CHAPITRE III
Autres édifices publics
§ /. — Palais de justice de Paris (i).
Tandis qu'au Luxembourg S. de Brot. . ait édifié de toutes pièces un monument grandiose, au Palais de justice — précisément à
]a même époque — il n*eut qu'à reconstruire une salle faisant partie d'un ensemble de bâtiments subsistants (i). Il sut donner à son œuvre un caractère de majesté, et la mettre en harmonie avec ce qui l'entourait : « Obligé de se servir des substructions existantes, il adopta les dispositions de l'ancienne salle, c'est-à-dire qu'elle fut divisée en deux nefs par une série d'arcades ; seulement, d'ogivales qu'elles étaient, ces arcades devinrent plein-cintre et les piliers furent décorés de pilastres d'ordre dorique dans le style gréco-romain ; aux voiàtes de bois furent substituées des voiites en berceau et à plein-cintre appareillées en pierre (2). » Cette salle était longue de 122 pieds et large de 84.
Elle parut à ceux qui la virent rebâtir « plus belle beaucoup qu'elle n'estoit (3) ». Nous pouvons l'apprécier encore, malgré les incendies qui, de nouveau, Tout détruite en 1676 puis en 1871, car on l'a reconstruite en 1878 d'après les plans de 16 18 (4).
C'est un spécimen d'architecture d'autant plus intéressant à étudier qu'il est d'une espèce plus rare : en effet « l'Etat, au sens abstrait du mot, construisait peu » ; dans l'inventaire le plus soigneusement fait de tous les monuments de cette époque, on ne trouve précisément à citer pour cette catégorie que notre grande salle ; et on ne manque pas de faire au sujet du talent et du goût de S. de Brosse, des remarques confirmant pleinement nos conclusions antérieures sur d'autres œuvres du même architecte complétant des bâtiments déjà existants : « De Brosse appliqua là encore le principe antique. Si le plan général de la
(i) S. de Brosse fit sans doute disparaître tout ou ' partie de ce qui restait de l'ancienne grand'salle elle-même ; notant l'incendie du 7 mars 1618 dans son Journal, Arnauld d'Andilly dit : « Il ne resta chose quelconque de ladite « grand salle qui ne fust brûlée, hormis les murailles, les piliers et partie des statues des roys » (Recueil Conrart in-4°, t. XI, p. 425, mss. de la bibliothèque de l'Arsenal).
(2) L. Vaudoyer, Magasin pittoresque, 1845, p. 73.
(3) Mercure françois, 1619, p. 24.
(4) La vue que nous reproduisons d'après un dessin de J. van Marcke date du second Empire.
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salle et la conception d'ensemble, qu'il eut le bon goût de conserver, appartiennent au moyen-âge, il était à coup sûr impossible de les transposer plus heureusement. Le dorique plus ou moins conventionnel qu'il adopta convenait très bien à sa destination par la sévérité de ses lignes (i). »
« C'était austère et froid, mais ample et majestueux : la justice avait donc là son digne portique. De Brosse l'avait fait un peu obscur. La grande salle n'était éclairée que par une grande baie cintrée à chaque extrémité des nefs : ce n'était pas assez ; en 1683 on pratiqua des œils-de-bœuf (2). »
H. Sauvai qui la connaissait bien, étant avocat au Parlement, nous apprend que la grand salle du Palais — comme le château de Coulommiers — n'avait pas reçu la décoration complète projetée par l'architecte : « On l'a voûtée de pierre de taille et accompagnée de piliers et pilastres doriques avec des pierres d'attente pour y élever la figure de nos rois. Toute dénuée qu'elle est de ces statues peut-être est-elle encore la plus garndc et la plus magnifique de VEurope. » Ces superlatifs reviennent sous la plume de Sauvai chaque fois qu'il rencontre une œuvre de S. de Brosse (3). Nous les retrouverons encore à props du portail de Saint-Gervais.
(i) Lemonnikr, l'Art français, p. 230.
(2) HoFFBAUER, Ports à travers les âges. 2' éd., le r.tl.n- de justice, p. 45. Cette salle, « triomphe de Jacques Debrosses » est représentée, telle qu'elle était au moment de la Révolution, dans le triomphe de Marat, tableau de L. Boilly appartenant au musée de Lille, et, « d'une vérité en quelque sorte photographique » (art. de M. L. Gonse dans la Gasette des Beaux-Arts, 2* période, t. IX, p. 148). Lors du centenaire du rétablissement de l'ordre des avocats, le II décembre 1910, quatorze cents convives ont pu facilement prendre place au banquet organisé dans cette salle, mais parmi les discours prononcés à cette occasion, aucun n'a nommé l'architecte de ces murs « demeurés debout à travers tant de vicissitudes, comme la France dont ils renferment en grande partie l'histoire » (toast du bâtonnier M* Busson-Billault).
<'3) T. H, 1 .1, édition de 1724.
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§ ^. — Palais de justice de Rennes
Les plans du palais du Parlement de Bretagne sont les seuls que nous possédions tracés par la main même de Brosse (i). Ce sont aussi les seuls qui, dans leurs grandes lignes, puissent être superposés, en coïncidant exactement, aux plans des édifices que nous voyons aujourd'hui ; tandis que les palais de la reine-mère et du roi ont été englobés dans les constructions ultérieures, celui des magistrats bretons du XVII* siècle a conservé au xx^ ses mêmes limites et constitue toujours un ilôt à part. Des trois plans de 1618 qui existent encore pour les divers étages, celui du rez-de-chaussée est le moins semblable à l'état actuel des lieux.
'A Rennes comme à Versailles, comme à Paris, les architectes des siècles suivants ont enlevé à l'aspect extérieur de l'édifice dessiné par S. de Brosse, certains traits essentiels de sa physionomie primitive : cependant la transformation ou déformation a été moins radicale ici qu'ailleurs ; elle consiste surtout en la démolition d'un escalier qui était unique en son genre, à notre connaissance, dans l'œuvre de Brosse. Le rez-de-chaussée de la façade actuelle est dû, dans sa partie centrale, à Gabriel, auteur des remaniements commencés en 1726 (2). Il y avait là, antérieurement un grand perron « carré, à joints ouverts, avec balustres ronds et double rampe de trente-trois marches chacune », et la terrasse était large de huit mètres. Pour aménager directement l'accès du premier étage par l'extérieur, S. de Brosse résolvait ainsi un problème que son cousin Du Cerceau devait traiter bientôt à sa manière en construisant l'escalier du « Fer à cheval », devant le palais de Fontainebleau.
Le plan du palais de Rennes ressemble à celui du Luxembourg que Brosse était en train de faire exécuter. On peut l'inscrire presque
(i) On peut y joindre la reproduction du plan du temple de Charenton dont il est question ci-après § 4. Comparer pages 76, 77 et 88.
(2) Les archives départementales possèdent tout un dossier (intendance de Bretagne, G. 315) : papiers et plans de Gabriel relatifs à la démolition du grand perron et de la terrasse, etc. (Gf. M. Banéat, le Vieux Rennes, Rennes, 1907).
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exactement dans un carré parfait, mais il n'y a de pavillons qu'aux deux angles de la façade.
Comme élévation, chacun des quatre côtés comporte deux étages, ce qui ne se voit dans aucune autre œuvre de Brosse. Il en résulte que la cour a un aspect tout particulier, non sans charme, mais assez sévère. Lorsque je la visitai je revenais de Florence, où j'étais allé comparer le palais Pitti avec notre Luxembourg ; une autre comparaison, à Rennes, s'imposa à mon esprit ; par certains aspects, avec ses grandes arcades et son escalier intérieur aux marches larges et droites, la cour du Parlement de Bretagne a quelque chose du Bargello de Toscane (i). Mais l'ombre si agréable sous le ciel de l'Italie est bien sombre sous la brume du Nord.
Comme dimension, la façade n'a que les deux tiers de la longueur de celle du Luxembourg ; un des traits les plus caractéristiques et les plus heureux est que les combles, à pente très inclinée comme sur les pavillons du Luxembourg, présentent une surface tout unie, sans cheminée, fenêtre ni lucarne d'aucune sorte.
Nous avons retrouvé, grâce au savant archiviste d*Ille-et-Vilaine, une description technique presque contemporaine du plan du palais, document beaucoup trop détaillé pour en reproduire ici la teneur, mais dont nous citerons quelques pages, car il n'existe rien d'analogue pour aucune autre œuvre de S. de Brosse, sauf le Luxembourg : c'est le devis dressé par Corbineau, l'architecte-entreprencur général qui prit la « conduite » des travaux en 1624 (2). Il indique très exactement ce qui « est » déjà fait et ce qui « sera » à faire, donnant ainsi une idée de l'état d'avancement des travaux six ans après la pose de la première pierre.
Voici comment il entre en matière sans préambule :
« Le diot bastimcnt contient à la rctraicte de pierre de taille en la quadrature du costé d'oriant neuf vingtz treize picdz qui faict à toise trente et deux toises un pied de six pieds la toise de dehors en dehors. Et autant du costé d'occidant. Et du costé du midy contient neuf!
(i) Voir illustration ci-après, pa^c 22ji.
(2) Voir ci-dessus, i*^ partie, chap. II, § 4. p. 81.
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viiigtz dix piedz huict poulces qui sont trente et unne toizes quattre piedz huict poulces le tout de dehors en dehors et aultant du costé vers septantrion. Les costieres de dehors vers oriant, occidant et septantrion sont eslevées prestes à recepvoir le cordon, en tout cas ne peut rester au plus que troys poulces à faire ce qu'il est requis
Le devant dudict bastiment sera basty (i) en forme de rustique comme il est planté aux deux costieres jusques au premier estaige prestes à recevoir les embasses, lesquelles embasses auront ung pied et demy de hauteur pour venir à la haulteur du cordon ainsin que porte le dessing.
A la face de devant y a deux pavillons sçavoir ung vers oriant et l'autre vers occidant, entre lesquelz est unne terrasse ouverte par croisées carrées entre lesdictz pavillons et le perron qui sera planté, au devant du millieu de ladicte terrasse, entre chacun desquelz pavillons et ledict perron y a trante et deux piedz de chasque costé, au millieu de laquelle espace y a ung pillier de chasque dict costé à la haulteur de neuf assizes comprins l'embasse qui porte la rustique, lesquels pilliers ont huict pieds huict poulces de face sur l'embasse par le devant, et cinq piedz d'espoisseur. Le devant et deux costés faictz en forme de rustique et le derrière gorge de grain.
La dicte terrasse contient cent onze pieds. Chacun desdictz pavillons contient de dehors du costé d'oriant trente et neuf piedz. Ledict perron contient à sa longueur cinquante piedz auquel n'a esté encore travaillé. Et n'y a que les attentes dans les fondemans de ladicte terrasse. Sellon le plan y a trois marches a monter de dehors sur le premier carrefour dudict perron, etc. »
Décrivant l'intérieur P. Corbineau note de même l'état en 1624 et les travaux à exécuter pour réaliser le plan de 1618 : par exemple « la grand chambre a de longueur trante et ung pied et de largeur trente piedz ; elle sera voustce en arc de clouastre, un pillier au milieu a trois pieds en tour, lequel est encommancé ». Au « second estaige, costé de midy » la « grand salle des procureurs » a « de longueur cent douze pieds et la muraille a d'espoisseur cinq pieds ».
(i) C'est nous qui soulignons ici et plus loin.
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Si vaste que soit cette salle elle est donc de dimensions beaucoup moindres que la salle qu'on était en train de reconstruire au palais de justice de Paris sur les plans du même architecte, mais la décoration devait être plus riche : « Le long de la muraille il y a l'arc qui règne tout le long la frize et la corniche lesquelles ensemble ont de haulteur quattre piedz et demy les piedz droit au basses coullonnes, imposte, chapiteaux, arc qui vaut frize et corniche sont faictz de Tordre doricque avecq tous ses ornemantz d'arquitecture et toutes les dictes pierres se retournant sur les coullonnes et pillastres, scîlon l'ordonnance qu'en a donné le sieur Brosse arquitecte du Roy. »
P. Corbineau nous renseigne enfin sur certains détails très minutieusement poussés dans les dessins de S. de Brosse et qui, à notre connaissance, n'ont pas été exécutés, ceux-ci par exemple, relatifs aux ornements en plomb pour les angles du palais : « Et pour le regard de la grand salle et pavillons qui regardent le midi, faut que ce soit du plomb qui soit tout doré avecq rozes et feuillages et bouttons pandans ; des plomberies aux quattre coings du pallais avecq voises corps carrez, et ausdicts voises six muffles de Lyon et linges sortans de la gueule dudict lyon et que ledict linge soit pendant et au bas dudict vaze gaudronné de rellief, et sur le sault dudict vaze il y a ung ballustre fort eslevé de quoy il sort des fourceaulx forme feuillage tout dorez et faut les faire en telle façon qu'ils soient faictz sellon le desseing qu'en a donné Monsieur de Rrns^c (sic) anniitocte du Roy qui est entre les mains du conducteur.
A la fin de la première partie du Mémoire constituant une sorte d'état des travaux faits et à faire en maçonnerie, on lit ces réserves lelativement aux détails d'ornementation ijuc Corbineau désirait ne pas exécuter : « Seront tenuz les preneurs qui prendront taille et niassonnerye de prandre alignements et panneaux de toutes sortes et mesures et esligissemans du conducteur de l'œuvre scUon et au dcsir des plans et eslevations qu'en a fait le sieur de Brosses (sic), arquitecte du Roy, lesquelz plans et eslevations sont entre les mains dudit conducteur. Aussy les dictz preneurs ne seront point tenuz de faire aucune des figures portées au f)lan et eslevations si messieurs ne les y oblige cy apprè^. •>
Suit un « Mémoire et devis du bois qu'il convient pour faire les cintres et la façon d'iceux cintres pour achever toutes les voustes qu'il faut pour mettre le palais en sa perfection tant en chambres, celliers, portes, arcades, que cheminées, tant dehors que dedans. » Enfin divers mémoires pour la charpente, le plomb, etc., permettent d'apprécier avec quels matériaux de choix le « conducteur » désirait réaliser les projets de l'architecte, et allier, selon la méthode constante de Brosse lui-même, la solidité et l'élégance.
En fait de documents iconographiques, le plus ancien que nous connaissions remonte à l'année même de l'achèvement de l'édifice : 1654 ; C'est une thèse d'inauguration du palais ; sur la gravure (une des premières œuvres de Gabriel Lebrun), on voit très bien une partie du grand escalier qui orne alors la façade (i) ; il apparaît plus majestueux encore sur une autre thèse, illustrée trente-quatre ans plus tard d'une magnifique estampe représentant Louis XIV et son fils devant la façade du palais (1690). Cette thèse a été soutenue par les élèves du collège des Jésuites dans la salle des Pas-Perdus pour célébrer le retour du parlement, quelque temps exilé : « Le programme représente le roi accordant au génie de la ville la rentrée de la Compagnie, figurée par la Justice et les Vertus, dans le palais, qu'elle n'a plus occupé depuis 1675 (2). » L'artiste rennais F. Huguet a plusieurs fois reproduit la façade du palais, d'abord avec l'escalier subsistant après l'incendie de Rennes en 1720 (3), puis sans escalier que Gabriel vient de faire démolir (4).
(i) Dans son bel ouvrage sur le Parlement de Bretagne (Rennes, Plihon et Hommay, 2 vol. in-4°, 1909) M. F. Saulnier n'a pas entrepris d'écrire l'histoire du palais, renvoyant pour cela (t. I, p. XXI, n. 2) à l'étude de M. Bourdonnay. M. le comte de Palys a décrit la gravure de Lebrun dans Les thèses bretonnes illustrées (n° XXXI), Vannes, in-8, 1890, p. 30.
(2) L. Decombe, J.-F. Huguet, Rennes, 1903, in-8.
(3) Construction de la place du palais, aquarelle d'après laquelle a été fait un dessin à la plume que reproduit M. F. Saulnier au frontispice de son tome IL
(4) Vue de la place du palais, reproduite par M. F. Saulnier, t. II, p. 665. Cf. t. I, p. XVII : vignette représentant l'ensemble de la façade d'après les Consultations et observations, etc. de P. Hevin, Rennes, Vatar, in-4°, 1736.
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Pour la description de Tédifice dans son état actuel, nous aurons recours à la plume d'un des historiens qui l'ont récemment étudiée
PARLEMKNT DR liRETAONK. KAÇADR
(i) F. Saulnikr, op. lit., t. I, p. XXill, n. 2, dit que l'exemplaire reproduit ir nous et apparlcnnnt au Mtt^éc archéologique de Rcnnen est le seul coiinu
î '^ ■ Palys, ot
avec le plus de compétence et on pourrait presque dire le plus d'amour, M. Banéat (i).
(( La façade sud comprend un corps principal flanqué de deux ailes très saillantes et se compose d'un rez-de-chaussée en granit vermiculé et à joints ouverts [c'est-à-dire d'un style rustique beaucoup moins rugueux qu'au Luxembourg et au Pitti surtout], et d'un étage en pierre blanche surmonté d'un toit très élevé ; la partie centrale est percée de trois portes et de quatre fenêtres ; les fenêtres et deux des portes, qui sont d'anciennes fenêtres, ont leurs sommets légèrement arrondis, leurs clefs de voûte sont sculptés de têtes de fem mes accostées de volutes. L'étage supérieur présente sept grandes fenêtres en plein cintre garnies autrefois de petits carreaux plombés ; la fenêtre centrale est accostée de chaque côté de deux colonnes Toscanes jumelles ; les autres fenêtres sont séparées les unes des autres par des pilastres jumeaux. Les ailes sont percées, comme au rez-dechaussée, de deux fenêtres sur la façade et d'une troisième du côté de l'angle rentrant ; ces fenêtres sont surmontées d'un fronton triangulaire. Chaque aile est ornée à ses angles de deux pilastres doriques jumeaux et d'un autre pilastre entre ses deux fenêtres. Au-dessous de cet étage court une frise ornée de triglyphes et de gouttes ; elle est sculptée altetnativement entre les triglyphes d'une moucheture d'hermine et de deux L entrelacées et couronnées ; ces motifs sont remplacés au-dessus des doubles colonnes du centre et des doubles pilastres, par une balance. La base du toit est ornée d'une galerie à balustres ronds dont le centre est occupé par un cadran solaire monumental (2). [Nous avons vu dans l'album de 1607 des études spéciales de Brosse pour ce genre de travail]. Ce cadran se compose d'un grand rectangle de maçonnerie enfermé dans un riche encadrement ; il est flanqué de
(i) P. Banéat, le Vieux Rennes, Mémoires de la Société archéologique d'Illect-Vilaine, t. XXXVI, Rennes, 1907, p. 40 et suivantes ; tirage à part, Rennes, Prost, in-8, 1907.
(2) « Cette balustrade », remarquait M. Laloy, architecte, dans un rapport de 1885, « ménage une transition heureuse entre l'ordonnance du premier étage et la naissance des toits immenses de l'édifice ». S. de Brosse a employé le même ornement au Luxembouig par exemple (voy. p. 49).
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chaque côté de deux pilastres corinthiens et surmonte dune frise sur laquelle sont sculptées deux branches passées en sautoir et chargées au centre d'une moucheture d'hermines. Un fronton arrondi lui sert d'amortissement, il renferme un écusson ovale, timbré d'une couronne royale et posé sur un grand cartouche enroulé ; deux guirlande< d*fleurs et de fruits avec des liens en achèvent Tornementation. »
Dans la grande cour intérieure (dont chaque colé était comix>sé de cinq travées régulières), on reconnaît bien le goût de S. de Brosse aux Laies plein cintre, aux trumeaux en bri<iuc8 encadrés et ornés de pierre, à la corniche soutenue par une file de modillons, enfin aux œils-de-fxcuf des combles. Tout autour de la cour, au premier étage, une galerie donne accès aux salles. Les fcnèlrt-s cintrées étaient jadis garnies de vitrages en petits châssis plonil)é<. \ 1 nit.inin nous citerons seulement la salle des Pas-Perdus longue de 30 m, (lO, large de
12 m. 80, haute de 13 m. sous le point culminant de la voiàte. « Immense assemblage de madriers, elle repose sur des pieds-droits hauts de 7 mètres, surmontés d'une corniche d'ordre corinthien qui règne tout autour de la nef. Onze baies dont sept prennent jour sur la place du Palais, éclairent la salle (i). » Quant à la grand chambre, <i l'enceinte judiciaire la plus somptueuse, la plus belle, la plus artistique du monde entier (2) », les décorations sont trop postérieures au plan de Salomon de Brosse pour qu'on puisse distinguer avec précision ce qui lui revient. Les proportions (20'"40 X 10^65 X 7""2o) sont majestueuses.
D'une façon générale, l'aménagement était entendu d'une manière très pratique, avec dégagements nombreux, pièces indépendantes grâce à la galerie entourant la cour et donnant directement accès dans la plupart des salles, qui cependant communiquent par des portes intérieures, avec les salles voisines. Les divers services étaient groupés de façon très rationnelle, conciergerie et prisons au rez-de-chaussée, salles accessibles au public plutôt au premier étage, pièces réservées aux magistrats plutôt au second. Comme au Luxembourg, il y avait une chapelle.
Ainsi S. de Brosse avait trouvé la formule exacte pour un édifice correspondant bien à sa destination, à la fois grave et somptueux, digne d'un « parlement » et d'une « capitale » comme le voulaient les magistrats et les bourgeois qui s'étaient entendus pour le faire édifier.