‹ Un artiste auvergnat: Emmanuel ChabrierChapitre 1 sur 9 · II. — Les créatures musicales de Chabrier · texte numérisé non relu

II. — Les créatures musicales de Chabrier

1* Les Grotesques.

2® Les Pittoresques.

3** Les Amoureuses.

4* Les Héroïques.

Conclusion. — La Leçon de Chabrier : L'Exaltation dans la Joie.

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INTRODUCTION « L'Inesthétisme » auvergnat

(( Il dansait, le brave Auvergnat, la bourrée interminable autour des collines du Pinde, et il y entraînait les plus moroses. »

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L'importance exceptionnelle d'Emmanuel Chabrier vient de ce qu'il fut, dans l'histoire de la musique moderne, un Auvergnat et, dans l'histoire de la pensée auvergnate, un musicien ; — singulier rapprochement de deux termes réputés incompatibles : le génie de notre race d'une part, et, de l'autre, l'instinct esthétique. Mais ne sied-il pas de réviser^ au seuil de cette étude, le grief qu'on a fait tant de fois à l'âme auvergnate, de son incapacité en fait d'art? Quelques vues sur ce sujet préciseront la portée d'une œuvre marquée par le tempérament auvergnat, eu feront pressentir la valeur et la qualité.

La Grande Revue du 16 septembre 1906 consacrait un article à cette question : (< Le sens artistique et les Auvergnats. » L'auteur, d'ailleurs spirituel et avisé, faisait défiler à ce propos tous les hommes illustres ayant vu le jour dans le Massif Central — à l'exception du seul qui comptât

en Tespèce, c'est-à dire Chabrier ! — et il concluait, non seulement à Tinaptitude esthétique de nos compatriotes, mais encore, par voie de causalité, à leur déplorable lourdeur d'esprit. Nous ne croyons pas qu'il faille s'arrêter à ce dernier reproche^ ni confondre la question de l'activité intellectuelle en général avec celle, plus spécialement, du sentiment artistique. Il serait puéril de vouloir prétendre que l'Auvergne ait, moins qu'une autre province, contribué à l'édifice de la pensée française ; ou encore que, dans l'ordinaire de la vie, l'Auvergnat fasse, plus qu'un autre, preuve de balourdise : il pourrait peut-être, sans trop de forfanterie, se vanter du contraire ! Mais il n'en reste pas moins hors de conteste que l'Auvergne a peu produit dans le domaine des arts. En vain la Nature, dans les sites arvernes, a-t-elle multiplié les contrastes émouvants d'une terre, luxuriante en plaine, âpre et convulsive en montagne, avec, sur ces décors changeants, les lumières inattendues d'un ciel brusque; tant de beautés, rassemblées comme à dessein, n'ont inspiré que fort peu de peintres, de musiciens, de poètes autochtones. Mais cela tient, en y regardant de près, plutôt à un mode spécial de sentir et de penser qu^à une insuffisance d'âme, si l'on peut dire.

On a cité, non sans justesse, comme une cause primordiale à cette pauvreté artistique^ la défiance d'un peuple économe et rude pour tout ce qui est luxe, jeu, activité désintéressée. Il en est une autre, très frappante pour qui connaît intimement notre race : l'Auvergnat n'a pas V expression facile ; et, s'il est gauche à s'exprimer, c'est que, en quoi que ce soit où s'exerce sa pensée — en morale, en politique, en affaires, — il a une tendance à penser en profondeur^ à se replier sur soi, à scruter indéfiniment les pourquoi et les comment de sa conscience. Défiant et scrupuleux, fermé, dissimulé même, il ne s'arrache à ses habitudes de réflexion que sous l'empire d'impulsions véhémentes et brusques. Or, qu'est-ce, habituellement, que TArt, sinon une expression aisée, juste, brillante, des sensations, des

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passions ou de la pensée ? Rien qui soit moins naturel au génie de notre race, lequel fait un contraste très vif avec l'inspiration abondante et superficielle, le geste facile, le verbe sonore des méridionaux nos voisins. Mais aussi, des causes même et de la nature de cette stérilité artistique, on peut augurer qu'elle n'est pas le fait d'une infirmité radicale, définitive, — mais bien la torpeur partielle et passagère d'une sensibilité encore neuve, et qui n'a pu réaliser toutes ses puissances. Il serait étonnant qu'une race, mue en général par une véritable sarvitodité et que caractérise un arrivisme têtu au service de passions violentes, n'en vienne pas tôt ou tard à traduire cette ardeur de vivre par une expression d'art puissante. Du jour où l'âme arverne, encore fruste —trop exclusivement concentrée vers l'efïort pratique^ — s'épanouira en des recherches d'art, sa production esthétique sera sans doute plus méditée, plus forte et d'une qualité plus rare que telles autres, écloses en des terres naturellement fécondes et anciennement cultivées.

Nous n'en voulons pour preuve que les exceptions, peu nombreuses à la vérité, mais bien significatives, que l'on peut citer à cette règle d'inaptitude esthétique. Si l'on regarde seulement dans le passé de notre pays, on aperçoit à peine quelques phénomènes d'art qui vaillent d'être notés ; mais chacun est, à la fois, considérable et caractéristique. Ce sont (et l'on excusera ce que le rapprochement peut avoir de paradoxal) : notre architecture romane; — la poésie de Pascal ; — la bourrée d'Auvergne ; — la musique de Chabrier.

Ainsi, l'auteur auvergnat de la « Bourrée fantasque » affirme ce que la bourrée d'Auvergne faisait pressentir : le sens musical de sa race. Que l'on ne doute pas de la réalité de cette relation, ni de son importance. Pour Chabrier comme pour le paysan d'Auvergne, l'élément musical qui prédomine, c'est le rythme; et peut-être bien la musique de danse était-elle l'atmosphère propre à son génie. D'autre part, il ne faudrait pas voir, dans les créateurs de

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la bourrée d'Auvergne, des ancêtres négligeables. Nous en appelons à tous ceux qui ont pu observer, non pas la chorégraphie burlesque dont se divertissent parfois des curiosités d'oisifs, mais bien Tauthentique Ballet montagnard , avec sa progression de pas menus et insistes, selon un rythme quasi primitif, et qui déconcerte. Quelle sévérité de lignes, dans les évolutions de ces longs corps d'hommes, un peu inclinés en arrière, la tête retombant en avant, les deux poings relevés comme pour dresser les armes ! Quelle légèreté dans les enjolivements que se permettent les fins « balleurs » ! Quelle grâce modeste dans le tournoiement de ces femmes au buste immobile, aux bras tombant inertes, et dont les pieds semblent ne pas toucher terre, invisibles sous l'épanouissement des jupes ! Voilà de l'art, et du meilleur... Et enfin, quelle fière expression de joie que ce « Ehïô - ô » interrompant Tivresse silencieuse de la danse, — le même ricanement qu'on se renvoie à travers champs quand les moissons s'achèvent, et qui semble encore un appel exultant de Barbares ! Ce « Ehïô - ô » des danseurs de bourrée, criant leur sensation au paroxysme, c'est déjà toute l'inspiration de Chabrier. Et, quand ce musicien Ta fait chanter superbement à ses Danois de Gwendolme, c'est qu'il en avait encore, dans l'oreille, l'écho jadis entendu parmi les montagnes natales....

A son tour, Chabrier va clamer l'ardeur' de vivre, la véhémence passionnelle de sa race. Ses accents seront, dans la forêt magique de l'Art, une fanfare inouïe, d'une splendeur native et brutale. Et nous allons voir se dégager de la personnalité d'Emmanuel Chabrier comme de sa création artistique, non seulement un élément essentiel de la présente évolution musicale, mais aussi un thème d'exaltation pour notre âme auvergnate.

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EMMANUEL GHABRIER II

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