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LE PALAIS PITTI AU XVI‘ SIÈCLE. FAÇADE SUR LA PLACE

D'après un tableau de la galerie du Ponte Vecchio

précisément dans la partie si pittoresque qui est au-dessus de l’Arno, sur le Ponte Vecchio, se trouve le portrait d'une inconnue (1), sans

(1) N° 1153 : « Gentildonna della famiglia Pitti ». C'est un aspect du palais

PALAIS PITTI 1e

date, mais paraissant de la seconde moitié du xvi* siècle. Dans l'angle supérieur à droite, par une petite fenêtre, on voit. le palais Pitti dans la forme très simple qu'il avait alors, rappelant en plus petit celle du palais Strozzi : deux étages avec sept fenêtres cintrées, au rezde-chaussée trois grandes portes cintrées autour desquelles sont percées, très hautes, quatre petites ouvertures. À droite et à gauche de cette façade, deux petites parois en plâtre, étroites et basses, extrémités des ailes en projet sans doute, sont percées de fenêtres non symétriques. Le toit, en tuiles est presque plat, au-dessus d’une corniche ; il y a de grandes et nombreuses différences entre ce palais Pitti dû vraiment aux Pitti et ce que devint plus tard la demeure des Médicis qui servit enfin de prototype au Luxembourg. Il était intéressant de marquer cependant l’origine de cette longue évolution vers un art toujours plus grandiose et plus parfait.

En 1549, Bonaccorso Pitti vendit son palais inachevé à Côme I de Médicis, pour sa femme Eléonore de Tolède. C’est alors que Bartoloineo Ammanati fut chargé de l'achèvement ; ou plutôt il opéra une transformation beaucoup plus majestueuse et construisit de 1558 à 1570 la grande cour (1). Les Médicis voulaient éclipser les Strozzi qui passaient pour avoir le plus beau palais de Florence, la plus grande cour, la façade la plus imposante. Après la mort d'Ammanati (1592)

son petit-fils Giulio Parigi, élève de Buontalenti (2), lui succéda, et en-

fin le fils de celui-ci, Alfonso, termina la façade énorme sur la piazza dei Pitti. C’est lui qui était contemporain de Métézeau et de S. de Brosse, Métézeau parcourut sans doute avec les Parigi, au milieu de leurs artisans encore à l’œuvre, « tous les endroits de l'édifice tant

tout semblable que reproduit une petite illustration de la brochure du prof. Conti ; il y a mis, je ne sais pourquoi, la légende : « nello stato in cui trovavasi Circa 11" 1500.».

(1) On lui doit aussi, pour les fenêtres du rez-de-chaussée sur la piazza dei Pitti, une décoration (fronton triangulaire au-dessus, tête sculptée au-dessous) analogue à celle que le même artiste fit, à la même époque, exécuter sur la façade d’autres palais édifiés par lui à Florence, vers 1560 : Fiaschi, aujourd’hui 26 via de’ Servi ; Giugni, 50 via degli Alfani, etc.

(2) H. Ticozzi, Disionario degli architetti, etce., t. III, Milan, 1832, col. 00.

par le dedans que par le dehors », afin d'en « rapporter’fidelement » à la reine, suivant ses instructions, « tout ce qui est de l’art et architecture, avec les mesures et proportions ». Les parties latérales qui ont porté la longueur de la façade de 107 à 205 mètres, avec 23 fenétres au lieu de 7, ne furent ajoutées par Alfonso Parigi qu’en 1620, la hauteur de la partie centrale restant de 36 m. 30 (1). Mais ce n'est pas ce côté, nous l'avons remarqué, qu'on peut comparer avec le Luxembourg. Entrons donc dans la cour.

Sur trois côtés de cette cour carrée règne, sous les étages, une galerie très élevée et très large (ceci n’a pas été reproduit au Luxembourg), avec arcades et pilastres rustiques à chapiteaux doriques. Il y a cinq arcades au fond, sept de chaque côté (au Luxembourg sept ouvertures au fond, dont la porte centrale, et neuf de chaque côté). Mémes nombres à chaque étage du Pitti (il y a deux étages au Luxembourg aussi). Les colonnes qui sont entre les fenêtres ont des chapiteaux ioniques au premier étage, corinthiens au second. Elles sont toutes à bossages alternatifs, rectangulaires au premier, citculaires au second ; (au Luxeinbourg l’ordre toscan règne au rez-de-chaussée, le dorique au premier étage, l'ionique au second (2).

I n'y eut longtemps qu'un rez-de-chaussée à droite et à gauche de la cour intérieure du Pitti ; les étages supérieurs datent, pour le corps de bâtiment oriental, de 1763, pour l’autre, ils n’ont été achevés qu’en

En face des arcades du fond se trouve, fermant la cour sur le quatrième côté, une grotte surmontée d’une terrasse avec fontaine au milieu ; cette terrasse se trouve de plain-pied avec le plancher du premier

(1) Sur la via Strozzi le palais Strozzi a treize fenêtres ; ce fut le même nombre qu’il y eut d’abord à tous les étages du palais Pitti après un premier agrandissement dû à Giulio Parigi.

(2) Grâce à l'intervention de M. le professeur G. Soulier, le Ministère de la maison royale d'Italie a bien voulu nous permettre de faire prendre et reproduire une vue de la cour intérieure, impossible à trouver dans le commerce. Nous sommes infiniment reconnaissants de cette bienveillante autorisation. Comparer cette vue avec celle du Luxembourg qui se trouve plus loin.

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étage du palais d'une part, et (au-delà d'un large fossé) le sol du jardin, d'autre part. En sorte que, du jardin, en deça de l'obélisque qui cst derrière la fontaine, le palais ne paraît avoir que deux étages. Si l'on dessine des combles élevés comme ceux du Luxembourg, et qu'on les substitue aux toits plats du Pitti, si on remplace les deux extrémités (modernes) des ailes du Pitti, par deux pavillons comme au Luxembourg, et qu'enfin on se figure au-dessus de la terrasse du PittE, à la place de la fontaine, une porte surmontée d’une coupole, comme au Luxembourg, on sera frappé de voir qu'on aura devant les yeux une image qui, dans les lignes générales, correspondra exactement à celles du Luxembourg.

Mais, grâce aux trois additions que nous venons de signaler, combien plus complète et plus élégante nous apparaît l’image de l'édifice qui s'élève bien en réalité en haut de la rue de Tournon (1). L’impression d'ensemble se confirme par l'examen de tel ou tel détail: ainsi on a fait courir tout du long du premier et du second étage, sur le fond (ancien) et les deux côtés (modernes) de la cour intérieure et aux extrémités des ailes, des balcons qui, s'ils n'étaient pas là à l’origine, sont venus s'y plaquer très naturellement mais très disgracieusement ; du côté de la piazza dei Pitti trois interminables rangées parallèles de colonnettes forment balustrade tout du long du premier et du second étage, et couronnent l'ensemble de l'édifice, d’une manière très monotone. En outre, le premier étage est en retrait sur le rez-de-chaussée, et le second sur le premier. S. de Brosse n’a adopté aucune de ces dispositions. Ses balustrades, combinées autrement sur des étendues moins longues, produisent un effet plus agréable. La forme même de chaque colonnette est plus élégante au Luxembourg qu’au Pitti, où

(1) Remarquons enfin que les additions modernes du Luxembourg, du côté du jardin, et sur les faces latérales, ont été faites de manière à mieux s’harmoniser avec les constructions anciennes, que ce n’a été le cas au palais Pitti : à droite et à gauche de chaque aile, perpendiculairement à la façade agrandie, on a ajouté, en doublant presque la largeur de ces ailes, des bâtiments qui, extérieurement, avec leurs petites fenêtres sans symétrie et leurs murs plats ec badigeonnés, n'ont rien de monumental, ni de royal.

un chapiteau ionique couronne un fût prismatique. En somme, ni pour l'ensemble, ni pour les détails, S. de Brosse n’a jamais été un copiste servile des plans et dessins rapportés par Métézeau. Et d'ailleurs l’édifice élevé par Brunelleschi, Ammanati et Parigi n'était pas une de ces œuvres absolument nouvelles qui rompent avec toutes les traditions €tablies. Par les descriptions de Du Cerceau et autres auteurs, S. de Brosse connaissait beaucoup de monuments de la Renaissance italienne ; il était tout pénétré des principes des artistes anciens dont les Italiens étaient aussi les disciples.

« Le style de décoration en bossages, remarquait déjà M. Vaudoyer (1), n’était pas nouveau en France. Ph. Delorme, qui s’en donna pour l'inventeur, avait su l’employer avec originalité dans les façades des Tuileries. C'est au Luxembourg une décoration laissée volontairement à l’état d’ébauche, ainsi que les anciens nous en ont légué plus d'un exemple dans les édifices d'utilité publique. »

Certains auteurs modernes sont allés trop loin dans la réaction contre l'opinion qui prétendait reconnaitre dans le Luxembourg un édifice entièrement construit selon les principes de l’art florentin : « Le plan général des bâtiments, leurs grands combles, les pavillons d’angle en saillie, la façade sur la rue surmontée d'un dôme, la galerie ouverte en portique du côté de ia cour, tout cela n’a RIEN de florenfin (2). » Ce rien ne s'applique pas absolument au plan, maigré l’absence de pavillons à Florence. On peut s’en rendre compte en compa: rant les plans que nous reproduisons. M. Lechevalier-Chevignard continuait d’ailleurs ainsi : « tout cela rappelle au contraire la disposition connue des résidences princières du xvi° siècle, elle-même dérivée de nos anciens châteaux. La construction de pierre au lieu de la brique alors très employée n'apporte aucun poids à cette fausse opinion. De Brosse s’en est toujours servi pour ses autres travaux, et Du Cerceau (dans Les plus excellens bastimens) la déclare d’un caractère plus noble. Sur la souche des cheminées on distingue la trace de sculp-

(1) Magasin pittoresque, 1845, D. 74.

(2) C'est nous qui soulignons ces mots de M. Lechevalier-Chevignard, Les styles français ; style xvrr° siècle, Louis XIIT, p. 295.

tures effacées à la Révolution et qui devaient affirmer le style tout français de l’ensemble (1) ».

Après avoir admis que « De Brosse avait adopté pour la physionomie générale de l'édifice l'ordonnance florentine ou toscane » M. Hustin ajoute (2) : « en la subordonnant cependant au goût de l’art français, avec des combles élevés inconnus en Italie mais commandés par notre climat, et dont les Du Cerceau avaient déjà donné la formule. Au rez-de-chaussée l’ordre toscan, au premier étage l’ordre dorique, au deuxième, dans les pavillons d'angle du bâtiment central, l'ionique. Pour les autres parties, moins élevées, un ordre composite ». Remarquons que les dimensions primitives du Luxembourg (118 mètres de longueur sur 00 mètres de largeur) (3) représentent une surface sensiblement égale à celle du palais Pitti à la même époque.

« La disposition générale », disait M. EL. Vaudoyer il y a plus de soixante ans, « est celle qui caractérise la plupart des châteaux français... C’est aussi sous l'influence des traditions que De Brosse a cru devoir accuser l'entrée par une construction élevée qui établit un lien de parenté entre le Luxembourg et les châteaux d'Ecouen, Anet, et surtout Fontainebleau (4). » C’est donc bien dans l’art français qu'il faut chercher les origines du Luxembourg et même nous avons indiqué déjà l'endroit précis où l’on en trouve ie prototype manifeste : dans l'œuvre de Du Cerceau achevée par S. de Brosse (ce point n’a pas été relevé) : le château de Verneuil. La

(1) LECHEVALIER-CHEVIGNARD, les Styles français, xvir° siècle, Louis XIII, P. 295.

(2) Le Luxembourg, p. 3.

(3) Ch. Lucas, art. Debrosse dans la Grande Encyclopédie, t. XIII.

(4) Magasin pittoresque, 1845, p. 74. Les dômes étaient alors, en France, une nouveauté. Le premier qu'on vit à Paris fut, tout près du Luxembourg, celui de l'église des Carmes (rue de Vaugirard, 70), dont Marie de Médicis posa la première pierre en 1613 (Viollet-le-Duc, Paris-Guide, p. 716). Si S. de Brosse n'a pas été en cela, d'une façon tout à fait absolue, un initiateur, il faudrait plutôt l’en louer, car les architectes suivants ont vite abusé du dôme, tandis qu'il en a usé fort discrètement.

ressemblance avait frappé quelques observateurs dès le xvIrr siècléatr}

S'il est juste, en somme, de reconnaître qu’en ce qui concerne le style, au Luxembourg, « S. de Brosse se maintint dans des données complexes », il impotte d’insister sur ce fait que « certaines formes furent ‘françaises | », les plus essentielles « les toits à arêtes, le dessin des fenêtres » ; tandis que d’autres, signalées comme . empruntées à l'Italie (la coupole centrale, la construction en bossage) ne sont que des détails secondaires (2), et, en l'espèce, il n’y a pas le moindre dôme au palais Pitti.

Entre le portail avec dôme du Luxembourg, et celui de la cour ova-

le à Fontainebleau, la ressemblance nous a frappé nous-même À ÉGLISE DES CARMES

ce point que nous nous

demandions plus haut si S. de Brosse ne serait pas l’auteur inconnu de « cet ouvrage, le plus beau de tout le château « à cet époque ». C'est ainsi que le plus récent historien ‘de l’art à Fontainebleau ap-

(x) « L'architecture de Verneuil ressemble assez à celle du palais du Luxembourg », dit l'abbé Pérau dans sa Description de Paris, 1752, t IV, p. 352.

(2) Les expressions entre guillemets sont celles qu'emploie M. Lemonnier (L'Art français, p. 234).

précie « le couronnement, dont les quatre arcades reposent sur l'enta-

Cliché Neurdein

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