‹ Un architecte français: au commencement du XVIIe siècle: Salomon De BrosseChapitre 64 sur 92 · COMPARAISON AVEC FONTAINEBLEAU, ETC · texte numérisé non relu

COMPARAISON AVEC FONTAINEBLEAU, ETC

est tout à fait regrettable qu’on ne puisse nommer l’auteur de ce morceau, l’un des plus justement célèbres de ontre Renaissance française (1) ». La partie inférieure de cette « porte du baptistère », attribuée au Primatice, a en tout cas pu fournir à S. de Brosse quelques données reproduites au Luxembourg.

Pour résumer nos appréciations sur cette question des origines historiques du palais élevé par S. de Brosse, nous dirons qu’on y trouve évidemment des éléments comparables à ceux d’édifices antérieurs : plan et bossages de Florence, pavillons de Verneuil, entrée de Fontainebleau, mais l'adaptation de ces éléments est faite, de main de maître, à des circonstances nouvelles, de telle sorte que le résultat obtenu au Luxembourg nous paraît très supérieur à l’aspect du palais Pitti — j'entends : le Luxembourg et le Pitti de 1620 — autant de majesté, mais moins de lourdeur, plus d'harmonie et d’unité.

Voici une description du « palais d'Orléans » peu postérieure à l'achèvement des travaux, puisqu'elle date de 1640 environ (2) :

« Le palais consiste en quatre grands pavillons aux quatre coings, en trois grands corps d’hostel. Celui de main droite, où est le département de la Royne, est composé d’une belle grande gallerie haute ayant deux cheminées aux deux bouts fort belles pour l'invention, façons et dorures. Les fenêtres regardent sur le petit Luxembourg d'un costé et de l’autre sur la grande cour. Aux deux costez de cette belle gallerie, sont quantité de tableaux de l'invention du fameux peintre Rubens d'Anvers dans lesquels est représentée toute la vie de la Royne depuis sa naissance. Avant d'entrer à cette gallerie est la chapelle de la Royne avec ses lambris dorez et l'autel de mesme, de très belles menuiseries en feuillage dorez, et au fond un fort riche tableau. De ce mesme costé et département est la chambre de la Royne, belle, grande et carrée, enrichie d’une cheminée admirable pour son ouvrage et dorure.…. De cette chambre on entre au cabinet... Ce département est dans le pavillon d’en haut [au premier] à main droicte entrant audict hostel.

(1) Dimier, Fontainebleau, Paris, Laurens, 1908, p. 60. MM. Laurens, Dimier et Neurdein ont aimablement mis à notre disposition le cliché de cette vue, en nous autorisant à la reproduire.

(2) MarinGre, Antiquités de Paris, 1. I, p. 401.

Au-dessous de cette allée sont les salles au nombre de trois, la grande sous ce pavillon, les deux autres sous la belle gallerie et le pavillon de droicte qui regarde le faulxbourg.

« Le département de gauche qui regarde le faulxbourg d'un costé et de l’autre le jardin est composé de deux grands pavillons entre lesouels est une belle et longue gallerie de mesme façon et ouvrage que celle du costé droict, en laquelle en divers tableaux se doit voir la vie du roi Louis XIII ; mais ce costé-là n'est pas encore parachevé (2).

AT RM à

d'après une estampe de Mariette

« La face d'en haut [au premier] dudict hostel qui regarde le jardin et la grande cour est composée de quatre grandes salles, deux en haut et deux en bas. Au milieu est un magnifique escalier en forme ronde et en coquille couvert de tous costés et on ne peut voir la cime d’ice-

(1) En Las de l’estampe ici reproduite en réduction on lit: « Veüe du Palais d'Orléans appelé Luxembourg. À Paris, N. Langlois, rue St-Jacques à la victoire. Avec privilège du Roy. » Comparer cette vue et celles des châteaux de Verneuil, Monceaux et Coulommiers, ci-dessus pages 23, 129, 168 et ci-contre page 187.

(2) Quant aux décorations intérieures.

luy qui aboutit a une forme de dosme à l'italienne ainsy que celuy des Thuileries. Au dehors, aux coings du dosme sont de fort belles colomnes de marbre et de bronze et de très excellentes statues.

« L'entrée dudict hostel qui regarde la rue de Tournon est composée d’une haute allée qui va depuis le pavillon jusques au donjon du portail du costé droict, et une autre pareille à gauche, laquelle allée est toute embellie de balustres des deux costez. Au dedans, sous ces allées, sont d’autres allées en arcades. Ce donjon fait en rond et enrichy de belles colomnes et statues de marbre et la ceinture toute dorée, comme

CHATEAU DE COULOMMIERS d’après une estampe de Mariette

routes les autres ceintures des trois autres corps d’hostel et le haut d’iceulz tout dorez. »

La « Description de la Ville de Paris », de G. Brice (1), s'exprime ainsi : « De tous les grands édifices qui se voyent à Paris et même dans le reste du royaume il n’y en a point de plus beau que ce magnifique palais. On pourroit ajouter, du moins si l’on veut s’en rapporter à plusieurs personnes très habiles et qui jugent des choses sans prévention, que dans toute l'Italie on ne voit rien de plus régulier ni de mieux entendu... Il est très peu de bâtiments en Europe où

(1) Paris, Legras, 1706, p. 55 et suivantes.

l'art approche plus de la perfection que dans celuy-cy, et où il paroisse plus de grandeur et de majesté. ». Le même ouvrage donne quelques détails complémentaires sur les marbres et statues qui entraient dans l’ensemble de la décoration primitive : « La reine Marie de Médicis se servit de toute son autorité pour avoir des marbres restez à Saint-Denis ; la reine Catherine de Médicis les avoit fait venir d’Italie avec de grandes dépenses pour le tombeau des Valois qu’elle y faisoit élever sur les desseins de Philibert de l'Orme….. Quelques ctforts que pussent faire les religieux de Saint-Denis, ils ne purent empêcher qu'ils ne fussent apportez au palais du Luxembourg en l'année 1621 où on travailloit encore. Elle obtint deux lettres de cachet pour ordonner aux religieux de luy donner ces marbres. Ils furent employez particulièrement pour la balustrade dont on voit encore quelque reste sur le devant des terrasses du jardin et de la cour ct pour le quarreau de l'esplanade qui occupe toute la face de ce palais, au travers de laquelle il faut passer pour arriver au grand escalier... Sur des piédestaux il y avoit autrefois de très belles statues qui furent vendues avec les meubles de cette Reine dans le tempside Sa retraite.

« La grande cour est terminée à droite et à gauche par deux galeries un peu plus basses que Îe reste du bâtiment, soutenues chacune sur neuf arcades avec de grands corridors parfaitement bien voûtés, à Ja faveur desquels on peut aller à couvert... La principale entrée du palais se trouve sous le pavillon du milieu, dont l’intérieur ou le passage est décoré de colonnes doriques avec des niches entre deux. L'étage supérieur ouvert de quatre cotez par autant de grands ares accompagnez chacun de quatre colonnes et orné en dedans d'un ordre Corinthien en colonnes de marbres disposées comme celles du grand passage de dessous. À chaque extrémité des galeries des cotez et des terrasses qui regnent sur le devant, il y a deux gros pavillons quarrez qui les terminent, lesquels sont plus avancez que les autres parties de la façade qui donne sur la rue de Tournon ; ce qui contribue beaucoup à procurer de la majesté et de la grandeur à cet édifice.

« L'architecture de toutes les faces de ce palais est en pilasires

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