JULIENNE DU CERCEAU
vendit la maison à Jac(|uc>^ ùu (. crceau. frcrc de i'.apii.>lo (l) ; la veuve de Jacques, à son tour, la laissa à sa fille Marie, qui sera pupille de Salomon de Brosse et épousera Elie Bédé des Fougerais, propriétaire de la maison voisine.
A cette même date de 1585 où nous venons de trouver la preuve que Baptiste Androuet du Cerceau était encore vivant, un autre acte du terrier de Verneuil nous apprend à la fois que son beaufrère, Jehan Brosse, était mort, et que sa sœur Julienne Androuet était tutrice de plusieurs enfants qui tous — y compris donc notre Salomon — étaient alors mineurs. C'est la veuve de Jehan Brosse qui maintenant déclare tenir du seigneur de \'erneuil, son suzerain, leurs biens de Montlaville, comprenant une maison, une « granche » (ainsi écrit suivant la prononciation picarde), des étables et un jardin, le tout de très petite étendue — « ung arpent ou environ » — , et gievé de redevances féodales minimes : « cinq solz huict deniers » le jour Saint-Remi, et « quatre solz » le jour de Noël. Cinq pièces de terre labourable et de prés énumérées ensuite ne sont guère plus considérables, contenant depuis deux arpents jusqu'à neuf verges seulement. Il est intéressant de remarquer que Julienne Androuet savait écrire, tandis que deux voisins assistant comme témoins à sa déclaration ne peuvent même pas signer (2).
Salomon de Brosse paraît avoir eu plusieurs sœurs et ])out-êtrc un frère ; les registres paroissiaux de Verneuil mentionnent en effet Madeleine, Isabel, Anne et Pierre Brosse. M. Read supposait que c'étaient tous des enfants de Jehan Brosse (3). M. le chanoine Muller, historien de Senlis et des environs, dans un projet de tableau généalogique qu'il a bien voulu nous communicjucr, fait figurer comme fils
phiqu» I .m est incontestablement établi par divers actes passés devant
le notaire protestant François de 1601 à 1605, que j'ai retrouvés parmi les minutes de l'étude de M' Faroux à Paris. Elle était déjà veuve en 1591 {Bull, hist. prot., 1891, p. 54).
(i) I3ERTV, loc. cit.. p. 65.
(2) Voir Appendice, pièce justificative n 1. ]. v;i.
0) France prot., ^ éd., t. III, col. 201.
ce Salomon de Brosse (c'est-à-dire petit-fils de Jean), un Pierre de la Brosse, architecte du roi en 1637 (i), qui serait peut-être le même eue le « Pierre Brosse » des registres de Verneuil.
^. — Enfance de Salomon de Brosse. Son éducation. Son mariage.
C'est à Montlaville, dans la maison construite après 1568 par son père, que naquit très probablement Salomon de Brosse. Nous ne savons rien sur son enfance et sa jeunesse. Pendant la tourmente des guerres de religion nous avons vu que sa famille s'éloigna sans doute, comme tant d'autres huguenots, « la persécution étant rude ». « Après diverses courses et changements de lieux (2) », notamment après un séjour, semble-t-il, à Sedan, on revint au pays. Lorsque le culte pouvait être célébré publiquement, on allait alors soit de l'autre côté de l'Oise, aux Ageux, soit, en traversant la forêt d'Halatte, à Aumont oii prêchait le pasteur de Senlis : plusieurs aussi faisaient de nouveau profession extérieure de catholicisme et retournaient entendre la messe à l'église paroissiale, en attendant des temps meilleurs pour se rallier à ceux qui restaient fidèles à la doctrine réformée. En tout cas l'adhésion à la réforme, ne fut-elle que momentanée, développait, par la lecture de la Bible, le goût de l'instruction.
En fait de livres, il serait fort intéressant de connaître ceux que le petit S. Brosse eut d'abord entre les mains, et il en eut d'excellents s'il put voir ceux que possédaient certainement des maisons comme celles des du Cerceau : livres en latin, en italien, en français, souvent illustrés. Précisément tous les ouvrages de Jacques Androuet ont été publiés avant 1584. Dans le Livre d'architecture (1582), voici les (i plans et élévations de bastiments pour seigneurs, gentilshommes et
(i) Archives départementales de l'Oise, G. 2200.
(2) Ces expressions sont empruntées au journal d'un contemporain de S. de Brosse dont l'enfance se passa dans la même région, à travers les mêmes vicissitudes, le pasteur P. du Moulin (Autobiographie déposée à la Bibl. hist. Vrot. fr., et publiée dans le Bulletin de la Soc. hist. prot., 1858, p. 171).
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autres qui voudront bastir aux champs » ; dans « les Edifices antiques romains » (1584), voilà les « desseings des plus signalez et principaux bastimens qui se trouvaient à Rome du temps qu'elle estoit dans sa plus grande fleur !... »
Les idées communes à l'éducation de S. de Brosse et de ses contemporains ont été très exactement caractérisées : « Ils étaient formés à l'école de l'antiquité, telle qu'elle avait été interprétée dans les théories des architectes de la Renaissance française ou appliquée par les artistes italiens. Leur esprit fut hanté pour ainsi dire par deux idées dominantes : celle des ordres, qui venait des anciens, celle de la coupole, qui venait de l'Italie ; » (mais sur S. de Brosse l'influence italienne fut beaucoup moindre, et postérieure à la première moitié de sa vie) ; « leur pédagogie se fondait sur Vitruve, édité, traduit et commenté pendant tout le xvi^ et le xvii^ siècles, sur Philibert Delorme, disciple lui-même de Vitruve, sur Vignole, sur Palladio (i). » Il y faut joindre J. Bullant, mort entre Verneuil et Paris (à Ecouen, en 1578), et dont S. de Brosse a réédité l'œuvre principale. « Ils se trouvaient en opposition complète avec le moyen-âge » ; et à toute autre époque ce serait un fait étrange qu'un homme né comme S. de Brosse dans un des coins de France les plus riches en églises gothiques, entre les cathédrales de Beauvais, de Noyon, de Senlis, ait aussi peu ressenti l'influence d'un tel voisinage.
Travaillant avec S. de Brosse à remettre en lumière « la reigle d'architecture » de Bullant, un nommé N. Piloust (2), énumère les qualités nécessaires à un bon architecte et nous avons lieu de penser que plusieurs d'entre elles appartenaient à S. de Brosse. Il faut, disait Piloust, qu'il soit « bien versé es lettres, tant hébraïques, grecques, que latines ;... qu'il sçache parfaictement bien pourtraire, voire s'il se pouvoit aussi bien peindre qu'un autre Appelles... ; qu'il soit sçavant en la géométrie, et la perspective ; qu'il soit bon arithméticien ;... qu'il n'ignore pas les Histoires ;... pour ce qui est de la Philosophie, il est nécessaire qu'il la sçache aussi, car elle le peut
(i) H. Lemonnier, l'Art français, p; 219.
(2) Dans l'Epître au lecteur, 1619, voir ci-après, IP partie, introduction, § 3.