‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 64 sur 102 · PORTAIL DE SAIXT-GERVAIS · texte numérisé non relu

PORTAIL DE SAIXT-GERVAIS

considéré comme un chef-d'œuvre et devint pendant longtemps le type des portails d'église qu'on éleva en France (i). »

De nos jours on a souvent jugé ce travail avec sévérité, comme une <.' construction doublement factice, car elle est apposée à une église avec laquelle elle ne fait pas corps ; S. de Brosse y a purement et simplement transporté de prétendus ordres antiques superposés (2) ». Mais d'autres appréciateurs — dont nous avouons partager plutôt les sentiments admiratifs — persistent à regarder ce portail comme une « merveille » qu'il importe de « réhabiliter » (3).

Pour nous qui avons déjà reconnu dans tant d'autres œuvres du même architecte les monuments qui ont servi d'exemples et de modèles à beaucoup de constructions ultérieures, il est intéressant de comparer, ici encore, ce portail de Saint-Gervais d'une part avec ceux qui ont pu jouer le rôle de prototype à son égard, et d'autre part avec ceux qui en ont reproduit les dispositions plus ou moins servilement durant tout le cours du xvii^ siècle. M. Lemonnier cite en effet avec raison, vu son importance et sa date, Saint-Gervais en tête des églises construites ou complétées à Paris de 1610 à 1660 (4).

Cent ans avant, S. de P> rosse (15 16), chargé par Léon X de présenter un projet de façade pour San Lorenzo, Michel- Ange « ne se préoccupe

pas un instant de savoir s'il doit adapter sa façade au monument ; sans

aucun souci de marquer les dispositions intérieures de l'édifice, il dresse une muraille gigantesque, un mur de Titan, un grand carré, et ce sera pour lui comme un tableau sur lequel son ciseau de sculpteur et d'archilecte dessinera toutes le imaginations de sa pensée » (5).

Cette façade n'a jamais été exécutée à Florence, et S. de Brosse n'a pas adopté une forme aussi « élémentaire » et aussi « brutale ». D'ailleurs, dans un pays où les toits ont plus de pente qu*en Italie et

(i> L, \'Ati>ovKR, Palria, 1H46, |>. J174

(2) Lemonnier, l'/lrt français, p. 225.

(3) Lettre particulière adressée à l'auteur par M. Louis Dimicr en 1909.

(4) L'/lrt français, p. 223.

(5) M. Revmond. l'Architecture italienne au XVr sihle. dans VHistoirt df

l'Art publiée sou» la clircrtirm A- W ^ \t;,iw.i ,.. iv !" ...n... .. ^ Pari»,

Colin, 1909, in-4*.

OÙ on ne connaissait pas les façades de palais aux longues corniches, la surélévation de la partie centrale, à Saint-Gervais, s'imposait, plus encore que dans les autres églises italiennes du Gesù et de San Andréa délia Valle (i).

L'église du Gesii, à Rome, est considérée comme « l'aboutissant de tous les efforts tentés depuis plusieurs siècles par l'architecture italienne (2) ». C'est une des œuvres les plus caractéristiques de l'illustre

architecte Giacomo Barozzio surnommé Vignola ; il en commença la construction en 1568 et mourut en 1573, laissant le soin de la terminer (en 1575) à Jacques de la Porte dont le nom — tant il a vécu en Italie — a été souvent traduit Giacomo délia Porta. Lùbke a ainsi décrit les traits propres à Vignole dans l'histoire de l'art :

(( Sans se laisser distraire par l'exemple de Michel-Ange, il s'efforça de s'en tenir plus fermement à l'étude de l'antiquité classique, et chercha à faire prévaloir ces idées tant par son exemple que par son enseignement, notamment par son traité des cinq ordres de colonnes. » [Nous

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