict de son art, je vous faicts ces lignes pour vous prier de l'assister », etc.

et accommoder une maison à Paris » pour se loger. Nous publions d'après les originaux copiés par nous aux archives de Florence (i), les deux lettres écrites à huit jours de distance en octobre 1611, dans lesquelles le projet prend une forme de plus en plus précise. Dès le début la reine afïirme formellement son dessein de se régler en quelque chose « sur la forme et le modelle du Palais de Piti ». En vraie Florentine elle est sensible à l'harmonie des proportions, elle estime « l'ordre de l'architecture » ; mais en femme pratique elle apprécie aussi un autre avantage : « les grandes commoditez » des dispositions intérieures. Aussi demande-t-elle un plan général, « avec les eslévations et perspectives », et des détails très complets : « les mesures et proportions des courtz, terrasses, salles, chambres et autres stances... » ; (le secrétaire n'a pas trouvé d'équivalent nouveau pour le mot italien qu'a employé la reine: stansc, il avait déjà Q\n\)\oyé saJle, qui est la traduction la plus ordinaire).

De tous ces renseignements la reine désire, le plus tôt possible, « s'aider et servir en la structure et décoration » ; elle ne se fera pas scrupule, même d' « imiter » en ce qu'elle trouvera « plus à propos ». De sa grande écriture malhabile, elle ajoute quelques lignes pour insister sur ce qu'elle a dicté, et bientôt elle craint que sa tante iifî fasse pas exécuter les plans et dessins assez vite, ou assez exactement. Elle obtient donc de son mari, pendant leur séjour d'automne à Fontainebleau, qu'un « architecte du roi » soit envoyé en mission spéciale à Florence. C'est le porteur de la seconde lettre par laquelle nous connaissons son nom : c'est Métézeau — probablement Louis Métézeau alors très en faveur, à la cour (2).

(i) Archivio Mediceo, 5953, 6, C. 27 et 28. Voir ci-après pièces justif. V, p. 258. Par arrêt du 30 septembre 161 1, le grand conseil était intervenu dans une question relative à la propriété des terrains qui faisaient l'objet d'une contestation entre la grande confrérie aux bourgeois et l'abbé de Saint-Germain-des-Prés (Hus- TiN, Le Luxembourg, 1910, p. 152).

(2) Dans un acte de 1609 il s'intitule « architecte des bastimens du Roy, concierge et garde des meubles du pallais des Thuillerys de sa Magesté » (reçu de marbres, déposé « aux archives de l'Empire » dit, sans autre indication,

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d'aprèt un plan original qui paraii de Ben)» Ammanaii

Quelle aubaine pour un artiste de s'en aller ainsi de la part du roi de France, chez les Médicis, voir leur palais « tant par le dedans que par le dehors »... Il part, sans doute par Marseille et Livourne comme on le faisait d'ordinaire ; il arrive, il remet sa lettre puisqu'elle a été déposée dans les archives... Mais comment remplit-il sa mission ? Quant revint-il en France (avant mai 161 2 sans doute) (i) ? Pourquoi ne fut-il pas chargé d'exécuter lui-même le projet pour lequel il était allé chercher un modèle ?... De tout cela nous ne savons rien. Dans une autre partie des Uffizzi se trouve un plan dont nous aurons à reparler. Il est daté de 1616, mais semble plus ancien, et de la main de Benj. Ammanati. Il fut sans doute mis sous les yeux de Métézeau C|ui put le copier, puis, en France, la copie fut communiquée aux concurrents. Car, suivant un usage que nous verrons suivi dans d'autres circonstances de la vie de S. de Brosse, un concours fut ouvert, auquel il prit part avec les meilleurs architectes du temps, notamment semble-t-il Clément Métézeau (2). Il eut le bonheur de voir son projet préféré aux autres — à la fin de 1612 ou au commencement de 1613

M. Berty, Les grands architectes français de la Renaissance, Paris, Aubry, 1860, in-S", p. 127). En mars et avril 1610 il a organisé, précisément avec mi ingénieur florentin dont nous avons rencontré le nom à propos de Brosse, Alexandre Francini, les préparatifs des fêtes du couronnement de la reine (Berty, p. 125). En 1612, après la fin de la mission en Italie, au baptême d'une de ses fJles, la marraine est de même une Florentine, la trop célèbre favorite de la reine-mère : Léonora Galigaï (acte du 17 mai 1612 cité par Jal, Dictionnaire critique, col. 859). Il semble bien que Louis Métézeau soit mort peu après, dès 1615 (acte d'inhumation du 18 août cité par Herluison, Actes d'état civil d'artistes français, 1873, p. 296). Voir notre article dans la Chronique des arts de la Gazette des Beaux-Arts, 191 1, p. 3.

(i) A cette date, lors du baptême de sa fille (voir note précédente) il demeurait aux Tuileries.

(2) L'auteur de la Vie des fameux architectes (D'Argenville, 1787, p. 322) ne mentionne pas Louis Métézeau, mais Clément, qu'on suppose avoir été son frère, et qui construisit la célèbre digue de la Rochelle, et il dit : « Lorsque Marie de Médicis fit construire le Luxembourg, il donna pour ce palais des dessins que d'habiles artistes m'ont assuré être au moins aussi beaux que ceux qui furent préférés par la reine. »

— ; puis ce projet, revu et corrigé, fut mis à exécution par l'auteur lui-même. Peut-être faut-il appliquer aux plans d'Ammanati et de ses successeurs pour le palais Pitti, autant qu'à ceux de Métézeau et des autres concurrents, une phrase de Sauvai mainte fois reproduite comme s'appliquant seulement au Luxembourg : « Le dessin de ce palais a été promené par toute l'Italie avant que d'être exécuté. Il a passé par les mains des meilleurs maîtres de l'Europe (i). »

Pendant onze ans, S. de Brossç ne surveilla pas seulement les travaux comme architecte, mais en même temps, — par une combinaison qui n'est plus guère usitée de nos jours — il eut l'entreprise générale de la plupart des fournitures de matériaux, comme il l'avait fait pour l'hôtel de Bouillon qu'il venait de terminer, comme il allait le faire pour le château de Verneuil.

Sous la responsabilité de 1' « architecte ordinaire et entrepreneur des bâtiments du palais (2) », les travaux étaient exécutés par des sousentrepreneurs : pour la maçonnerie Charles Biterne, pour la « charpenterie » Pierre Scellier, pour la couverture Etienne Regnauld, pour la sculpture Berthelot. En tout cela il semble que Brosse fit preuve d'autant d'habileté professionnelle que d'économie. Dans une récente étude sur « les finances de la reine » signalant avec une juste sévérité toutes les prodigalités de Marie de Médicis, M. L. Batiffol cite en tête des « dépenses exceptionnellement déclarées, dont il n'y avait rien à dtrey celles concernant la construction du Luxembourg : envoi d'architecte en Italie ])our étudier le palais Pitti, plans et devis de S. de Brésil) Sal\.m.. ii..w.M,i ./ ,.ci.i,iMco .;, ., WM.../. ;. ... .illi de I\i.... ■"

dfî 1724, t. III, p. 7. Brodant peut-être sur ce thème, A. N. d'Argenvillc (/ fameux architectes, 1787, p. ^^26), dit : « 11 fit plusieurs plans. Celui que la rcinc préféra fut envoyé par ses ordres en Italie et dans plusieurs autres royaumes d'Europe aux architectes célèbres, dont la princesse souhaitoit avoir les avis. » (2) C'est ainsi qu'il est qualifié dans le registre de 1623 dont nous parlerons et après (Bib. de l'Ar.senal, ms. fr. 5995), où nous trouvons les noms des sonscntrcpreneurs, et dès 1616, dans une plainte de Paul <le Brosse, il est question de « l'hostcl du Luxembourg duquel son père est entrepreneur » (plainte contre un hôtelier de la rue de Tournon, publiée in M (.\urtM\ dans le Bulletin

rfr '' «■• '■ '■'•-' '- "--- •- - p 1S9).

se, plantation d'ormeaux clans le jardin : le tout représentant des annuités variables, souvent élevées, sans toutefois rien d'excessif (i). »

Lorsqu'après les troubles la reine rentre à Paris, sa première visite est pour sa future demeure, dont les travaux avaient sans doute été interrompus quelque temps : en janvier et mars 1616 Salomon et Paul de Brosse surveillent autour du « bastiment de l'hostel » de nombreux ouvriers (2) ; Arnaud d'Andilly note dans son journal, le 8 mai 1616 : « La reyne régente arrive à Paris, descend à Saint-Victor, de là ï'a à son bastiment, et puis au Louvre (3). »

Richelieu était favorable à ces travaux. En 1621 il ordonne à son secrétaire d'écrire à Florent d'Argouges, trésorier général de la maison de la reine « une lettre qui portera qu'il ave soing de faire avancer le bâtiment de la Royne, qui désire voir la maçonnerie achevée cet esté. Pour cet effet il délivrera deux mille livres par semaine au sieur Brosse tout l'esté (4). »

« Deux mille livres à de Brosse, remarque le dernier historien du Luxembourg (5), c'était bien peu de chose. » Nous sommes de cet avis, et nous regrettons de trouver une condamnation trop catégorique, et sans preuves, sous la plume de l'érudit biographe de Louis XIII dont nous citions aux pages précédentes une appréciation plus juste de la conduite de Brosse, M. Batiffol (6). 11 représente Brosse comme

(i) Revue des Deux Mondes, 1906, t. TI, p. 191, et : Au temps de Louis XIII, 1 vol. in-8°, 1908.

G. Brice, dans sa « Description de la ville de Paris « (Legras, 1706), dit : « les ouvrages de ce palais commencez en 161 5, ne durèrent que cinq ou six ans tout au plus, parce que l'on y travailla avec empressement ».

(2) Bulletin de la Soc. de l'hist. de Paris, loc. cit., 1909, p. 185.

(3) Bibl, de l'Arsenal, recueil Conrart, in-4", t. XI, p. 307.

(4) Lettres du Cardinal de Richelieu publiées par M. Avenel, t. F', p. 673. C'est en 1621 aussi, d'après lu Description de Paris que furent apportés de Saint-Denis les marbres pour les balustrades, dallages, etc. (voir ci-après).

(5) HusTiN, op. cit., p. 16.

(6) L'Origine du château de Versailles, article de la Revue de Paris (15 avril TO09, p. 860) reproduit en appendice dans le Roi Louis XIII à vingt ans, Paris, Calmann-Lévy, 1910, p. 636, sous ce titre : la Construction du Château de Ver-

étant, en 1O24, u en disgrâce (i). Il avait reçu, selon l'usage, du tréso lier de la reine, F. d'Argouges, l'argent destiné à payer au fur et à mesure les entrepreneurs. Il fut soupçonné de malversations. » Ici, dans son ouvrage complet (2), M. Batiffol cite en note un document qui atténue singulièrement la valeur de ces allégations : c'est une lettre de Florent d'Argouges du 26 juillet 1622, adressée à Richelieu :

0 J'ai vu la distribution par le menu des deux mille livres que je lui fournis, et vous assure qu'iV h en met rien à so bourse (3). »

(( Les soupçons d'indélicatesse, continue cependant M. Batiffol, lc> soupçons d'indélicatesse en vinrent à un tel point qu'on le révoqua de sa situation d'architecte du Luxembourg. » \'oilà une série de mots graves qu'on hésite à api^liquer à un mort aussi bien qu'à un vivant, lorsqu'on n'a pas de j^reuve absolument certaine de faits correspondants. Or une impression toute différente se dégage pour nous de

1 examen et du rapprochement de trois documents datant des années 1623 et 1624, dont le second n'était pas cité par M. Batiffol en 1909, quoiqu'il se trouvât dans l'ouvrage antérieur de M. lîustin. Nous reproduisons en tout ou partie les deux autres parmi nos pièces justificatives (4).

Il y a d'abord un gros registre de 344 feuillets (688 pages) : « Procès-verbal des visites et mesures des ouvrages du Pallais du Luxembourg, commencé le 26 juin 1623 en vertu d'une ordonnance rendue entre le procureur général de la reine Marie de Médicis et l'architecte entrepreneur des bastimens dudit Palais (5). » Le second document est un contrat entre les conseillers d'Etat agissant au nom de la reine, *.t Marin <\v la Wallér ^^nrrtVlant à ]*.n>v<(« rofiitno ontreprontMir ' >« mim-<

saillcs par Louis XIII. De même dans la Gazette des Beaux-Arts (avril i p. 273 et suiv.), M. Batiffol parle de «procès», de «procédures engav et répète expressément : « S. de Brosse était en disgrâce à ce moment, 1 son d'indélicatesses dont on l'accusait d.nis la construction «lu T ' >

{Le Louvre et les plans de Lescot).

(i) C'est nous qui souliRuons, ici, et phi^ l"iii

(2) Louis XIII à vingt ans, p. 661.

(3) Archive» des Affaires étranRères, France 776, fol. 245 verso.

(4) VIII et IX, p. 261 et 264.

(5) Bibliothèque de l'Arsenal, ms. fr. 5005. in-fol.

6o SALOMON DE BROSSE

1624), arrangement contresigné par Marie de Médicis le 3 avril (i). Vient enfin, à la date du 14 décembre 1624 un arrêt du Conseil d'Etat qui ne règle par la question, mais ordonne de nouvelles procédures, et le règlement définitif de l'affaire ne nous est pas connu (2).

Voici quelle paraît avoir été la succession et aussi la signification des faits, dans le « différend » qui s'est élevé entre la reine et son architecte — pour parler le langage du palais.

Vers la fin de 1622 non seulement le gros œuvre, mais la plupart des travaux du Luxembourg sont achevés ; mais ils ne sont pas payés entièrement loin de là. Déduction faite des à compte, la somme réclamée par l'architecte est encore considérable. Il y a refus de paiement de cette somme, fait par la reine ou plutôt par son procureur général, M. Jean de Bérulle, conseiller du roi, maître des recjuêtes (3), d'une famille fort attachée aux Guise et qui fournit à cette époque le célèbre cardinal fondateur de la congrégation de l'Oratoire. S. de Brosse a donc affaire à un adversaire mal disposé, en général, pour les « parpaillots » (le mot vient de faire fortune de nouveau à Paris à la suite des guerres civiles et religieuses du Midi (4).

L'affaire vient une première fois devant le Conseil d'Etat le 16 février 1623. Deux conseillers sont nommés commissaires pour l'exammer : Michel de Marillac et André Lefebvre d'Ormesson. Le procureur de la reine, qui est demandeur, désigne deux experts, Pierre Saintot et François Boucherat ; Salomon de Brosse, défendeur, en désigne également deux : Jehan Autissier, « juré du roi es œuvres de maçonnerie » et Christophe Gamard, « maître maçon (5) ».

(i) Pièce acquise en 1904 par la Bibliothèque du Sénat (cf. Hustin, p. 16, n. 2).

(2) Bibl. nat., ms. fr. 18202, Registre du conseil d'Estat du Roy du quartier d'octobre novembre et décembre de l'année 1624. Le ms. fr. 18203 renferme les arrêts du dernier quartier de 1625.

(3) Un arrêt du Conseil d'Etat du 19 juillet 1608 évoque le procès pendant en la Chambre de l'Edit entre le duc de Rohan et M*" Jean de Bérulle, conseiller au parlement « tant en son nom à cause de d*'*' Pastey sa femme, que comme curateur des enfans mineurs de feu M* Bénigne Pastey » (Arch. nat., E 18», f° 93).

(4) Cf. Balzac, Socratc chrestien, ch. X ; Mercure fronçois de 1621, t. VII ; et Confiteor des parpaillots rebelles, 1622 (bibl. soc. hist. prot.).

(5) Arsenal, 5995, f. i, et Bibl. nat., 18202, f. i.

PALAIS DU LUXEMBOURG 6l

Ils prêtent serment devant les commissaires en vertu d'une ordonnance du 13 juin, reçoivent assignation par huissier le 14, se mettent au travail le 26 pour « visiter, toiser et mesurer », « priser et estimer » « les ouvrages de maçonnerie et autres ». Ce premier jour M. de Bérulle les accompagne. Pendant les deux mois suivants les opérations — longues et minutieuses — se font en présence de M. Nicolas Le Conte, conseiller des finances de Sa Majesté, représentant la Reine, d'une part, et, d'autre part, en présence d'un des sous-entrepreneurs employés par S. de Brosse. Lui-même n'est pas mentionné dans les procès-verbaux. L'expertise des travaux de maçonnerie dure plus de cinq semaines : ensuite, à partir du 7 août et jusqu'au 2}^, quelques journées suffisent pour la « charpenterie », la mennisrric. la serrurerie, la couverture et la plomberie.

Dans toutes les évaluations terminant chaque mémoire, les experts représentant les deux parties se trouvent en désaccord, et l'écart est considérable entre leurs évaluations respectives :

La maçonnerie vaut :

au dire des experts de S. de Brosse 566.212 liv. 10 s.

au dire de ceux de la reine 452.970 liv.

La différence est donc de 1 13 242 liv. 10 ^.

La « charpenterie » vaut :

au dire des experts de S. de lîrossc 83.750 liv.

au dire de ceux de la reine 78.515 liv. 12 s. 6 d.

La différence est donc de 5 234 liv. 8 s. 6 d.

Sur un second mémoire relatif à ces ouvrages de maçonnerie la différence d'évaluation subsiste, quoique réduite à trois livres par toise (37 livres au dire des experts de Brosse, 34 d'après ceux de la reine).

Et la « somme totale des prisées faites » s'élève :

d'après les experts de S. de lîrossc à 700. 130 11 \ '• ^.

d'après ceux de la rcim 581.653 lu <) ^.

D'où une différence totale de 188.476 liv. 9 s.

C'est donc à propos d'une .somme constituant presque une petite fortune que la reine et son architecte-entrepreneur sont en mutcstii-

tioii (i). La tendance naturelle des entrepreneurs est de majorer leurs mémoires, et la tendance naturelle des clients est de protester, si bien qu'on a constamment recours à un règlement fait par une tierce personne — un architecte souvent, de nos jours — . Tout cela se fait sans qu'il y ait « indélicatesse », « disgrâce », « révocation » de l'entrepreneur qui a fini sa tâche. C'est là, me semble-t-il, ce qui s'est passé pour S. de Brosse. Il restait peu de chose à faire : les aménagements intérieurs surtout ; comme nous le verrons ailleurs, à Rennes, à Versailles, S. de Brosse laisse à un autre le soin d'exécuter ses plans jusqu'à l'entier achèvement, et cette combinaison est ici approuvée par la reine.

Cinq mois s'écoulent après la fin des expertises sans qu'on entende plus parler de l'affaire : un an après le premier arrêt, à la requête de M^ N. Le Conte, nouvelle sommation (21 février 1624) (2), « appointement » des commissaires pour la déclaration des experts (6 mars), ordonnance des commissaires pour assigner S. de Brosse et nommer deux autres bourgeois et un maître juré maçon, « pour veoir, estimer et thoiser tous les ouvrages... et estimer les profits que ledit Brosse a eus des pierres qu'il a tirées dans les terres de Sa Majesté et des bois qu'il a euz des forests du Roy et des matériaux des maisons qui

(i) Il est toujours extrêmement délicat d'établir la valeur de monnaies anciennes en monnaie moderne. M, Bally dans VHistoirc financière de la France (t II, p. 298) admet comme valeur de la livre tournois sous le règne de Louis XIII 3 fr. 07, sous Louis XIV i fr. 95 de 1643 à 1661. Admettons en gros 3 francs comme valeur vers 1623. S. de Brosse réclamerait plus de 550.000 francs.

Evidemment lorsque par toise de maçonnerie par exemple, les experts nommés par la reine veulent faire payer 43 livres 8 sols 10 deniers

ail lieu de 54 livres 6 sols

demandés par les experts de S. de Brosse, cela fait au préjudice de celui-ci une différence de plus de dix livres par toise, qui multiplié par 10426 toises 1/2 e1 16 pieds produit déjà une différence totale de plus de cent mille livres, le cinquième de ce que Brosse et son entrepreneur Biterne estimaient devoir être dû pour les travaux exécutés par eux.

(2) Bibl. nat. 18202, f. 295.

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ont été démolies dans l'alignement dit palais » (8 mars 1624). La reine et ses conseillers eussent mieux fait de ne pas attendre onze ans pour faire constater quel était V avoir de S. de Brosse, et de tenir leur comptabilité à jour, mais puisque cela n'avait pas été fait, il était naturel qu'on le fît au moment de ce règlement final, et on le fait sans parler de « malversations ». Il y a assignation le 9 mars (i) et trois jours après les experts, de part et d'autre, déposent l'état des évaluations (sans doute le registre actuellement déposé à l'Arsenal).

Le 26 mars (c'est l'acte déposé aujourd'hui au Sénat), la reine fait arrangement avec Marin de la Vallée, nouvel entrepreneur général avec qui Brosse s'est préalablement entendu, et toutes les dispositions nécessaires sont prises pour « satisfaire et contanter ledit de Brosse (2) ». Rien n'est changé au plan de 161 2 ; un autre entrepreneur en assurera l'exécution, et c'est un homme que Brosse connaissait et estimait et avec lequel il s'entend alors tout à fait (3).

(i) Bibl. nat. 18202, f. 296 recto ; voir ci-après, p. 265.

(2) Après avoir cité très rapidement le registre de l'Arsenal, M. Hustin (op. cit., p. 16) dit : « De Brosse ne reçut-il pas satisfaction, ou la reine fut-elle mécontente de la façon dont il avait construit le gros oeuvre ? » (il y avait beaucoup plus que le gros œuvre) ; « toujours est-il que moins d'un an après l'expertise, la Reine traitait avec un maître maçon de Paris en stipulant le paiement à de Brosse des matériaux et du matériel par lui laissés sur le chantier. » Ce jugement, beaucoup moins affirmatif, paraît beaucoup plus équitable que celui que nous avons précédemment cité.

(3) « En 1618 Marin de la Vallée, entrepreneur de travaux de l'Hôtel de Ville, n'ayant pas rempli les obligations de son marché, demande qu'un sieur Brosse lui fût adjoint pour présenter sa défense » (Leroux de Lincy, Hist. de VHôtel de Ville, cf. Lance, Dictionnaire, I, p. 187). Il y avait plusieurs familles de ce nom : je note cependant qu'une d'entre elles était originaire de la même région que Salomon de Brosse. Dans les minutes de M'' de Saint-Leu (aujourd'hui étude de M* Delaunay à Senlis) figurent en 1607, « Jacques de la Vallée, marchant demeurant à Senlis », et Guillaume de la Vallée. Le grand escalier du Luxembourg notamment aurait été « ordonné » par Marin de la Vallée, d'après Sauval (t. III, p. 7).

Cf. Bibl. nat. 18202, fol. 296, verso : « procédures faites entre Marin de la Vallée maistre masson et ledit Brosse pour raison du thoisé des ouvrages et matériaux non compris au thoisé dont il est question, etc. ».

Voici les passages les plus intéressants du contrat du 26 mars :

« Salomon de Brosse précédent entrepreneur dudict palais, avoit dedans la court et parc d'icelluy quantité de pierre dure de Sainct-^ Leu (i), libaige, lyais, taillée et à tailler, comme aussy du moillon, chaux, sable, eschaffauldage, grues, cables, loges et aultres ustancilles de maçonnery destinés audict bastiment et dont ledict Brosse demandoit le payemen, plus que ledict Brosse disoit avoir achepté de Messieurs de l'Hostel Dieu de Paris une carrière de lyais où estoit la roue (jui a servy à tirer la pierre et encore une autre carrière de Massue où il y avoit une roue, plus une aultre roue qui servoit à la carrière d'Ausselle (2), dont de tout aussy le dict Brosse demandoit le paiement ; semblablemcnt de ce que luy ont cousté à remplir 69 puits qu'il dit s'estre trouvez en faisant les fondations dudict pallais

« A ledict de la Vallée promis ausdicts sieurs du conseil stipulant pour et au nom de ladite Royne de prendre tous les autres matériaux et ustencilles généralement quelconques, satisfaire et contanter ledit de Brosse..., le tout moyennant la somme de 2.700 livres tournois promis et accordés par lesdictz sieurs du conseil audict nom, audict de \^allée pour tout le contenu ci-dessus, et ce à quelque somme que puissent estre estimées les prétentions dudict de Brosse..., laquelle somme sera payée comptant par ledict sieur d'Argouges, trésorier général de la maison et finances de ladicte dame Royne audict de la Vallée^ lorsque les choses cydessus seront juy^ées entre ledict Brosse et la Vallée, etc. »

La signature de S. de Brosse ne figure pas au bas de ce document et nous ne savons comment il s'entendit avec Marin de la Vallée. Mais le mercredi 3 avril 1624 la reine contresigna l'acte au Louvre « pour raisons des prétentions de Salomon Brosse déclarées audict acte et que ladicte dame Royne a dit le bien entendre ».

(i) Probablement Saint-Leu-d'Esserent, en aval de Verncuil-sur-Oise.

(j) M. René Samml, hildiothécairc en chef du Sénat, ayant bien voulu, sur notre demande, examiner le manuscrit, a confirmé cette lecture de M. Marict : u Massue » et « Aussellc ». I-'aut-il voir là une corruption des mots Mmtsy et

éircucil î I^ bibliothèqti'" '•• •^'- ■ -■Mfrrmr nttrrti autre document rcl.itif i

S. de Brosse.

Cet arrangement entre la reine et M. de la Vallée réserve, on l'a remarqué, les « prétentions » du « précédent entrepreneur » sur lesquelles il n'avait pas encore été statué. Un rapport est encore présenté le i^"" juillet (i) ; le procureur général fait des annotations « pour montrer que la prisée est excessive » de la part des experts de Brosse. L'un des sous-entrepreneurs, Pierre Scellier, s'impatiente alors, et assigne Brosse devant le prévôt de Paris pour être payé 83.700 livres (c'est, à 50 livres près, le chiffre fixé par les experts qu'a désignés S. de Brosse).

L'affaire traîne encore jusqu'à la fin de l'année : le 14 décembre elle revient devant le Conseil d'Etat, les commissaires font leur rapport, mais aucun arrêt n'est rendu sur le fond : Brosse n'obtient pas le renvoi qu'il demandait, mais le Conseil ordonne un supplément d'information : « Les parties écriront et produiront au principal tout ce que bon leur semblera dans huitaine. » La huitaine se passe, et même la quinzaine. Le procureur général de la reine est de nouveau mentionné le 30 décembre dans les registres, comme paraissant au conseil, mais pour une autre affaire ; il n'est plus question de Brosse en 1624... Aucun document concernant la fin de cette affaire n'a été jusqu'à présent découvert, à notre connaissance. En 1624, nous l'avions \u, par une faveur toute personnelle, assuré de recevoir du roi ses gages « sans aucun retranchement », en 1625 il figure encore en tête des architectes parmi les officiers de la maison du roi. Jusqu'à plus ample informé, il nous semble donc inexact de parler de disgrâce. Il y a un règlement de comptes difficile, qui remplit de soucis bien pénibles les dernières années de la vie de l'artiste : il a terminé sa grande œuvre du Luxembourg après avoir reçu « peu de chose », comme dit M. Ilustin. Au cours de nos longues recherches nous n'avons trouvé aucun document permettant d'insinuer qu'il ait été malhonnête ; au contraire, nous l'avons vu subir mainte fois des retards longs et mjustifiés dans les paiements qui devaient lui être faits par ses nobles clients.

(i) Bibl. nat. 18202, f" 296 r", /;/ fine.

AQUEDUC DARCUEIL 67

Enfin nous dirons comment, au moment même où il cessait de travailler pour la reine mère, S. de Brosse entreprit pour le roi même la construction du château de Versailles (1624-1626), mais avant de traiter ce point encore incomplètement élucidé, nous relèverons les diverses autres constructions qu'il mena de front avec ceiles-ci, puis les renseignements que nous avons pu glaner çà et là sur ses affaires privées.

§ J. — L'aqueduc (f.lrciiril.

La construction de l'aqueduc d'Arcueil, qui figure comme Versailles sur les planches latérales du plan de Gomboust (i), fut une sorte d'annexé aux travaux du Luxembourg. Pour créer les jardins autour du palais on amena les eaux — comme plus tard à \'ersailles — d'assez loin. Il suffit (le fait est peu connu) de reprendre un projet formé par Sully dès la fin du règne d'Henri IV : « Il avoit pensé à faire venir dans le quartier de l'Université les eaux des environs de Rungis. Il prit la résolution de faire faire des tranchées pour ramasser les eaux de la j^laine de Longboyau, mais ce grand ouvrage fut interrompu par la mort du roi (2). » Les prévôts des marchands et échevins de la ville de Paris et le conseil du roi s'entendirent pour mener à bien une entreprise si utile pour l'alimentation et l'assainissement de la capitale. « Celui de tous les entrepreneurs qui demanda le moins fut Jean Coing, maître maçon à Paris [que nous avons vu collaborer avec S. de Brosse aux travaux de Coulommiers] ; il se contenta de la somme de 460.000 livres et à ce prix l'ouvrage lui fut adjugé le 18 octobre 1612. Dès le 11 décembre suivant Jean Coing reçut Tordre de se trouver à l'hôtel de Ville avec les sieurs Pierre Guillain, Franchine, Metheizeau (3), et Co.snier pour se transjwrter avec MM. le prévôt des marchand * ' ' .' À Rmitris i>()ur planter des pi-

(i) 1652, planche IX.

ij) Nous avons utilisé pour ce qui sun nu « .Miinnir,- iii,niu.uiu sur i,-< fontaines et aqueducs de Paris », dont plusieurs extraits se trouvent au ti>mr Xî d'un recueil forme par Anieilhtm (MihI. de l'Arsenal, ms. jyjj, f. .<; -m •

( \) I*roltal»l< nn-iil li iiu'iur Mrir/t an «ini :i\:iil vtc rnvdvr ;i l-lomuT rii iM i

guets... suivant la commission décernée à la ville par le roi le 22 novembre précédent (i). »

(( Il étoit dit dans le premier article du traité fait avec Jean Coing que les canaux et voûtes seroient faits dans les tranchées que le sieur duc de Sully grand voyer avoit fait faire pour ramasser toutes les eaux, que les canaux auroient 5 pieds et demi de hauteur etc. Le travail se poussa avec tant d'ardeur pendant les deux premières années que î'aqucduc se trompa plus qu'à moitié construit de pierres bien cimentées avec toutes les hautes arcades de pierre de taille sur lesquelles il est porté dans le travers de la prairie d'Arcueil, dans laquelle coule \^^ rivière de Bièvre. Mais les années suivantes l'ouvrage fut interrompu soit par les troubles qui arrivèrent dans l'état, soit par les disputes entre les entrepreneurs, ainsi l'ouvrage ne fut point achevé dans le temps marqué par le traité. Jean Coing étant mort au mois de janvier 1614, Jean Gobelin, son gendre, maître maçon à Paris, déjà collaborateur de S. de Brosse à Coulommiers [probablement un parent des célèbres industriels protestants], fut reçu le 25 du même mois au conseil pour lui succéder et la ville l'agréa aussi le 29 suivant (2). »

L'aqueduc, œuvre construite sur les dessins de S. de Brosse d'après les modèles de l'antiquité, était la partie la plus remarquable ; le roi et la reine mère s'intéressaient personnellement au progrès des travaux. Le roi avait posé la première pierre de la fontaine au commencement de la dérivation à Rungis. Le Journal de son médecin Jean Héroard en fait ainsi mention : « Le samedi 13 juin 1613 il [le roi] entre en carrosse à 8 heures, va à Roungy pour les sources de la fontaine et le travail par où on la conduit à Paris... )) ; « le 17 : le roi mit la première pierre à l'embouchure de l'aqueduc et cinq médailles d'or et d'argent de sa face (3). »

(i) Devis pour la conduite des eaux de Rungis (ibid., p. 26). Félibien (Hist. de Paris, t. V, p. 806) et d'après lui M. Berty (Topographie hist., t. II, 78) donnent la date du 27 octobre pour la concession à Coing. Francini était encore « intendant général des fontaines » en 1633.

(2) Ibidem, p. 67.

(3) Journal, t. Il, p. 123. D'après le ms. de l'Arsenal on voyait au revers la figure de la reine mère.

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