TEMPLE DE CHARENTON
galdîit de février 1686 : « Le plan de ce temple étoit un quarré long, percé de trois portes, sçavoir une à chaque bout, et une au milieu d'une des grandes faces. Il estoit éclairé par 81 croisées en trois étages, l'une dessus l'autre, élevées de 2y pieds jusqu'à l'entablement. Il avoit de longueur 104 pieds dans œuvre, et 66 pieds de large, aussi dans œuvre. Les murs avoient 3 pieds 1/2 d'épaisseur par le dedans. Il y avoit une grande nef ou plafond dans laquelle estoient les Tables du Vieux
SECOND TEMPLE DE CHARENTON i XTÉRIBURK
Réduction d'une estampe de Mariette
et du Nouveau Testament, écrites en lettres d'or sur un fond bleu, qui avoit esté peint exprès sur les lambris de la voûte de ladite nef, laquelle estoit de 74 pieds de long sur 35 pieds de large, et au pourtour de laquelle estoient 20 colonnes d'ordre doricpic de 21 pieds de haut et qui formoient trois étages de galeries, au pourtour desquelles on monloit par quatre escaliers (|ui estoient dans lesdits (|uatrc angles. La
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les bois d'une considérable longueur. Il y avoit un clocher dans lequel cstoit une cloche de trois pieds de diamètre qui pesoit deux milliers environ. La lanterne de ce clocher estoit revestue de plomb et tout le reste du comble couvert de thuiles en pavillon. »
Les combles du temple étaient sans doute très élevés, comme pour vous les autres bâtiments construits par S. de Brosse (au Luxembourg, au palais de Rennes, à la « Maison jaune » de Montlaville, etc.). C'est par une fâcheuse erreur de perspective que les gravures représentent ce toit comme très écrasé (i). La même erreur se trouve sur certaines gravures représentant le Luxembourg, tandis qu'elle n'existe pas sur d'autres. En ce qui concerne le temple de Charenton nous n'en connaissons, à vrai dire, aucune estampe qui donne de l'aspect extérieur une idée tout à fait exacte. Les lucarnes, les fenêtres et les pilastres, généralement indiqués — lorsqu'ils le sont — d'une manière très sommaire, avaient sans doute à Charenton des formes très analogues à celles que S. de Brosse a employées dans les autres édifices.
§ 5. — Aqueduc d'Arcueil.
De même que pour le temple de Charenton, Salomon de Brosse s'est inspiré manifestement des œuvres de l'antiquité pour la construction de l'aqueduc d'Arcueil (2). Comme au Palais de justice, comme à Saint-Gervais, il s'agissait de faire œuvre originale tout en suivant les grandes lignes d'un monument antérieur : les Romains avaient déjà amené les eaux des sources qui sont au sud de Paris jusqu'à la capitale en traversant la vallée de la Bièvre. « Salomon de Brosse s'inspirant de l'exemple des anciens sut imprimer à l'aqueduc un caractère à la fois grandiose, solide et monumental. La simplicité et le
(i) Ainsi sur la gravure que nous reproduisons et au-dessous de laquelle on lit : « Veiie du Temple des Calvinistes vulgairement appeliez huguenots, et partie du Village de Charenton prise du costé du Parc de Vincennes. P. Mariette exe. »
(2) Voy. illustration ci-dessus, p. 69.
AOUEDUC D ARCUEIL
juste rapport des masses, la combinaison de l'appareil et le choix des détails font reconnaître un architecte habile (i). »
L'un des architectes chargés au xix* siècle des travaux du Luxembourg — un des continuateurs de Brosse, par conséquent — estimait Taqueduc d'Arcueil « comparable aux plus beaux monuments que l'antiquité nous ait laissés en ce genre (2). » « La longueur totale était de 200 toises environ (390 mètres), la hauteur, de 12 (24 m.), il y a 25 arcades dont 9 ajourées de 4 toises de diamètre, et 16 murées de 5 toises de diamètre (3). » « L'acqueduc est soutenu par des piliers et contreforts couronnés d'une corniche à modillons d'un beau caractère. Il fut payé 460.000 livres par la municipalité parisienne (4) ».
(i) L. Vaudoyer, Magasin pittoresque, 1845, p. 77.
(2) De Gisors, cité dans la France protestante, 2' édition, t. III, col. 203.
(3) Voyage pittoresque de la France, in-folio, Paris 1784 ; estampes, n°' 27 et 28 : « 1° une vue prise dans l'enclos du vieux château ; 2" Vue d'une porte
dessinées par T.. nil-
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Nous avons lait plus
qui sert de passage pour arriver à lion, gravées par Duparc.
(4) Ch. Lucas, Gronde Encyclopédie, t. \ill. , /■ haut quelques emprunts à un Mémoire manuscrit sur les fontaines et aqueducs de Paris dont les extraits se trouvent à la Bibliothèque de l'Arsenal. On y lit (n" 3938, p. 22) : « Le 26' et dernier regard qu'on nomme le château d'eau est un pavillon de pierre de taille bien bâti qui est situé au-delà de la barrière de la rue d'Enfer un peu en deçà de l'Observatoire, et vis-à-vis la maison des prêtres de l'Ora- ciiatka toirc dite de l'Institution ;
au milieu de ce regard est K- bassin de réception, « ' pavillon qu'on
core 71, rue Dcnfcrt-Rochcreau, à côté de la maison du Bon Pisleur. et, être l'œuvre de S. de Brosse.
§ (5. — Fontaine de Médicis
L'aqueduc romain avait pour but d'amener l'eau aux thermes de Julien ; le nouvel aqueduc, de même, était destiné surtout à pourvoir aux besoins du jardin et du palais du Luxembourg, mais il alimentait aussi des fontaines situées dans divers quartiers, et, dans le jardin, celle qu'on appelle aujourd'hui encore fontaine ou grotte de Médicis, près de la rue du même nom. Telle qu'elle fut exécutée d'après les dessins de S. de Brosse « elle n'avait pas de revers et était (( adossée à un ancien autel (i) ». On la voit sur le plan de Gomboust à la limite nord-est des jardins, et sur le plan de Turgot elle est adossée à la chapelle du séminaire Saint-Louis qui donnait sur la (( place Saint-Michel » de ce temps-là.
Des remaniements importants ont été faits aux alentours, notamment en 1863 ; la partie essentielle subsiste telle quelle, et c'est « un morceau d'architecture d'un grand effet décoratif. Cette grotte a été construite à l'imitation des nymphées et des fontaines à portiques que l'on rencontre dans les palais italiens. Là encore, malgré les souvenirs, Salomon de Brosse a su composer une œuvre originale pleine de grâce et d'harmonie. L'édifice d'ordre toscan, est soutenu par quatre colonnes rustiques chargées de congélations. L'entrecolonnement du milieu est occupé par une niche surmontée d'un attique et d'un fronton circulaire. Au centre de l'attique est un grand écusson aux armes accolées de France et de Médicis. De chaque côté s'allongent des figures marines. Les deux autres entrecolonnements sont également percés de niches plus étroites. Cette fontaine a été replacée plus en avant de la longue avenue qui la précède, et on a complété alors sa décoration en posant dans la niche centrale un groupe de Polyphème et deux autres statues dans les niches adjacentes pour remplacer celles qui en avaient été enlevées (2). » Avant ces- remaniements, la statue qui occupait la niche centrale était une Vénus de Médicis.
(i) Moniteur du 8 juillet 1863.
(2) A. DE CriAMPEAUX, L'art décoratif dans le vieux Paris (Galette des Beaux- Arts, 1890, 3' période, t. IV, p. 481 ; à la page 488 est une belle reproduction • de la grotte).