‹ Un architecte français au commencement du 17e siècle: Salomom de BrosseChapitre 8 sur 102 · LE CHATEAU DE VERNEUIL · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE VERNEUIL

îc seul recueil de ses dessins actuellement connu (1607-1613) figure la façade d'un pavillon attribué par un annotateur moderne au « château de Verneuil par Du Cerceau (i) ».

Après avoir appartenu à M. de Boulainvilliers puis au duc de Nemours, ce domaine passa entre les mains de la célèbre Henriette- Catherine de Balzac d'Entragues : en sorte que les Du Cerceau et S. de Brosse lui-même travaillèrent pour la marquise de Verneuil, maîtresse d'Henri IV, avant que S. de Brosse travaillât pour la seconde femme du roi : Marie de Médicis, comme jadis son père, avait été au service de la première : la reine Marguerite. Et plus tard la famille de Brosse reste en relations d'affaires tant avec le fils du roi et de la marquise : Henri, évêque de Metz et duc de Verneuil, qu'avec le fils du roi et de Marie de Médicis : Louis XHI.

S'il est vrai qu'en tout temps et en tout pays « un architecte est « un constructeur, et avant de réaliser le beau qu'il conçoit, il doit (( savoir bâtir », cette observation s'applique très spécialement aux circonstances dans lesquelles un architecte exerçait sa profession en France et au xvii* siècle : alors il est « avant tout, celui qui donne les plans et les dessins d'un édifice, mais il se confond par quelques côtés avec l'entrepreneur » ; en lui, « à côté de l'artiste, il y a un savant et presque un fonctionnaire », en sorte que sa condition « est infiniment plus complexe que celle des peintres et sculpteurs (2). »

Ainsi en avait-il été déjà de quelques parents et alliés de S. de Brosse ; ainsi en sera-t-il de lui-même.

(i) Fol. 14, recto, de lalbum ; (cf. Bull hist. prot., 190.», p. 458 ; tirage à part p. 178). On y voit un rcz-dc-chaussce, un premier et un second étages 9VCC deux fenêtres pour chacun, et une lucarne sous la terrasse. C'est bien exactement le même genre que les constructions élevées par de Brosse, et l'on peut se demander si cette note au crayon attribuant l'œuvre à Du Cerceau et la situant à Verneuil est exacte dans l'une et l'autre de ces assertions.

(2) II. Ij MoNMFk /'.//■/ fnin^iils. p. i. IJ7. iJn. 133.

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§ ^. — Jean Brosse et Julienne du Cerceau. Leur maison, leurs voisins.

Une fille' de Jacques P' Androuet du Cerceau s^appellait Julienne (i); d'après le rapprochement de diverses dates elle devait être plus âgée que plusieurs de ses frères ; elle épousa « honneste personne Jehan Brosse, maistre architecteure demeurant à Verneuil-sur-Oise » ; le 25 juin 1568, il achète à Jehan Noël, laboureur, « dix-sept verges de terre en jardin en une pièce, assis au terroir dudit Verneuil au lieu dit Montlaville, tenant d'un bout au rû Macart, d'autre bout à la grande rue » ; la vente est reconnue valable par messire Ph. de Boulinvillier, comte de Dampmartin, seigneur de Verneuil (2).

Le terrier de Verneuil établi à la fin du xvi^ siècle appartient actuellement aux archives du Musée Condé à Chantilly ; M. Flammermont en avait fait quelques extraits pour M. Read (3) ; nous en avons nous-même tiré, d'une manière un peu plus complète, les indications

(1) M. de Geymûller, dans une lettre à M. Read qui se trouve dans les papiers de ce dernier, exprime avec raison l'opinion que « Julienne était fille et non sœur de Jacques I" du Cerceau » ; il s'appuie sur une pièce communiquée par le baron Pichon et non autrement analysée. Cf. Bull, hist prot., 1897, p. 157, note I. En 1882, M. Guiffrey jugeait à tort « tout à fait probable que l'union des deux familles (de Brosse et du Cerceau) résultait du mariage de S. de Brosse avec une fille de Baptiste Androuet du Cerceau » (Bull, de la Soc. de l'histoire de Paris, 1882 p. 104) ; en 1909, il admet que S. de Brosse avait pour mère une fille de Jacques II Androuet du Cerceau, mais, je ne sais pourquoi, il l'appelle Advienne (ibid., 1909, p. 184).

(2) Etude Fromont et Jean de la Haie à Creil, pièce in-4"' sur velin citée par Lance (Dictionnaire des architectes, 1873) et par la France prot. (2" éd., t. HT, col. 200). M. de Geymûller (les Du Cerceau, Paris, Rouam, 1887, in-4", p. 91) en conclut que J. de Brosse « vint s'établir à Verneuil en 1568 » ; conclusion trop catégorique, car il pouvait habiter déjà Verneuil avant d'y devenir propriétaire.

(3) Ce gros registre in-folio portait alors la cote 2615 ; c'est aujourd'hui 118 A. 14 ; les papiers de M. Read, déposés à la Bibliothèque de la Société (l'histoire du protestantisme, renferment les extraits de M. Flammermont.

JEAN IJROSSE 27

eue nous publions en appendice (i). On y voit mentionné Jean Brosse, comme voisin d'un sergent (1575), d'un laboureur et des héritiers de (( feu Claude de Saint-Quentin, escuier » (1578). C'est précisément la c( tour de Saint-Quentin », dans ce quartier de Verneuil, qui deviendra la demeure de Salomon de Brosse. Le noyau de son patrimoine fut ainsi constitué par son père : nous essaierons d'en déterminer les accroissements sucessifs.

On a supposé, non sans grande apparence de raison, que Jean Brosse travailla sous les ordres de Jacques I" Androuet à la construction du château de Xerncuil (2) ; plus tard, sur les registres de la maison de la reine Marguerite, il figure comme « Jehan de Brosse, architecte et secrétaire d'icelle dame », et reçoit « la somme de 33 escus un tiers pour gages durant l'année 1578 » ; de même en 1579 et 1582 (3). Le biographe déjà cité suppose encore que « J. de Brosse dut entreprendre pour cette princesse des travaux d'agrandissement et de restauration à l'hôtel qu'elle possédait avant sa répudiation dans la rue de Seine (4) ». \'oici donc le père de S. de Brosse attaché à la maison d'une reine de France et travaillant pour elle au faubourg Saint-Germain-des-Prés, comme le fera son fils dans le même quartier pour imc autre reine, qui aura succédé à celle-là auprès d'Henri I\'. Il serait bien intéressant de savoir quel rapport de parenté a pu exister entre lui et un « Jehan de la Brosse » que Renée de France, duchesse de Ferrare, « entretient aux estudes » en 1569 dans son collège de Montargis (5) ; j'ai relevé ce fait i)arce (|ue Renée a fait restaurer son château de Montargis par Androuet du Cerceau, et parce que certains auteurs (Jal entre autres) ont cru que Jean de

(i) Appendice I, p. 251.

(2) Lucas, iinnidc Hucyclopcdic, XUJ, 1039.

(3) Archives nationales, KK. \"" 154 et \(*). Jai.. Dictiaunaire critique.

(4) Lucas, loc. cit.

(5) « Au principal du coIIck^" de MoiiuuKi^ i>'>iii .Uli.ui de la l'.mssc lequel elle entretient aux estudes, savoir pour un livre appelé Opus grammaticum lequel il avoit fait relier avec plusieurs autres livres etc. » (comptes de février 1569, Bull. hist. frot., 1889, p. 8).

Brosse était frère de Salomon : il a pu y avoir deux Jean de Brosse (père et fils), comme il y a eu trois Jacques du Cerceau (père, fils et petit-fils) (i). De même je ne sais s'il faut reconnaître Jean de Brosse (le premier, s'il y en a eu deux, ou, en d'autres termes le père de Salomon) dans un « Monsieur de Brosse » qui joue un rôle pendant les persécutions contre les réformés en 1575 ; un grand nombre de protestants du nord de la France trouvèrent alors un asile dans la principauté de Sedan et, suivant la discipline réformée, nommèrent pour les représenter au consistoire, deux « anciens des réfugiez », dont l'un porte ce nom (2).

Une dizaine d'années plus tard le nom de Baptiste A. du Cerceau figure également dans l'histoire des persécutions ; du même coup nous constatons qu'il avait continué d'habiter à Paris le faubourg Saint-Germain, dans la partie appelée « la petite Genève » à cause du grand nombre de huguenots qui y habitaient.

Il avait, en novembre 1584, acquis sur la rue des Petits-Augusrins (aujourd'hui Bonaparte) un terrain allant de la rue des Marais (aujourd'hui la rue Visconti toujours fort étroite, mais qui l'était sans doute alors bien davantage) jusqu'à la rue du Colombier (aujourd'hui rue Jacob (3) ; bientôt s'y éleva une maison « bastie avec grand artifice et plaisir » ; mais à peine la famille avait-elle eu le temps de s'y installer, que survint le terrible édit de Nemours : en décembre 1585 B. du Cerceau « aimant mieux quitter ses biens que retourner à la messe », s'en alla loin de sa belle maison « qui fut toute ruinée » (4). Après sa mort sa veuve Marguerite de Ruquidort (5),

(i) Voir le tableau généalogique à l'Appendice, p. 271.

(2) Registres du Consistoire de l'Eglise reformée de Sedan, 27 janvier 1575 (Bull. hist. prot., 1896, p. 509, n. i). C'est quelques mois plus tard que le terrier de Verneuil (voir à l'appendice i, p. 251) mentionne Jehan Brosse comme propriétaire à Verneuil.

(3) Berty et Tisserand, Topographie du vieux Paris, t. III, p. 20. Sur le plan reproduit ci-après p. 137, on voit une maison élevée sur l'emplacement de celle-là, à gauche du mot Colombier.

(4) L'EsToiLE, Registre journal du règne de Henri III, édition Michaud, p. 193.

(5) Et non Marie Ragnidier comme l'impriment plusieurs articles biogra-

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