TEMPLE DE CHARENTON
SECOND TEMPLE DE CHARENTON DÉTRUIT EN 1685 (l)
§ ^. — Temple de Charenton.
Pour le temple de Charenton nous ne connaissons, en fait de document original, antérieur à la construction, qu'un plan du second temple (2). La planche du recueil de Marot est aussi faite, d'après la légende, « du dessin du S'' de lîrosse (3) ».
On ne sait presque rien du premier temple de 1606 que nous attribuerions volontiers déjà à S. de Brosse. 11 n'en reste plus qi fondations : mu vaste voûti vu l.ruran solidement < t élégamment
(i) Cliché prêté par la Société de l'histoin «lu protestantisme ;
(2) Gillc Saia'<^:, Reiglc des cinq ordres d'architecture, 1662 (collection 1><tailleur. Bibliothèque nationale) plan « paraphé le seizième jour de juin '
« par les pnts (présents ?) Marbault, Hureau et Noretz entrepreneur pnxluit dans un spécimen d'un ouvrage projeté par M. de Cîeymuller ci qui n'a, croyons-nous, pas paru :« Photnfjrnfhic thésaurus of architecturt » (Bibl. soc hist. prot.).
(3) Bull. hist. prot., 1856, p. i,.^ .; ^^5 p. J97 : estampes de
A. et B. de Hoog, Seb. le Clerc et un anonyme Icstus page 88.
construite sous le jardin à Test de l'établissement des sœurs de la Providence de Saint- Vincent-de-Paul à Saint-Maurice (i) ; quant à la superstructure on peut en avoir une idée par une petite gravure de Jean Marot que nous reproduisons (2). Le temple s'élevait sur le penchant du coteau, en haut d'une côte assez raide. Un visiteur allemand de 1613, Neumayr, précepteur du duc de Saxe, lui consacre trois lignes peu flatteuses mais qu'il faut reproduire parce que c'est la seule description que nous possédions : « C'est une méchante bâtisse à un seul étage haute d'environ huit aunes, recouverte au lieu de voûte d'un simple plafond de poutres. L'intérieur est revêtu tout à Tentour d'une large galerie garnie de chaises et de bancs (3). »
Il faut nous rappeler qu'en 1606 les protestants n'étaient admis à célébrer leur culte à Charenton que par simple tolérance ; les catholiques protestaient contre la construction d'un temple ; ils n'auraient pas permis qu'on lui donnât la forme ordinaire d'une église, les protestants eux-mêmes, à cette époque, en France, n'étaient pas bien fîxés sur les dispositions à donner à leurs édifices religieux. S. de Brosse devait, ici plus que nulle part ailleurs, faire œuvre créatrice. S'il fut l'auteur du premier temple, ce n'était en tout cas qu'une simple ébauche ; lorsqu'en 1623, après la destruction, il fut appelé â reconstruire un nouveau bâtiment, il adopta bien les mêmes dispositions générales mais sur de beaucoup plus vastes proportions ; la Parole de Dieu étant le centre de la foi et du culte dans le protestantisme, S. de Brosse, avant tout, chercha le moyen de réunir autour de la chaire du prédicateur dans un espace assez limité une foule qui s'éleva souvent à quatre mille auditeurs, mais il s'efforça aussi de donner à son œuvre un cachet artistique qui frappa les contempo-
(i) La hauteur de la voûte est d'environ 2 m. 60, la largeur environ 4 m. 80, la longueur environ 13 m. ; l'escalier par lequel on descend actuellement dans la cave est moderne, on y accédait autrefois par une entrée aujourd'hui obstruée du côté méridional.
(2) Ci-dessus, p. 40.
(3) Relation (ms. biblioth. de Strasbourg), citée dans Bull. hist. prot., 1886, P- 503.
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tûiiis. Le temple de Charenton devint rapidement célèbre en France et hors de France. En Allemagne, avant et après la révocation de TEdit de Nantes, plusieurs églises — dont quelques-unes subsistent encore aujourd'hui — ont été construites (en plus petit) sur ce modèle par des architectes français (i) ; « La destinée, dit une histoire de l'architecture ecclésiastique publiée par une association d'architectes allemands, « la destinée a entouré d'une auréole le temple de Charenton il a été le point de départ d'une tradition importante, d'un caractère très original. »
M. L. Vaudoyer a recherché où S. de Brosse avait pu trouver les principes dont il s'est inspiré pour une œuvre nouvelle, mais répondant à des besoins analogues à ceux que satisfaisaient déjà certains bâtiments anciens : u II eut l'idée de reproduire la disposition de la basilique, probablement celle de Fano, décrite par Vitruve, et, il faut en convenir, il n'est pas resté beaucoup en dessous de son
(i) Der Kirchenbau des Protestantismcs von dcr Reformation bis sur Gegenivart, herausgegeben von der Vereinigung Berlincr Architekten, Berlin, 1^3. P- 471- Deux gravures (p. 57 et 59) ont beaucoup d'analogie avec le plan et la coupe du temple de Charenton (p. 474).
La Friedenskirchc élevée à Jauer en 1654-1655 par Alb. de Saebisch a un plan rectangulaire et trois étages de galeries, mais la chaire est dans un chœur spécial. Il y a 3500 places ; « l'ensemble fait l'impression non d'une basilique, mais d'une salle entourée de galeries » ; le même architecte construisit i Schweidnitz une église pouvant contenir jusqu'à 4500 personnes ; à Erlangen, dans Valtstàdter Kirchc bâtie en 1655 il y a deux étages de tribunes ; les colonnes qui les supportent ne montent pas jusqu'au plafond comme c'est le cas à Jauer.
Encore à la fin du .wii' siècle le parent de S. de Brosse Paul du Ry construisant l'église française de Cassel (1698) s'inspirait manifestement du templetype de Charenton (O. Gerland, Paul du Hy, etc., Stuttgart, 1895, p. 10 ; sur la façade, reproduite dans cet ouvrage, je remarque quatre pilastres d'ordre toscan Cl un fronton courbe ; les fenêtres sur les quatre faces de l'édifice allaient (comme à Charenton) p«>ur les deux étages siipéricurs, de haut en bas sans interruption, paraissaii us élancées. ;i partie semi-circulaire au som-
modèle (i). » M. de Geyjniillcr (2) conteste cette assimilation ; il trouve d'autant plus remarquable Teffort fait par S. de Brosse pour s'affranchir des traditions séculaires concernant la disposition intérieure d'une église chrétienne.
La prédication occupant en effet dans le culte des Eglises réformées de France, au xvii^ siècle plus encore qu'au xx% une place très importante, et d'autre part le nombre des lieux de culte autorisés par l'Edit de Nantes étant excessivement limité, c'était des milliers d'auditeurs qu'il fallait mettre à même de bien entendre chaque dimanche les pasteurs de Charenton. De là cette disposition du temple qui surprend au premier abord parce que cette double rangée de galeries sur trois côtés rappelle plutôt une salle de conférences ou de spectacle, qu'une cathédrale (3). La surface des places occupées par 4.000 auditeurs à Charenton n'était encore, d'ailleurs, que le quart de la superficie de Notre-Dame (4).
Voici la description donnée au moment de la destruction du tem-" pie, après la révocation de l'Edit de Nantes (5) dans le Mercure
(i) Magasin pittoresque, 1845, p. yy.
(2) Il est en effet, d'après les papiers de M. Read, l'auteur des pages consacrées à Charenton dans : der Kirchenhau des Protestantismus, etc., 1893, p. 475.
(3) On a reproduit dans le Bull, de l'hist. du prot. (1900, p. 523 et 1906, p. 351) line curieuse petite peinture de l'album de F. C Deublinger entre 1639 et 1648 (Bibliothèque royale de Copenhague, fonds Thott, N" 434, in-8'') ; cf. vue intérieure au moment de la destruction {Bull. 1906, p. 321 et ci-dessus, p. 235).
(4) On a souvent prétendu — probablement en perpétuant quelque fausse lecture ou faute d'impression — qu'il y a eu jusqu'à 14000 auditeurs dans le temple de Charenton. Le chiffre 4000 me paraît bien établi par M. Douen {Bull, hist. prot., 1876, p. 384). La superficie du temple était, d'après lui, de 621 mq. 94, celle des galeries de 702 mq. 84, total 1324 mq. 78 ; la superficie de Notre Dame (sans les tribunes) est de 6240 mq. M. Douen dit que le temple était « admirablement aménagé et imposant à l'intérieur ».
(5) Bulletin hist. prot. (1856, p. 169, et 1885, p. 393). D'autres documents du même moment notent que « la charpente du centre est « d'une force et d'une « liaison extraordinaire » et que « la lanterne est un morceau de charpente (( considérable par sa grosseur et sa solidité » (Bibliothèque nat., ms. fr. 1050, f°^ 284 et 286).