‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 52 sur 102 · HOTEL DE SOISSONS I · texte numérisé non relu

HOTEL DE SOISSONS I

Parmi les œuvres les plus admirées que S. de Brosse ait faites, il en est plusieurs de ce genre, et on peut donc, à ce point de vue comme à plusieurs autres, le considérer comme un précurseur et un maître de tant d'autres architectes qui, ensuite, ornèrent de semblables portails les hôtels de la capitale de France. Cette partie des bâtiments prenait à cette époque une importance qu'elle n'a plus aujourd'hui. De la plupart des hôtels du xvii* siècle ce que voit un passant, dans 1.1 rue, est peu de chose. « Seule la porte cochère avait un aspect monumental pour donner l'idée de la richesse ou de la puissance du propriétaire (i). » Toujours est-il qu'au dire de Sauvai le jx^rtail de l'hôtel de Soissons était « aussi grand que superbe, simple, rustique, fort haut, fort large, un des chefs-d'œuvre de S. de Brosse

Jusque là personne en France ne s'était avisé de parer les palais de portaux d'une grandeur si extraordinaire et si majestueux. Celuici est le premier (2) ». Ailleurs Sauvai, dont une rue voisine porte le nom, dit encore : « La colonne est sans aucune architrave. Son piédestal porte en quarré une toise 5 pieds 4 pouces de hauteur sur cinq assises de pierre, une toise 3 pieds de saillie, dans ses angles 2 pieds 2 pouces, les deux thores sans ornemens, i pied 9 pouces et demi, etc. », et plus loin : « La colonne et l'hôtel sont de Jean Bultant (3). » Peut-être y a-t-il ici une erreur, ou S. de Brosse n'a-f-il fait que compléter l'œuvre de Bullant par l'addition du i>ortail qui, en tout cas, lui revient incontestablement. On l'a comparé au portail du palais Farnèse (4).

On trouve dans l'album de 1607- 161 3 deux dessins que M. Masson (5) pense avec raison être deux projets pour ce portail de l'hôtel de Soissons, il y a même, à notre avis, deux autres états d'un troi-

(r) H. Lemonnier, L'Art français, p. 236. {2) Sauval, II, p. 216. Voir ci-tlcssus paKc 43.

(3) Sauvai., III, p. 10. La gravure do l'ércUc que nous reproduisons en réduciinu porte cf)nime légende : o Fcuë de l'IIostcl de Soissons bâti par Catherine de Medicis, et conduit par Jean Bullant Architecte du Roy. »

(4) France prot., 2* éd., t. III, col. 205.

(5) Bulletin hist. prot. 1902, tirage à part, p. 179.

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sième projet (f. 17 r°, 18 r° ; f. 11 v°, 13 v°) : d'abord une porte rectangulaire de 5 pieds de largeur sur 9 de hauteur ; deux pilastres supportent un fronton triangulaire surmonté de deux statues de femiTiCS à demi allongées, croisant des palmes ; au centre du triangle est le monogramme AV.

Le second dessin, très poussé, représente une porte rectangulaire de 12 pieds de hauteur sur 10 de largeur surmonté d'un demi-cercle de 5 pieds de rayon avec le monogramme AV surmonté d'une couronne comtale et au-dessous de l'entablement, dans un écusson portant les deux blasons accolés de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et de la comtesse (Anne de Montafié). Le rectangle surmonté d'un fronton en un arc de cercle est flanqué de deux statues de femmes assises. Quatre grandes fleurs de lys complètent la partie supérieure de la décoration. L'une apparaît, avec la coupe d'un pilastre, sur un autre feuillet (12 r°). Sur chaque battant de la porte, dans les panneaux carrés du haut et du bas est répété le monogramme AV, tandis qu'un heurtoir très ouvragé orne chacun des panneaux du milieu. L^ensemble est plein de majesté et d'harmonie. Sur le f. 7 v° on voit une coupe de la grande porte de la p. 8 v'', et une façade latérale. Enfin sur les feuillets 17 r° et 18 r° se trouvent deux croquis — le second plus détaillé — d'un même projet 011 la porte a une toise et demie de largeur. Le monogramme AV figure sur la page 17.

§ i*. — Hôtel de Bouillon (i).

Il était situé rue de Seine : au n° 12 il en reste quelques traces ; la rue des Beaux-Arts a été ouverte sur son emplacement et celui de ses jardins. En 1586 se trouvaient là deux propriétés qui furent acquises par Henri de la Tour, vicomte de Turenne, duc de Bouillon. Après sa mort en 1623 l'hôtel fut vendu à Roger du Plessis, sieur de

(i) Ci-dessus, chap. II, p. 46.

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Liancourt (i) : c'est pourquoi il fut successivement appelé hôtel de Bouillon, de Liancourt et de la Rochefoucauld. Sur les dispositions adoptées par S. de Brosse je ne connais que peu de chose : c'était « un beau et grand logis embelli de belles salles, chambres, galeries, etc. » (2j. Au sud de l'hôtel de la reine Marguerite — morte cette année-là — qui se trouvait sur le bord de la Seine, le plan de Mérian (1615) représente de très importants bâtiments séparés des jardins par une terrasse. Il y a un rez-de-chaussée, un premier étage, et des chambres sous les toits très élevés. Aux deux extrémités sont des pavillons carrés, au centre un pavillon plus large, au toit arrondi surmonté d'une lanterne comme il en subsiste une aujourd'hui au-dessus de la porte d'entrée du Sénat. Evidemment si ce n'est pas l'œuvre de S. de Brosse, c'est bien de la même école. Le pavillon méridional est séparé par une seule maison de la rue des Marais.

Sur le plan dressé par ordre de Turgot et publié en 1739 (feuille 11), on voit que cet hôtel (alors appelé de la Rochefoucauld) ne donnait pas directement à l'est sur la rue de Seine, comme le ferait croire le plan de Mérian, mais qu'il en était séparé par une cour dont les bâtiments latéraux et le portail répondent mieux en effet aux dispositions générales des hôtels de cette époque (3).

(i) Berty et Tisserand, Topogr. hist. de Paris, t. III, p. 239 : à la p. 16 ils indiquent un hôtel de Bouillon qui sans doute précéda celui-ci : sur le quai, entre la rue de Seine et la rue des petits Augustins. « C'est sur remplacement du jardin donné par la reine Marguerite aux Augustins déchaussés en 1609, qu'a été construit le grand hàtimcnt de l'Ecole des beaux -arts. »

(2) Malingre (1640), tome II, p. 402.

(3) C'est, croyons-nous, par erreur, que M. litmuardot, ilaiis .sa ii..iiv^ -ur le plan de Mérian, Etudes archéologiques sur les anciens plans de Paris, réédition partielle à la librairie Taride, p. 16) croit reconnaître ici, d.ins « un des points les plus curieux du plan de Mérian » l'hôtel de la reine Marguerite, c détruit I-cu après 1615 ». Nous avons cité plus haut les documents établissant que l'hôtel de Bouillon était achevé en 1613, et rappelé d'autre part que te p^re de S. de Brosse était en 1578- 1^82 « architecte et secrétaire » de la reine Marguerite.

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§ j. Château de Coulommiers (i)

Nous avons parlé plus haut (2) du château de Verneuil ; il a ét'c complètement détruit, et il est impossible de déterminer quels agrandissements ou aménagements S. de Brosse avait exécutés pour Tœu- \re commencée par J. A. du Cerceau.

Le château de Coulommiers a également été détruit (de 1736 à i;^38). «On ne saurait, de l'avis de Sauvai (3), trouver aucun relevé darchitecture plus splendide » ; et prenant un terme de comparaison déjà cité à propos d'une autre œuvre de Brosse, le même auteur écrit : « Anet, Monceaux, Verneuil, Coulommiers, presque toutes nos maisons royales [ces trois dernières où travailla Brosse], et la f-lupart de nos hôtels sont plus grands sans comparaison que le palais de Farnèse. »

La gravure de J. Marot ne donne pas une idée absolument exacte de ce qu'a été le château, mais plutôt de ce qu'il devait être d'après les projets primitifs de l'architecte, qui n'eut pas la joie de voir son œuvre achevée (4) : « Un pavillon d'entrée semblable à ceux du Luxembourg (édifié à la même époque par Brosse) et de Fontainebleau est indiqué à la place des deux loges de concierge qui existent encore (5). » « Le rez-de-chaussée était d'ordre ionique ; au-dessus régnait l'ordre corinthien. Tous les pleins des murs étaient revêtus de briques, mais les pilastres, les corniches, l'entablement, les cadres des fenêtres, alternativement circulaires et en fronton aigu, étaient en pierres de taille. A l'extérieur, du côté des fossés, les entre-colonnements du premier étage présentaient une niche, et ceux du second deux

(i) Ci-dessus chap II, § i, p. 44.

(2) Chap. P^ § 2, p. 22.

(3) III, 50, cf. IV, 50.

(4) Dauvergne, Le château de Coulommiers, p. 11 : « La décoration n'a jappais été complète. Il n'y avait en 1629, à la mort de Catherine de Gonzague, qu'une seule fenêtre entièrement sculptée. » On trouve dans cette monographie la représentation d'une des façades latérales, p. 13.

(5) Dauvergxk, p. 12.

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caryatides portant rentablement. Les pleins de briques étaient décorés d'un tableau de pierre aux angles contournés. Du côté de la cour, entre les colonnes cannelées, étaient placés, au rez-de-chaussée, des lustes sur un piédouche, et, au premier étage, des statues de grandeur colossale. Au-dessus de Tentablement et de chaque fenêtre les combles prenaient jour par des œils-de-bœuf alternés avec de petits piédestaux, mais du côté de la cour portaient sur leur extrados des aigles et des cygnes (supports des armoiries de Catherine de Gonzague). Au centre des ailes du nord et du midi un fronton circulaire couronnait l'attique, et sur l'extrados deux gigantesques figures allégoriques couchées supportaient les armoiries de la dame de Coulommiers.

Le pavillon au centre du bâtiment de face, surmonté d'une lanteri?e, était décoré d'un semblable couronnement, et dans le tympan du fronton circulaire était sculpté un énorme aigle aux ailes éployées.

Ce château avait 19 baies à chaque étage latéral extérieur et 14 à l'intérieur du côté de la cour ; au total 220 baies ou fenêtres et 78 œils-de-bœuf... « Le château se composait de quatre pavillons principaux reliés par deux galeries s'étendant latéralement de l'Ouest à l'Est, et au fond, à l'Est, par une autre galerie de face ayant au centre un pavillon avec dôme angulaire. Quatre autres pavillons en demisaillie sur les galeries latérales flanquaient les pavillons principaux à l'extérieur Une terrasse régnait le long du bâtiment de face. Les galeries n'avaient qu'un rez-de-chaussée, im <'t:nr,. ^t un cn!nl»1.« : !.•>. n^villons avaient un étage de plus. »

La longueur des galeries, y compris l'épaisseur des pavillons, n'était l>as de moins de 85 mètres et leur épaisseur de (juinzc mètres. Le bâtiment de face, au fond, avait 54 mètres de développement sur 15 de profondeur (i).

L'album de 1 607-161 3 est presque entièrement consacré aux projets de S. de Brosse plus ou moins exactement exécutés ensuite par Ch. du Ry : pavillon d'angle à deux fenêtres au rez-de-chaussée et

Ci) Dauvergnf.,

iiU premier étage, situé à droite ou à gauche de la porte d'entrée (fol. 21, recto ; la notice de M. Dauvergne en 1853, p. 13, reproduit un pavillon d'angle à trois fenêtres par étage qui paraît plutôt un de ceux du côté opposé, c'est-à-dire donnant sur le parc) ; portes, fenêtres, lucarnes (fol. 9, 10, ii) ; niches et pilastres (7 v«) ; grandes et belles lucarnes (fol. 2, recto) ; rampe d'escalier et balustrade avec termes (5 v°) ; constructions accessoires à élever dans le parc ; cadrans solaires (4 dessins fol. 2 v", 3 r°, 4 v°, 5 r*') ; obélisque (22 v°) ; fontaine, édifice octogonal avec statues, dôme entouré d'une balustrade et surmonté d'une lanterne, etc. (8 r"*) ; décorations pour l'intérieur : nombreux modèles de cheminées, cadre de glace, etc.

L'une des plus jolies pages de l'album représente une entrée avec la série de fenêtres adjacentes à droite et à gauche, au rez-de-chaussée et au premier étage, et les lucarnes, etc. ; les colonnes à bossages et les frontons se détachent sur le fond de briques ; c'est le favillon du fond de la cour de Coulommiers, mais avec une disposition de la fenêtre centrale et une forme de fronton différentes de celles qu'a figurées Israël Silvestre, et ici le dôme manque (i).

De même la page 23 r° représente une porte à pont-levis très différente de celle qu'I. Silvestre a représentée et que M. IMasson croit pourtant pouvoir placer aussi à Coulommiers (2).

Du château de Blérancourt, longtemps attribué à tort à Mansart, nous savons seulement qu'aux yeux des contemporains de sa construction il passait pour une merveille : « En ce seul bastiment se peut veoir l'abrégé de tous les autres plus beaux et plus excellents qui soient au monde (3). »

. (i) Voir page ci-contre et page 187.

. (2) Bulletin hist. prot., 1902, p. 459, et tirage à part, p. 1.79.

(3) Voyage de P. Bergeron, publié par la Société des bibliophiles belges, 1872, p. 13. C'est au château de Blérancourt que fut logé le cardinal de Richelieu <■ l'an 1640 au commencement du mois de juin, peu avant le siège d'Arras » (Drelincourt, La Défense de Calvin, 1667, P- 9)-

CHATEAU DB COULOMMUCRK. I>AVII <

Riciuciioo d'un deticin d« Uroor (ColIcciioB 4« M. I« baiott d« Ikibmaaa)

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Appendice. — Château de Wideville.

Enfin nous donnons ici, comme nous l'avons annoncé, la description d'un bâtiment qu'on ne peut attribuer avec certitude à S. de Brosse, mais qui fournit d'intéressants points de comparaison avec le palais du Luxembourg (antérieur), et le château de Versailles (postérieur).

Voici quels sont l'aspect et la disposition générale du château de VVideville (i) :

« Les divers corps de logis sont disposés en longueur, sur un terre-plein entouré d'eau courante. Cette surface épouse la forme générale des bâtiments et prend la forme d'un carré long, avec excroissances cintrées sur les deux grands côtés. Au centre de la construction se trouve un corps de logis faisant saillie sur les deux façades ; puis du côté principal et aux deux extrémités du bâtiment, deux avant-corps ou pavillons. Les quatre angles du terre-plein sont munis de petits bastions placés en saillie, carrés de forme, assez trapus et percés de meurtrières sur leurs côtés. Ces sortes d'échauguettes contribuent pour une forte part à donner à l'ensemble du château un caractère particulier et vraiment seigneurial.

Le rez-de-chaussée est composé d'un vestibule voiàté qui prend toute la largeur de l'avant-corps ; il joint une pièce carrée, la plus grande du logis, voûtée aussi et qui sert de billard. Du côté du jardin tracé à la française, on y arrive directement par un perron courbe d'un bon effet et orné de balustres. Aux deux extrémités du château se trouvent le salon et la salle à manger, éclairés par trois ouvertures. Des vases en marbre blanc, étages sur les perrons du nord et du sud, tranchent sur le ton de brique qui domine dans l'ensemble du château. A l'examen détaillé, une des premières choses qui frappe la vue est vn grand air de simplicité et la régularité des lignes (2) ; mais cette

(i) Sauvageot^ Palais et châteai'^x de France du xv* au xviii* siècle. (2) C'est nous qui soulignons ces expressions : elles caractérisent précisément très bien les œuvres de S. de Brosse.

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simplicité voulue n'a rien de naïf ni de chétif. La présence de la brique, abondamment employée dans cette façade et dans la construction tout entière, mais seulement comme remplissage, rendait, il faut en convenir, assez difficile l'emploi d'ornements sculptés. C'est par les lignes et une sorte de coloration quon a voulu produire de l'effet. Le grand pavillon du centre dépasse d'un étage les autres bâtiments. C'est le point culminant de l'édifice, et cet exhaussement était nécessaire pour mouvementer la silhouette générale.

Deux ouvertures cintrées, avec grilles savamment contournées, accompagnent la porte, couronnée d'une sorte de fronton interrompu, au centre duquel se dresse un culot gracieusement sculpté. Cette moulure disposée en fronton relie la porte aux deux ouvertures qui éclairent le vestibule. La brique est absente de cette partie du pavillon, mais nous la retrouvons aux deux étages qui lui succèdent. ' Tous les angles, tous les cadres des fenêtres sont de pierre de taille ; le reste, c'est-à-dire les remplissages, est de brique. Les fenêtres du rez-de-chaussée laissent voir, à leur base des soupiraux divisés par un meneau vertical en pierre. Les lucarnes des combles sont de bon goût. (')n les a alternées avec de petits œils-de-bœuf en saillie. Cet oculus se retrouve aussi sur la toiture des petits pavillons d'angle, traitée en forme de coupole quadrangulaire au sommet de laquelle se dresse fièrement un guerrier de plomb armé d'une lance.

Sur la façade qui regarde le parc, le pavillon central fait seul saillie ; deux couronnements de portes et de fenêtres, à droite et à gauche du pavillon, sont arrangés avec goût. Des niches munies de statues largemen traitées, se voient entre les fenêtres du grand corps de logis. Un buste de Louis XIII en marbre blanc placé sur la porte du milieu, raj)l'clle les fréquents séjours de ce roi à Widevillc. De ce côté se trouve le pont-escalier qui franchit le fossé, au(|uel succède le perron établi devant l'entrée de la salle de billard. Cette série d'escaliers arrive à se confondre par la perspective, et produit un effet assez monumental, complété par deux grands chiens de pierre, accroupis sur des socles

c'Ifvés ».

CHATEAU DE MONCEAUX. VUE GENERALE D'après une estampe de Mariette

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