‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 57 sur 102 · COMPARAISON AVEC FONTAINEBLEAU, ETC · texte numérisé non relu

COMPARAISON AVEC FONTAINEBLEAU, ETC

est tout à fait regrettable qu'on iie puisse nommer l'auteur de ce morceau, l'un des plus justement célèbres de outre Renaissance française (i) ». La partie inférieure de cette « porte du baptistère », attribuée au Primatice, a en tout cas pu fournir à S. de Brosse quelques données reproduites au Luxembourg.

Pour résumer nos appréciations sur cette question des origines historiques du palais élevé par S. de Brosse, nous dirons qu'on y trouve évidemment des éléments comparables à ceux d'édifices antérieurs : plan et bossages de Florence, pavillons de Verneuil, entrée de Fontainebleau, mais l'adaptation de ces éléments est faite, de main de maître, à des circonstances nouvelles, de telle sorte que le résultat obtenu au Luxembourg nous parait très supérieur à l'aspect du palais Pitti — j'entends : le Luxembourg et le Pitti de 1620 — autant de înajesté, mais moins de lourdeur, plus d'harmonie et d'unité.

Voici une description du « palais d'Orléans » peu îx)stéricurc à l'achèvement des travaux, puisqu'elle date de 1640 environ (2) :

(( Le palais consiste en quatre grands pavillons aux quatre coings, en trois grands corps d'hostel. Celui de main droite, où est le département de la Royne, est composé d'une belle grande gallerie haute ayant deux cheminées aux deux bouts fort belles pour l'invention, façons et dorures. Les fenêtres regardent sur le petit Luxembourg d'un costé et de l'autre sur la grande cour. Aux deux costez de cette l>clle gallerie, sont quantité de tableaux de l'invention du fameux peintre Rubens d'Anvers dans lesquels est représentée toute la vie de la Royne depuis sa naissance. Avant d'entrer à cette gallerie est la chapelle de la Royne avec ses lambris dorez et l'autel de mesme, de très belles menuiseries en feuillage dorez, et au fond un fort riche tableau. De ce mesme costé et département est la chambre de la Royne, belle, grande et

carrée, enrichie d'une cheminée admv*able |)our .son ouvrage et dorure

De cette chambre on entre au cabinet Ce département est dans le

pavillon d'en haut [au premier] à main droicte entrant audict hostel.

U; i>i.MiiK, foiiiiinti'bltuiii, i'nris, l.aiirrns, nxJ^». p (x). .\i.\i. I^urcn<«. l>imicr et Neunicin ont aimablement mis à notre disposition le cliché de cette vue, en nous autorisant à la repHnluire.

(2) Malin(.kf. AntiquiU^s de Paris, I. 11. p. 401.

Au-dessous de cette allée sont les salles au nombre de trois, la grande sous ce pavillon, les deux autres sous la belle gallerie et le pavillon de droicte qui regarde le faulxbourg.

« Le département de gauche qui regarde le faulxbourg d'un costé et de Tautre le jardin est composé de deux grands pavillons entre lesquels est une belle et longue gallerie de mesme façon et ouvrage que celle du costé droict, en laquelle en divers tableaux se doit voir la vie du roi Louis XIII ; mais ce costé-là n'est pas encore parachevé (2).

PALAIS DU LUXEMBOURG. VUE GÉNÉRALE (l) d'après une estampe de Mariette

(( La face d'en haut [au premier] dudict hostel qui regarde le jardin et la grande cour est composée de quatre grandes salles, deux en haut et deux en bas. Au milieu est un inagnifique escalier en forme ronde et en coquille couvert de tous costés et on ne peut voir la cîme d'ice-

(i) En tas de l'estampe ici reproduite en réduction on lit : « Veûe du Palais d'Orléans appelé Luxembourg. A Paris, N. Langlois, rue St-Jacques à la victoire. Avec privilège du Roy. » Comparer cette vue et celles des châteaux de Verneuil, Monceaux et Coulommiers, ci-dessus pages 23, 129, 168 et ci-contre page 187.

(2) Quant aux décorations intérieures.

luy qui aboutit a une forme de dosme à l'italienne ainsy que celuy des Thuileries. Au dehors, aux coings du dosme sont de fort belles colomnes de marbre et de bronze et de très excellentes statues.

« L'entrée dudict hostel qui regarde la rue de Tournon est composée d'ime haute allée qui va depuis le pavillon jusques au donjon du portail du costé droict, et une autre pareille à gauche, laquelle allée est toute embellie de balustres des deux costez. Au dedans, sous ces allées, sont d'autres allées en arcades. Ce donjon fait en rond et enrichy de l>elles colomnes et statues de marbre et la ceinture toute dorée, comme

rilA^KAU DK COUI.OM.MIERS d'après une estampe de Mariette

toutes les autres ceintures des trois autres corps d'hostel et le haut d'iceulz tout dorez. »

La « Description de la J'ille de Paris », de G. Bricc (^i;, s exprime ainsi : « De tous les grands édifices qui se voyent à Paris et même dans le reste du royaume il n'y en a point de plus beau que ce magnifique palais. On pourroit ajouter, du moins si Ton veut s'en rapi)orter à plusieurs personnes très habiles et qui jugent des choses sans prévention, que dans toute l'Italie on ne voit rien de plus régulier ni de mieux entendu Il est très peu de bâtiments en Europe où

(1) Paris, Legras, 1706, p. 55 et suivantes

l88 SALOMON DE BROSSE

l'art approche plus de la perfection que dans celuy-cy, et où il paroisse plus de grandeur et de majesté. » Le même ouvrage donne quelques détails complémentaires sur les marbres et statues qui entraient dans l'ensemble de la décoration primitive : « La reine Marie de Médicis se servit de toute son autorité pour avoir des marbres restez à Saint-Denis ; la reine Catherine de Médicis les avoit fait venir d'Italie avec de grandes dépenses pour le tombeau des Valois qu'elle y

faisoit élever sur les desseins de Philibert de l'Orme Quelques

efforts que pussent faire les religieux de Saint-Denis, ils ne purent empêcher qu'ils ne fussent apportez au palais du Luxembourg en l'année 1621 où on travailloit encore. Elle obtint deux lettres de cachet pour ordonner aux religieux de luy donner ces marbres. Ils furent employez particulièrement pour la balustrade dont on voit encore quelque reste sur le devant des terrasses du jardin et de la cour et pour le quarreau de l'esplanade qui occupe toute la face de ce palais, au travers de laquelle il faut passer pour arriver au grand

escalier Sur des piédestaux il y avoit autrefois de très belles

statues qui furent vendues avec les meubles de cette Reine dans le temps de sa retraite

« La grande cour est terminée à droite et à gauche par deux galeries t:n peu plus basses que le reste du bâtiment, soutenues chacune sur neuf arcades avec de grands corridors parfaitement bien voûtés, à la

faveur desquels on peut aller à couvert *La principale entrée

du palais se trouve sous le pavillon du milieu, dont l'intérieur ou le passage est décoré de colonnes doriques avec des niches entre deux. L'étage supérieur ouvert de quatre cotez par autant de grands arcs accompagnez chacun de quatre colonnes et orné en dedans d'un ordre Corinthien en colonnes de marbres disposées comme celles du grand passage de dessous. A chaque extrémité des galeries des cotez et des terrasses qui régnent sur le devant, il y a deux gros pavillons quarrez qui les terminent, lesquels sont plus avancez que les autres parties de la façade qui donne sur la rue de Tournon ; ce qui contribue beaucoup à procurer de la majesté et de la grandeur à cet édifice.

« L'architectui-e de toutes les faces de ce palais est en pilastres

POnTAII. DU l.l XK.MOUURG b'êptiê un dcMin de Ulurdtl

couplez, excepté aux principales entrées du côté de la cour et du côté du jardin, et sur le corps du milieu qui sert de chapelle, où ron a ni) s des colonnes à la place de pilastres. Les ordres qui régnent partout sont le Toscan et le Dorique avec un Attique au-dessus ; et sur les quatre gros pavillons aux angles, au Toscan et au Dorique des autres on a de plus ajouté ITonique pour troisième ordre ; ce qui rend ces pavillons plus élevez que le reste. Les entablemens autour des combles sont chargez d'une balustrade soutenue de piédestaux qui règne également partout, avec des frontons aux faces principales, sur lesquels il y a des statues couchées qui sont d'une misérable exécution quoiqu'elles aient été faites par des Italiens que l'on fit venir exprès. Ce qui enrichit encore beaucoup cette belle architecture est le bossage, lequel n'ôte point aux ordres la simplicité qu'ils doivent avoir, parce que l'on a observé très sagement de donner à chaque ordre le bossage qui luy convient, avec des mesures assez justes qui enrichissent cette architecture au lieu de l'offusquer comme quelques gens peu entendus se le sont imaginez mal à propos. »

L'appréciation de Sauvai, un peu plus tard, complète sur quelques points cette description (i) : « Toutes les faces de ce palais sont riantes ; tout y rit de tous les côtés ; la face est riante, la cour avec les bâtiments riants, le corps de logis vers le jardin et toutes ses parties séparément, et tout cela de plus très majestueux. Il n'y a point, dans toute l'Europe, de maison qui paroisse avec plus d'orgueil et plus de faste ; tout en est grand et majestueux, le portail est bâti d'une manière grande et toute superbe ; le dôme et les deux gros pavillons lui donnent une majesté royale. L'ouvrage rustique fait un effet aussi surprenant que merveilleux, et si l'on en considère en gros l'architecture, soit du dedans de la cour soit du dehors, partout on la trouve grande et admirable. »

En critiquant telle partie de l'édifice, d'Argenville, un siècle plus tard, remarque qu'elle n'est pas due à l'architecte primitif : « On prétend que le grand escalier si massif et si sombre est du dessin de Marin de la Vallée. Il est indigne de la magnificence d'une maison royale (2). »

(i) Hist. et antiquités de Paris, t. III, p. 7, (2) Vie des fameux architectes, 1787, p. 329.

Un détail pour terminer. Aujourd'hui on aperçoit d'une assez grande distance l'entrée du Luxembourg en haut de la rue de Tournon ; il n'en a pas toujours été ainsi : la rue de Tournon existait bien dès le xvii^ siècle, mais son prolongement — la partie de la rue de Seine comprise entre la rue des Quatre-Vents et le Boulevard Saint- Germain — n'a été percée qu'à une date tout à fait moderne. Marie de Médicis (d'accord sans doute avec S. de Brosse), aurait voulu tracer une avenue plus magnifique, comme celles qui aboutissent aujourd'hui au palais de Versailles : « Dans toute l'Europe il n'y a point de maison qui paroisse avec plus d'orgueil et plus de faste [que le Luxembourg] », disait Sauvai, et il ajoutait avec regret :,« Si le Pont-Neuf et la rue Dauphine eussent conduit en ligne droite à la face de cette belle maison comme la reine en avoit bien envie, il n'y eût point eu d'avenue au monde ni plus longue ni plus magnifique, ni de portail plus superbe (i). »

Quant aux abords du palais de l'autre côté, c'est-à-dire aux jardins du Luxembourg, on a dit qu'ils avaient été dessinés par De Brosse lui-même « bien que son plan ait été souvent remanié (2) ». C'est une erreur (3). Ces travaux ont été confiés dès les premiers temps à un coreligionnaire de S. de Brosse, Jacques Boiceau, sieur de la Barrauderie ou de la Béraudière (près la Rochelle), gentilhomme ordinaire de la chambre du roi et intendant de ses jardins (4).

(i) T. III, p. 7. Sur le plan de Turgot la rue du Brave, prolongement de la rue de Tournon au nord de la rue du petit Bourbon, se continue elle-même par une sorte d'impasse, la cour des quatre vents à l'est de In foire Saint-Germain.

(2) Lasteyrie, Paris-Guide, 1867, t. I, p. 579.

(3) Provenant sans doute d'une confusion entre S. de Brosse et Guy de la Brosse, médecin du roi, à qui Bullion (le châtelain de Wideville) donna le moyen de créer le jardin des plantes médicinales (0« de Galard. Wideville, p. 40).

(4) On a de lui un « Traité de jardinage selon les raisons de la nature et de l'art, divisé en trois livres. Ensemble divers dessins de Parterres, Pelouses, Bosquet; et aultrcs ornements servons à l'embellissement des Jardins », où se trouvent entre autres des parterres à la française dessinés pour le Luxembourg, Versailles, les Tuileries, le Louvre et Saint-Germain. Cet ouvrage fut publié aprcs !n mort ''-■ ?'■ ■•'■nu. rn i6^*<. n l'ari-^. in i'^V^- •^"- >!iohrI vnn î.ochom

CHATEAU DE VERSAILLES. FAÇADE ORIENTALE Reproduction réduite d'une gravure d'I. Silvestre (i)

§ 5. — Château de Versailles.

Si Ton fait abstraction de notre hypothèse relative à Fontainebleau, Monceaux avait été la première résidence royale à laquelle avait travaillé S. de Brosse ; Versailles fut la dernière (2). Ce sont deux types exquis de châteaux de moyennes proportions, au plan simple, à l'aspect agréable. Versailles était plus modeste : « picciola casa », disait un Vénitien en rapportant une conversation du roi lui-même (3) ; « un petit château de gentilhomme », disait vm grand seigneur français (4). Un autre, Saint-Simon, a entendu son père, logé dès les premières années à Versailles, décrire le « petit château de car-

(i) Vue reproduite avec l'aimable autorisation de l'éditeur et de l'auteur, d'après le cliché du Château de Versailles, par G. Brière, librairie centrale des Beau- Arts, E. Lévy, 13 rue Lafayette, Paris.

(2) Elles figurent, avec l'aqueduc d'Arcueil, autour du plan de Gomboust en 1652 : c'est-à-dire trois œuvres de Brosse sur quatorze « maisons royalles et remarquables des environs de Paris ».

(3) G. Pesaro, dépêche du 11 juillet 1624, Bibl. nat., ms. italien 1782, p. Z7^, cité par M. Batiffol, Louis XIII à viUgt ans, p. 650.

(4) Marquis de Sourches, Mémoires, édition Cosnac, 1882, t. i, p. 78.

tes que Louis XIII avait fait pour ne plus coucher sur la paille », ce n'était que « la contenance étroite et basse autour de la cour de marbre qui en faisait le tour, et dont le bâtiment du fond n'avait que deux courtes et petites ailes. » (i)

Les bâtiments primitifs sont aujourd'hui encore assez reconnaissablcs, beaucoup plus, croyons-nous, qu'on ne Ta dit jusqu'à présent. Et ce n'est pas l'effet d'un simple caprice des architectes. Pendant trente ans (1669-99) ils ont entouré l'œuvre de leur prédécesseur de constructions nouvelles, mais ils ont respecté autant que possible le château de Louis XIII, et cela conformément à un ordre fonnel de Louis XIV. Félibien, dès 1674, l'a constaté : « Sa Majesté a eu cette piété pour la mémoire du feu roi son père de ne rien abattre de ce qu'il avoit fait bâtir ; tout ce que l'on y a ajouté n'cmpcche ix>int qu'on ne voie l'ancien palais tel qu'il et oit autrefois A cette

époque on voyait encore, littéralement, une grande partie des façades élevées un demi-siècle auparavant, car les seuls angles du bâtiment primitif avaient été masqués par les premières additions de Levau (1669) ; depuis lors, ces façades — sauf celles de la cour de marbre — ont presque entièrement disparu sous les additions de Mansart à Touest (1679), au nord (1690) et au sud (1^)99). Et pendant deux siècles, en présence de la masse imposante du palais nouveau, visiteurs et historiens ont oublié l'existence — la préexistence — du château ancien : « Louis XIV enveloppa si bien de ses constructions le Versailles de Louis XIII qu't/ le fit disparaître en le consenant, et qu'il n'y eut plus pour les contemporains ou la postérité qu'un Versailles : le sien » (3).

Avant d'essayer de reconstituer avec quelque détail le Versailles primitif, citons la description savante et gracieuse faite par M. de Xolhac : « Le château était formé d'un corps de logis au fond d'une petite cour carrée dont deux ailes de bâtiment faisaient les côtés, et que fermait, du côté de l'arrivée, un portique à sept arcades. Quatre

(1) Mémoires, éd. Chcrutl, XIl. 1 ligislislc, l. 1, p. 156. 4.I». 496, 501.

(2) Description sommaire du château de ^'ersaitles. Pari», D«sprcx, 1674, p. 3.

petits pavillons s'adjoignaient aux quatre angles du château, dont les façades intérieures avaient seulement cinq à six fenêtres. La construction était toute de pierre et de brique, et des tables de pierre s'appliquaient, pour tout ornement, au milieu des surfaces de brique. Les toits étaient percés alternativement de mansardes et de lucarnes correspondant aux fenêtres C'est dans la cour de marbre, dont deux

côtés sur trois paraissent avoir conservé, sauf pour l'ornementation, l'aspect architectural primitif, qu'on peut se faire quelque idée de la construction, de l'élégante disposition de la brique et de la pierre, et de l'heureuse coloration qu'elles présentaient aux yeux » (i).

Pour nous représenter ce château primitif nous possédons quelques documents essentiels : le plus vieux est un inventaire de 1630 (2). En fait de gravures, aucune ne correspond à un état aussi ancien : celle qui figure dans un angle du plan de Gomboust, due à A. Bosse, date probablement de 1647- 1652 : le « petit château » de 1624 avait déjà pu, en un quart de siècle, recevoir quelques additions ou modifications. A Israël Silvestre nous devons un précieux plan du rez-dechaussée en 1667 (3) et une série de quatre gravures représentant le

(i) P. DE NoLHAc^ La CréatiGu de Versailles, p. 205 (voy. ci-dessus, i*"* partie, § 5). Cf. G. Brière, le Château de Versailles, Introd., p. III : « il ressemblait aux demeures élevées alors par les Clément Métézeau et les Le Muet... constructions de structure logique, de lignes élégantes et sobres égayées par l'alliance heureuse des tons rouges de la brique aux blancheurs de la pierre. » Je remarque que Métézeau et surtout Le Muet sont nés vers 1581 et 1591 et sont morts en 1652 et vers 1669, l'un et l'autre longtemps après S. de Brosse et que s'il y eut imitation c'est eux qui ont été les imitateurs.

(2) E. CoiiARD, archiviste de Seine-et-Oise : L'intérieur et le mobilier du château royal de Versailles (1630), Mémoire et recueils, etc. des archives de Seineet-Oise, XII, p. 46, etc. (Versailles, in-8°, 1906), d'après un inventaire après décès du concierge du château François Monjay (Arch. de Seine-et-Oise, réserve, série B, Bailliage de Versailles, 1630). Cf. Petit Temps du 7 juillet 1906, conférence de M. Couard devant la commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise.

(3) Chalcographie du Louvre, n° 3321. Nous reproduisons (p. 208) la partie qui nous intéresse, avec les dimensions de l'original, en ajoutant seulement des lettres et des chiffres pour désigner les pièces correspondantes. En face (p. 209) est représenté à la même échelle l'état actuel des lieux, avec la numérotation officielle.

château de trois côtés différents : celui du nord seul manque (i). Pérelle a représenté postérieurement à 1661 la façade sur les jardins, enfin dans la salle « des résidences royales », une peinture de Patel extrêmement minutieuse représente le château en 1667.

D'autre part il subsiste nombre de murs intacts ou remaniés, d'embrasures ouvertes ou condamnées, qui constituent dans le \'crsailles actuel des documents encore trop incomplètement consultés.

Pour retrouver le château Louis XIII sous le palais Louis XIV, il est utile de comparer les dispositions qui lui sont communes avec le prototype : Verneuil, et les autres œuvres de Brosse, notamment le Luxembourg qu'il venait d'achever. C'est, pour les lignes générales du plan, toujours à peu près la forme de la lettre grecque r. : une cour intérieure limitée par trois « grands corps d'hostel » comme dit Malingre, avec quatre pavillons aux angles, et du côté opposé au bâtiment principal du fond, un portique à sept arcades avec portail au milieu, plus ou moins décoré ; au Luxembourg il y avait un mur le long de la rue de Vaugirard ; de même à Fontainebleau à droite et à gauche de la porte du baptistère ; dans l'un et l'autre cas il n'y a qu'une rangée de colonnes, du côté de la cour. A Versailles au contraire il n'y a aussi qu'une rangée de colonnes, mais sans mur parallèle. Seulement la base et les chapiteaux de ces colonnes étaient assez larges pour supporter le promenoir qui, plus large, surmonte aussi au Luxembourg les arcades (2) : par là on passait de plain pied de l'extrémité d'une ailç à l'extrémité de l'autre.

Les dimensions étaient à Versailles, en mesures actuelles, les suivan-

(i; l'eut' et fcrsl^eethe du Chuslenu de Versailles de dedans i\i...,. ,„. :. 1664 ; y eue et perspective du chasteau de Versailles du costé de l'entrée, 1664 ; Veuë et perspective du chasteau de Versailles du costé de l'Orangerie, 1664 (Chalcographie, n°' 2879, 2880, 2881). Veuë du chasteau royale de Versaille où le Roy a va souvent divertir à la chasse : celte dernière gravure est sans date et nous ne savons pourquoi p. ex. M. Brière (le Château de Versailles, introduction, p. 1 et m) pense qu*« on peut la dater de la même époque » non que les autres gravures de Silvestre, mais que le plan de Gomboust, c'est-à-dire 1652 ».

(j) C'est la « haute allée 0 dont parle Malingre en 1640.

tes (i) : environ 38 mètres pour la façade sur le jardin, 32 de profondeur, y compris le portique, 21 de largeur pour la cour intérieure carrée, tandis que la cour de marbre est un rectangle plus allongé. Cette harmonie des proportions est bien conforme à ce que nous savons du goiàt de Brosse.

Cherchons à faire le tour extérieur du bâtiment primitif. Pour cela une remarque préliminaire est nécessaire relativement aux quatre pavillons (( décrochés » qu'on voit sur le plan d'I. Silvestre (page 208, i, 2,

CHATEAU DE VERSAILLES. FAÇADE OCCIDENTALE Agrandissement d'une gravure d'A. Bosse, sur le plan de Gomboust (2)

3. 4). Ce plan comporte trois pièces et deux escaliers dans l'aile méridionale, cinq pièces dans le bâtiment principal, quatre pièces et un escalier dans l'aile septentrionale, en tout douze pièces, sans compter tes pavillons décroches. Si le premier étage renfermait le même nombre de pièces, cela faisait vingt-quatre. Or l'inventaire de 1630 en signale vingt-six.

Mais si l'on déduit un cabinet exigu au rez-de-chaussée et une pièce lui faisant pendant au premier, on arrive précisément au chiffre des

(i) L. Batiffol, Revue de Paris, 1909, p. 856 ; Louis XIII à vingt ans, p. 655. (2) A comparer avec la réduction de la gravure d'I. Silvestre, ci-dessus p. 93.

douze pièces de Silvestre : il semble donc que l'inventaire ne parle pas des pavillons d'angle (comme il ne parle pas de chambres et débarras situés sous les combles, incontestablement existant en haut du bâtiment principal et des ailes d'après toutes les gravures d'I. Silvestre). Ces pavillons ne sont pas figurés sur la gravure la plus ancienne, celle de Bosse (i).

On pourrait donc se demander si les quatre petits pavillons « décrochés » ont été construits dès l'origine, ou si — prévus peut-être dès le plan primitif de S. de Brosse — ils n'ont, été construits que plus tard, entre 1630 (date de l'inventaire) et 1647-52 (dates du plan de Gomboust gravé par A. Bosse). Il est très facile de se représenter dans sa simplicité rudimentaire le - du premier château sans pavillons, ceux-ci ne touchant aux bâtiments essentiels que par une surface commune tout juste assez large pour y percer une petite porte. On conçoit même assez bien que, pour répartir les crédits, comme nous dirions aujourd'hui, sur plusieurs exercices, on n'ait d'abord construit que le bâtiment du fond et les deux ailes, puis quelques années plus tard, les quatre pavillons d'angle : ce qui ajoutait huit pièces aux vingt-six énumérées sur l'inventaire de 1630, soit une augmentation du tiers ; et dans les combles il y avait aussi place pour de nouvelles chambres de domesti(|ues et débarras. Peut-être même ceci expliquerait-il l'intervention de Le Roy achevant l'exécution du plan de S. de Brosse et liquidant les comptes de 1631 à 1636 (postérieurement à l'inventaire de 1630). A Verneuil et au Luxembourg on a agrandi par ce même artifice consistant à flanquer de pavillons additionnch lc< bâtiments primitifs.

Retrouver d'abord l'emplacement de ces quatre pavillons décrochés facilitera notre tâche en ce qui concerne les bâtiments contigus formant le noyau primitif à Versailles. Ceux-ci entouraient et entourent aujourd'hui encore la « cour de marbre ». Un peu à l'est de la marche qui sépare la cour de marbre de la cour royale, on voit sur les façades qui bordent cette dernière au nord et au sud deux .saillies (2) : ce Sont les |)ilastrcs (i\\\ étaient jnrlis à l'anîTlc dr^ pavillons dcVrochés. Leur

(-') Tout près du l)ord inférieur du cliché employé p. 2oy

superficie exacte est occupée par deux pièces (i) attenant au vestibule de marbre (ou de la Reine) et au vestibule des ambassadeurs (ou de Louis-Philippe).

Au premier étage le pavillon nord-est est représenté exactement aujourd'hui par la salle n° 132, le pavillon sud-est occupait l'espace compris entre l'escalier de marbre ou de la Reine (n° 119) et la cour royale.

Du côté de l'ouest, au rez-de-chaussée, l'un des pavillons décrochés est représenté par la salle n° 50 jusqu'aux portes qui communiquent avec les salles n° 49 et n*' 51 ; la salle n° 52, au contraire, n'est plus tout à fait sur l'emplacement du pavillon nord-est, mais, en gros, la « galerie basse » (51) donne idée de l'espace qui séparait les deux pavillons du côté du jardin. Au premier étage dans la galerie des glaces il n'est plus possible de trouver aucun vestige des anciens pavillons occidentaux.

Le gravure du plan de Gomboust montre sur les côtés des bâtiments un fossé assez large, avec fausse braye ou basse enceinte bordée d'une balustra-

PALAIS DE VERSAILLES. MUR DE LA COUR VERTE parallèle et probablement analogue au mur primitif

(i) Sans chiffre dans la numérotation actuelle des plans officiels, entre les n"" 26 et 2-] d'une part, 36 et 38 d'autre part (voir page 209).

de et servant également de promenoir au rez-de-chaussée (p. 196). Les quatre petites cours situées aujourd'hui à droite et à gauche de la cour de marbre (p. 209) occupent une partie de ces anciens ouvrages, mais elles ne longent plus immédiatement les anciens murs, sauf sur deux points que nous déterminerons, au nord ; contre ces anciens murs, les séparant des fossés, il y avait un rebord que Levau et Mansart ont utilisé pour leurs constructions postérieures : ils ont ainsi agrandi certaines salles, pratiqué des corridors, cabinets, etc. Le fossé occidental était à la place de la « galerie basse » longtemps appelée « Louis XIII », à tort, puisqu'elle a été construite après la mort du premier possesseur.

Du côté oriental tout au moins, la profondeur du fossé était égale ou supérieure à la hauteur des déblais qu'on a retirés, sous Louis-Philippe, en abaissant le niveau de la cour intérieure, soit i m. 75. D'après le niveau du pied des colonnes et des pilastres, ainsi que d'après les assises inférieures en pierres de taille, on voit parfaitement où commençaient jadis les parois en briques avec tables de pierre blanche.

Tout ceci posé voici comment on peut reconstituer le |X)urtour du château primitif. Au rez-de-chaussée d'abord, si nous partons de la salle 36, nous nous trouvons dans une pièce dont les murs nord et est ap- ])artiennent au pavillon primitif. Au sud il s'étendait plus loin, jusque vers le milieu de la salle 37. Le mur de cette salle qui la sépare des salles 36 (à l'ouest de la porte) et 35, date de l'origine du château. La largeur de ce premier château est exactement celle de la salle 35. De ce côté par conséciuent, le mur ( i ) (|ui longe actuellement la cour verte et la cour de la Reine, du Dauphin ou de l'Œil de Bœuf n'est pas le mur extérieur primitif (2), mais a été élevé parallèlement à celui-ci, et «.n n produisant son aspect général, par Mansart (1699). C'est le même architecte qui a construit l'escalier et la petite pièce qu'on voit dans l'angle de la cour de la Reine (3). Mais le mur nord de cette petite pièce est à sa pla-

(1) Riprcsniti- pajÇC 198, tt MtiK- iiu-«k»u> lU la UUi\ M «iii j-i.iti .i i.i |»agC 201.

(2) B des plans, p. 200 et 201 ; C, autre mur primitif renforcé postérieurement à l'état représenté par le plan de Silvestre (p. 208).

Cl) \'oir le plan paRc mi. Sur la figure p. 203 cet escalier est vers la lettre E.

ce où finissait au sud le bâtiment principal de l'ancien château (salle 33 actuelle). La salle 50 ayant encore pour murs de tous côtés, sauf vers la terrasse, ceux de l'ancien pavillon décroché, il y a entre cette salle d'une part, la cour de la Reine et la pièce en arrière de l'escalier extérieur actuel, d'autre part, une étroite tranche de constructions qui remontaient déjà à Levau (1669). Mais touchant à la salle 50 d'une part, à la salle 33 d'autre part, un petit réduit se trouve encore à

la place d'un des petits escaliers qu'on voit sur le plan et les gravures de Silvestre ; accolés aux pavillons décroché^ et aux pavillons voisins, ils étaient surmontés d'une sorte de toit arrondi qui apparaît seul, vu d'en haut, sur le tableau de Patel (i).

Et c'est dans cet espace aujourd'hui inutilisé qu'il faudrait peut-être placer l'escalier par lequel Richelieu serait monté chez le Roi lors de la journée des dupes (11 novembre 1630). C'est à quelques mètres plus au sud, dans la partie ajoutée par Levau, que se trouve un esca-

lier à vis auquel on a souvent donné par

erreur la qualification d' « escalier des dupes » (2). Soit le réduit, soit l'escalier à vis manque sur beaucoup de

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